IV. — CONCLUSIONS
A. — Microstructure et Microtexture.
Bien que d’apparences très compliquées, la microstructure et la microtexture des Céphalopodes sont relativement simples. La coquille se compose de deux couches:
l’une externe, toujours mince,
158. ZITTEL K. A. — Traité de Paléontologie (Trad. Barrois). t. II, Paléozoologie, P. I, pp. 331 sq.
159. CAYEUX L. — Introduction à l’étude pétrographique des roches sédimentaires. — 1916, pp. 490 sq., pl. LIV.
160. CARPENTER W. — On the microscopic structure of shells. — Brit, Assoc., 17° Rep., 1847, p. 116.
l’autre, interne, très développée et prenant part à la constitution des cloisons qui divisent intérieurement la coquille en chambres successives.
La couche externe est celluleuse et constituée par une fine mosaïque. Elle est souvent dissoute ; mais, quand elle est conservée, elle se distingue très nettement de la matrice par la finesse de son grain (cf. liseré blanc qui limite extérieurement la couche sombre granuleuse dans les fig. 84, 86 et 87 de la planche XIX).
La couche interne, toujours épaisse, et plus ou moins dense (fig. 84, 86 et 87 de la planche XIX) ou plus ou moins lâche suivant les coquilles, est formée de zones alternativement claires et sombres ; elle montre une tendance marquée à se résoudre en écailles concentriques (cf. PI. XX, fig. 88 et 90). La texture est de calcite en mosaïque dans les zones claires et hyalines ; elle est granuleuse dans les zones sombres, et constituée par des ponctuations calcaires très fines plus ou moins étirées en paillettes orientées parallèlement à la surface du test. Ces granulations se détachent sur un fond hyalin dont la nature est difficile à préciser : est-il de mosaïque plus ou moins masquée par l’entassement des ponctuations? ou la calcite a-t-elle moulé secondairement les granulations de carbonate de calcium? Le 3° cas signalé ferait plutôt penser à une texture générale de calcite en mosaïque, masquée en tout ou en partie, suivant l’abondance et l’entassement des ponctuations calcaires qui la chargent.
Quelques particularités méritent d’être signalées qui ont trait à la couche interne :
1. — elle peut être dans certains cas (rares) remplacée par du calcaire granuleux typique sans orientation aucune des granules ;
2. — les paillettes granuleuses peuvent faire complètement défaut et laisser la place à la calcite hyaline (cas n° 2 ; fig. 88, 90, 91 et 92 de la pl. XX) ;
3. — parfois, dans les zones hyalines, l'extinction en bloc de plusieurs écailles successives pourrait faire croire à l’existence d’une texture prismatique. Parler d’écailles constituées par des prismes courts, trapus et mal individualisés — ou parler d’écailles formées de calcite en mosaïque à éléments plus ou moins orientés — n’est, au fond, qu’une question de mots et de définition. Néanmoins, dans le cas de véritables textures prismatiques, l’allure est à la fois plus nette et plus régulière.
B. — Céphalopodes et Serpules.
Les textures décrites ci-dessus appartiennent-elles toutes à des individus du groupe des Céphalopodes, et, si oui, l’une ou l’autre d’entre elles ne témoignerait-elle pas d’un phénomène de recristallisation ?
1. — Les trois textures que j’ai analysées, à mon avis, ne sont tellement différentes qu’en apparence. J’en donnerai pour preuve ce fait qu'entre les cas 1 et 2 (qui sont les cas extrêmes), il y a des textures intermédiaires v. g. celle signalée dans le cas 3 (cf. fig. 85 de la pl. XIX). J'ai trouvé, suivant les sections étudiées, tous les passages ; j’ai même observé ces passages dans une même coquille (cf. fig. 89 de la pl. XX). Mais précisément, les sections qui, du point de vue de la microtexture, se réfèrent au % cas, appartiennent-elles à des organismes du groupe des Céphalopodes et ne faudrait-il pas les rapporter plutôt au groupe des Vers et en faire des sections de Serpules?
En faveur de cette seconde hypothèse, je signalerai le fait de la coexistence à la base du Banc Henriette de petits Céphalopodes typiques et de tubes cylindriques à développement irrégulier qui me paraissent devoir être des tubes de Serpules. Cependant, les Serpules jurassiques dont j’ai examiné des sections ne m’ont rien donné de comparable au point de vue microtexture. Leur coquille épaisse et d’une venue, est maculée dans son épaisseur par des granulations noires (matières organiques) orientées les unes radialement, les autres tangentiellement à la surface et déterminant de ce fait une vague structure concentrique dans un certain nombre de sections. Entre nicols croisés, on a le phénomène de la croix noire qui fait conclure de suite à une texture fibreuse ou prismatique ; cette texture s'étend en gros sur toute l’épaisseur du test. Rien ne m’a rappelé la structure vésiculeuse décrite par H. A. NICHOL- SON et R. LYDEKKER, ni la structure laminaire observée par M. L. CAYEUX chez les Serpules vivantes ; la texture que j’ai observée se rapprocherait du type lamellaire et fibreux de SORBY, les lamelles étant ici virtuelles (zonation concentrique). De ci de là, j'ai observé une zone superficielle, plus claire en lumière naturelle et dont l’aspect ne change guère entre nicols croisés. Cette zone superficielle qui ne montre aucun détail de structure semble, sous l’objectif à immersion, se décomposer en fibres très ténues à direction radiale.
La texture chez les Serpules est donc nettement différente de celles décrites ci-dessus, même dans le cas n° 2 — et rien ne me paraît légitimer ce rapprochement.
2. — La recristallisation semble pouvoir être invoquée : elle s’observe chez les Céphalopodes, elle est fréquente chez les Serpules où elle périme tout ou partie de la coquille. Dans les deux groupes, elle donne naissance à une mosaïque à larges éléments, mosaïque qui détruit toute ordonnance et toute régularité, et, de ce chef, périme complètement non seulement la texture mais souvent aussi la structure des organismes. II faudrait donc admettre ici une recristallisation ménagée (cf. PI. XX, fig. 89).
3. — J’ai longtemps pensé à la coexistence possible de deux Céphalopodes, l’un aplati suivant un plan perpendiculaire à l’enroulement et à coquille mince, l’autre globuleux et à test épais. L’allure d'ensemble et le comportement du naïissain d’une part, le fait qu’on passe dans une même coquille d’un type de structure à l’autre etc ne me paraissent pas légitimer cette hypothèse.