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Je signalerai enfin, pour mémoire, la bande de calcaire du Moulin des Combles (synclinal de Rinxent), qui affleure, sous le Bathonien, dans le fond de la Vallée Heureuse entre Rinxent et Hydrequent. C’est un mauvais affleurement; mais, le calcaire du Haut-Banc y est visible, incliné lentement au nord et reposant sur la dolomie du Hure que l’on peut toucher à la carrière abandonnée de Croute, sur la route de iris à Blecquenecques.
B. — Historique.
Comme je l’ai esquissé plus haut, la succession sédimentaire du Bas-Boulonnais était, dès 1840, connue au moins dans ses grandes lignes. On pouvait, dès lors, aborder les études de détail.
Le problème de détail qui devait se poser le premier était celui de la houille, reconnue et exploitée dès 1692 en Boulonnais 6, dont on cherchait à limiter le bassin et s’il correspondait bien aux « Coal Measures » d’une part et au Bassin Franco-Belge d’autre part. |
On sait, par des sondages, que ce combustible est compris entre deux masses calcaires dont la supérieure, à Ferques, n’a pas moins de 280 mètres de puissance. De bonne heure, des opinions opposées furent professées par les savants: pour les uns (R. MURCHISON, E. DE BEAU- MONT, DELANOUE et SCHARPE) cette houille est de l’âge du Calcaire carbonifère au sein duquel elle est comprise; pour GOD WIN AUSTEN, le charbon trouvé dans le Bas-Boulonnaïs est bien léquivalent des « Coal Measures » et, logiquement, il fait de la masse calcaire inférieure à la houille le sommet du Calcaire carbonifère et de la masse qui lui est superposée l'équivalent du «Magnesian Limestone» d’Outre- Manche 7. Les uns et les autres se ralliaient à la manière de voir de . DU SOUICH et admettaient l’existence de deux calcaires, l’un plus ancien que la houille, l’autre plus récent.
En fin de sa thèse de doctorat, GOSSELET rejette cette manière de voir ; pour lui, «le bassin houiller du Boulonnais est le prolonge: ment de celui de Mons » 8, le calcaire subordonné à la houiïlle est le même que celui qui lui est superposé. Il explique cette position anor-
6. OLRY A. — Topographie souterraine du Bassin houiller du Boulonnais — Eiudes Gîtes Minér. France, Paris, 1904, p. 89 et 91.
7. AUSTEN ROBERT A. C. — On the series of Upper Palaeozoic in the Boulonnais — Quart. Journ. Geol. Soc., vol. 9, 1853, p. 244 (tableau).
8. GOSSELET J. — Mémoire sur les Terrains Primaires de la Belgique et du Boulonnais — Paris, 1860, p. 134.
male par un phénomène analogue à ceux observés en Belgique « par un renversement du calcaire sur le houiller >. Plus tard, reprenant la question, et constatant que les schistes houiïllers sont en position normale et, par ailleurs, que le calcaire qui surmonte la houiïlle la recouvre en discordance sans être renversé, il arrive à cette supposition « qu’il y a entre les deux assises une faille très oblique et que le calcaire est venu chevaucher sur les tranches des schistes coupés en sifflet » °.
Je me suis arrêté à ce problème posé par la houille parce qu’il est solidaire de celui que pose le Calcaire carbonifère, et parce qu’il met en relief la part prépondérante qu’a eue GOSSELET dans l’élaboration de nos connaissances touchant le Carbonifère du Bas-Boulonnais. Nous lui devons la première étude stratigraphique détaillée des carrières et affleurements qu’il fit en collaboration avec BERTAUT (1873), et les mises au point successives qu’apportèrent son « Esquisse géologique » (1880), son mémoire sur « L’Ardenne » (1888), et l’« Aperçu général sur la géologie du Boulonnais» qu’il donna à l’occasion du XXVIII Congrès de l'Association française pour l’Avancement des Sciences (1899).
Depuis 1910, les travaux de détail se sont multipliés : travaux de paléontologie (M. A. SALEE, 1913 et 1921 — M. G. DELEPINE, 1920 — M. A. P. DUTERTRE, 1926 et 1928), de pétrographie (M. J. DE LAPPA- RENT, 1921 et 1922 — M. H. DERVILLE, 1925 et 1930), et de stratigraphie enfin auxquels je n'arrêterai quelque peu pour nr’avoir plus à y revenir. Ces derniers travaux ont tous trait aux couches de base du Calcaire carbonifère. :
C’est ainsi qu’en 1920 M. DELEPINE précisait l’âge de la « Dolomie du Hure>», par laquelle débutent dans le Boulonnais les sédiments carbonifères. Cette dolomie dans laquelle MM. DE DORLODOT, SALEE 1 et PRUVOST avaient trouvé des Polypiers caractéristiques du Tournaisien, appartient par sa base à l’étage tournaisien, tandis que son sommet représente la base du Viséen et le niveau bien connu à Daviesiella Llangollensis. I ajoutait: «les couches de base du Calcaire carbonifère sont aujourd’hui connues dans le Boulonnais; elles ont été ramenées par la faille d'Hydrequent et on les voit à l’entrée
9. GOSSELET J. -— Etudes relatives au bassin houiller du Nord de la France — Bull. Soc. géol. France, 3° Série, t. 1, 1873, p. 410.
10. DE DORLODOT et SALEE. — Sur le synchronisme du Calcaire carbonifère du Boulonnais avec celui de la Belgique et de l'Angleterre — C. R. Acad. Sc., 1911 (11 sept.), p. 556.
de la carrière Hénaux (massif du Haut-Banc) où elles sont représentées par des schistes alternant avec des calcaires noirs crinoïdiques en nodules ou en couches minces ondulées; leur faune permet de les situer à un niveau très inférieur du Tournaisien, Le sous-étage tournaisien est donc représenté en entier dans le Boulonnais » 11.
Les «Calcschistes de la Vallée Heureuse» du Tournaisien inférieur, ramenés en surface par la faille d'Hydrequent et étudiés par MM. P. PRUVOST et G. DELEPINE font défaut au Hure où «la dolomie tournaisienne repose directement sur les pt famenniens » 12,
C. — Aperçu sur la tectonique du terrain carbonifère dans le Bas-Boulonnais.
Comme je l’ai montré plus haut, nous sommes redevables, pour une grande part, de nos connaissances sur le système carbonifère du Bas-Boulonnais aux recherches de GOSSELET; c’est son étude sur < l’Ardenne » qui devait encore fournir la clé du problème tectonique qui se posait dans cette région. À la solution de ce problème, MM. P. PRUVOST et G. DELEPINE ont récemment contribué en précisant l’allure de la faille d’'Hydrequent et les rapports du Carbonifère avec le Dévonien dans le Bas-Boulonnais 18,
La région boulonnaise se trouvait, au début du Silurien, dans des conditions géographiques analogues à celles qui étaient réalisées dans les régions de Dinant ét de Namur. A cette époque, le « plissement de l'Ardenne » déterminait dans ces deux dernières régions la formation de deux vastes bassins, l’un méridional (bassin de Dinant), l’autre septentrional (bassin de Namur), séparés par une crête de terrain silurien; le bassin septentrional était adossé au plateau silurien du Brabant. C’est dans ces bassins (en voie d’approfondissement progressif) que se déposèrent les sédiments dévoniens et carbonifères.
Après le dépôt de la houille, un nouveau mouvement du sol souleva toute la région du nord de la France. On l’a appelé «ridement du Hainaut > et on l’a attribué, non à un mouvement vertical-de surrection, mais à une poussée horizontale et tangentielle. Pour GOSSELET, « cette poussée horizontale n’est qu’apparente. La cause du ridement
11. DELEPINE G. — Note sur la position stratigraphique de la dolomie du Hure — Ann. Soc. géol. Nord, t. XLV, 1921, p. 142.
12. DUTERTRE A. P. — L’inconnu du Hure: contact entre le Famennien et le Tournaisien dans le Bas-Boulonnais — C. R. somm. Soc. géol. Fr., 1923, p. 110.
13. PRUVOST P. et DELEPINE G. — Observations sur la Faille d’'Hydrequent et sur les couches de base du Carbonifère dans le Bas-Boulonnais — Bull. Soc. géol. Fr., 4 Sér., t. XXI, 1921, pp. 189 à 206.
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Fig. 2. — Schéma explicatif de la structure tectonique du Massif paléozoïque du Boulonnais.
I, Formation des écailles (ou massifs) ; II, Mise en place des écailles III, Failles de tassement (faille de Ferques), fin des mouvements hercyniens IV, Etat actuel (après les érosions successives).
1, Silurien ; 2, Dévonien ; 3, Dolomie du Hure et calcschistes de la Vallée Heureuse ; 4, Calcaire carbonifère ; 5, Terrain houiller.
f. 1, Faille d'Hydrequent ; f. 2, Faille du Haut-Banc ; f. 3, Faille de Ferques.
Ce schéma des mouvements tecioniques successifs dans le Boulonnais m’a été obligeamment communiqué par M. le Professeur P. PRUvOsT.
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réside dans l’affaissement des parties centrales du bassin et dans le
relèvement relatif des bords avec glissement des couches les unes
sur les autres. L’affaissement lui-même est une conséquence du retrait constant de la croûte terrestre » 14,
Dans la région boulonnaise, le mouvement résultant se traduisit par une poussée du sud-ouest vers le nord-est au cours de laquelle le bassin septentrional vint buter contre le plateau du Brabant; le plateau offrant résistance, le bassin, comprimé, se transforma en un pli déjeté vers le nord dont la partie profonde s’enfonça vers le sud sous le bassin méridional. L’effort tangentiel continuant à se faire sentir, les mêmes phénomènes s’accentuèrent et le bassin méridional finit par surmonter le bassin septentrional, produisant à l’intérieur de celuici des chevauchements en écailles. Ainsi s’explique la position anormale de la masse calcaire qui surmonte la houille à Ferques et à Elinghen et qui, dans la première localité, présente une épaisseur de 280 mètres. Cette masse calcaire n’est pas en place; elle vient du sud et a été charriée vers le nord sur la partie septentrionale du synclinal de Namur resté en place et représenté en profondeur par une masse calcaire surmontée de schistes et de grès houillers avec couches de houille productive.
À quelques détails près, l’explication formulée pour les régions de Dinant et Namur est applicable au Bas-Boulonnaïis, qui représente le prolongement vers l’ouest du synclinal de Namur. GOSSELET précisait ce détail en 1891 dans une réponse à une note de OLRY aux Comptes Rendus de l’Académie des Sciences : « Dans le centre de la Belgique, les deux bassins sont séparés par une arête silurienne >» (Crête du Condroz) … « À l’ouest de Charleroi, l’arête silurienne cesse et les deux bassins ne sont plus séparés que par une grande cassure, désignée sous le nom de Grande Faille 5. La distinction des deux bassins n’est pas une simple conception théorique. Ils sont parfaitement caractérisés non seulement par leur différence en richesse houillère, maïs par l’âge, la nature et le facies des couches dévoniennes et carbonifères qui les remplissent. Le bassin de Namur ne contient que les séries moyennes et supé-
14. GOSSELET J. — Sur la structure du bassin houiller franco-belge — Bull. Soc. géol. Fr., 8° Sér., t. VIII, 1879-1880, p. 505.
15. Cette « Grande Faille» ne doit pas être confondue, dans le Boulonnais, avec la faille d'Hydrequent; elle pase plus au sud, au Wast, sous le manteau de terrains jurassiques.
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rieures, tandis que dans le bassin de Dinant on trouve la série inférieure, épaisse de plusieurs kilomètres » 16,
La plus récente mise au point est celle qu’a donnée en 1924 M. P. PRUVOST dans sa « Synopsis of the Geology of the Boulonnais ». La coupe orientée nord-sud de Calais à Samer, qui accompagne ce travail, donne la structure d'ensemble de la boutonnière et montre, plus clairement que ne le ferait une description, les positions relatives et l'allure des sédiments antérieurs à la craie.
16. GOSSELET J. — Observations au sujet de la note sur le terrain houiller du Boulonnais, de M. Olry — Ann. Soc. géol. Nord, t. XIX, 1891, p. 19.
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