‹ Les Marbres du Calcaire Carbonifère en Bas-BoulonnaisChapitre 73 sur 211 · Planckhers · texte numérisé non relu

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Dans les tubes enfin, j'ai constaté de-ci de-là (mais rarement) la présence de lignes granuleuses transversales s'étendant horizontalement d’une paroi du tube à la paroi opposée. Ces lignes granuleuses, parfois entières et bien conservées, sont plus souvent réduites à l’état de simples processus internes qui, des parois du tube, se dirigent l’un vers l’autre sans se rejoindre. Lignes et processus sont de même nature minéralogique que les parois mêmes du tube; ils sont de calcaire granuleux. Je ne puis préciser davantage leur rôle et leur signification, mais il me paraît peu vraisemblable d’en faire des planchers, ces formations ordinairement multipliées se seraient conservées dans des tubes qui sont par ailleurs en bon état de conservation. Peut-être ces parois transversales limitent-elles et individualisent-elles les ampoules à leur partie inférieure et supérieure.

C. — Résumé et interprétation de certains traits anatomiques.

L'organisme dont je viens de faire l'étude n’est pas un organisme massif parcouru par des cavités et des canaux comme on serait tenté de

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le croire à un examen superficiel ; c’est une colonie d’organismes tubulaires qui se développe en éventail et s'accroît par divisions dichotomiques répétées de ses individus.

Comme on peut s’en rendre compte aisément par la photographie d'ensemble de l’organisme (cf. PI. XI, fig. 38), et par les reproductions de détail (cf. PI. XI, fig 39 et 40 ; et PL. XII, fig. 42 extrémité droite), les tubes sont tous de même type et d’une venue, sans partitions transversales. Périodiquement, ils se rétrécissent et se régularisent ou s’élargissent et se boursouflent. L’allure zonaire de l’organisme est due surtout au fait que, cohérent dans les portions où le tube est droit, fin, dépourvu d’ampoules et de processus horizontaux, il est par contre lâche dans les régions variqueuses où il est souvent en partie détruit et remplacé par des flocons granuleux et des plages de calcite secondaire. Cette destruction est due vraisemblablement au fait que les boursouflures et les ampoules, en dilatant les tubes, ont rapproché leurs parois des parois de tubes voisins et, en diminuant le remplissage interstitiel, leur auraient enlevé de la solidité.

Mais la zonation de l’organisme trouve son explication première dans le rythme vital lui-même : l’organisme tubulaire croît (portions rétrécies et régulières) mais, dans son développement, il est amené finalement et périodiquement à se reproduire (phase des ampoules) et à s'étendre en surface. Je considère donc la phase des ampoules comme la phase reproductrice et les ampoules comme des cellules reproductrices. Au delà de la dernière ampoule, le tube reprend son calibre étroit et régulier, puis, nouvelle formation d’ampoules et aïnsi de suite.

En ce qui concerne les ampoules, plusieurs questions se présentent à l'esprit mais les faits d'observation ne me permettent pas d’y répondre : ces ampoules sont-elles individualisées par quelque membrane et les parois granuleuses transversales complètes ou non n’en seraient-elles pas des vestiges? pourquoi y a-t-il plusieurs ampoules superposées pour un même tube? leur diamètre n’étant pas absolument identique, jouentelles toutes le même rôle dans le phénomène de la reproduction? n’y a-t-il pas une relation entre ce phénomène et l’existence des communications latérales dont il a été parlé plus haut? etc.

III — AFFINITES AVEC CERTAINS ORGANISMES DEJA DECRITS PAR D’AUTRES AUTEURS.

Deux organismes déjà décrits, et tous deux la même année (1886), montrent une ressemblance frappante avec l’organisme dont il vient d’être question. Ce sont : le Zonotrichites lissaviensis décrit par BORNE- MANN et le genre Mitcheldeania défini par WETHERED.

A. — Zonotrichites.

Zonotrichites est une algue calcaire que BORNEMANN rapporte à la famille des Rivulariaceae et qu’il a découverte en petites masses globuleuses ou sous forme de croûtes dans une formation bréchique des environs de Lissau (Räth Oberschlesiens). Voici la description qu’il donne du genre:

« Algues calcaires fossiles constituées par des filaments à disposition rayonnante ; masses hémisphériques ou réniformes, croissant sur des corps étrangers ou les enveloppant. Ces organismes montrent, en coupe, des zones parallèles ou concentriques qui correspondent aux diverses phases de leur vie végétative. Les couches de base, une fois mortes, servent de support aux parties plus jeunes où les filaments nouvellement formés, à la manière du gazon, se développent en touffes rayonnantes » 85,

L'auteur fait ensuite un rapprochement curieux et suggestif de Zonotrichites avec deux organismes analogues, tous deux d’eau douce et vivant actuellement dans les lacs suisses et les torrents des Alpes: Zonotrichia (Euactis) Heeriana NAEGELt et Zonotrichia calcivora AL. BRAUN qu’il figure dans sa planche V (fig. 3, 4 et 5). Les taches blanches oblongues que présente l’organisme figuré sous le n° 4 de la planche V présenteraient pour moi un intérêt particulier ; quoique le faible grossissement de la photographie et son manque de netteté ne me permettent pas de dire avec certitude s’il s’agit là d’ampoules ou de boursouflures analogues à celles que j’ai décrites, il me semble néanmoins que leur régularité relative suggère plutôt cette explication et écarte l’hypothèse de simples lacunes remplies de calcite secondaire.

B. — Mitcheldeania.

M. GARWOOD auquel nous devons de nombreuses et intéressantes publications sur les Algues calcaires a donné en 1914 84 une reproduction photographique de Mitcheldeania qui me suggère un rapprochement

83. « Fossile Kalkalgen mit strahlig geordneten Fäden, halbkugelige oder nierenfôrmige Lager bildend, auf anderen Kôrpern aufgewachsen oder solche einschliessend. Im Durchschnitt erscheinen parallele oder concentrische Zonen, durch die periodische Vegetation der Alge gebildet, indem stets die ältere absterbende Schicht der jüngeren als Grundlage diente, auf welcher die jungen Fäden in strahligen Gruppen rasenweise weiterwuchsen. » cf. BORNEMANN. — Geologische Algenstudien. — 7hb. der kônigl. preuss. geolog. Landesanstalt, 1886, p. 126 et 127, pl. V, fig. 1 et 2 et pl. VI.

84. GARWOOD E. J. — Rock-building organisms. Geol. Magaz., Dec. VI vol. 1, pl. XXI, fig. 2.

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de ce genre et de l’organisme du banc « Parisien n° 2». L’allure des organismes est bien la même, tant en ce qui concerne la lamination concentrique que la forme bossuée des tubes et leur type de bifurcation.

1. — Mitcheldeania fut rencontré pour la première fois par WETHE- RED dans les lits de base du Calcaire carbonifère anglais (Lower Limestone shales of the Forest of Dean, Somersetshire) et il en décrivit la première espèce sous le nom de Mitcheldeania Nicholsoni. L'auteur . décrit un organisme formé de lames concentriques et pénétré par deux systèmes de tubes:

« Les tubes sont séparés les uns des autres par un squelette fibreux ; ce squelette est parcouru par un système canaliculaire à menus éléments. D’autres tubes de plus grand diamètre caractérisent les lames concentriques supérieures ; ils apparaissent dans la troisième lame et augmentent beaucoup en nombre au fur et à mesure qu’on s’élève. Le squelette fibreux, par places, montre en outre des centres d’accroissement ; ces centres, qui sont constitués par des tubes fins à disposition concentrique, reproduisent dans leur ensemble l’allure qui caractérise le noyau de l’organisme entier. A la base, s’observe un pédoncule qui, selon toute probabilité, devait servir à la fixation de l’organisme » &#.

WETHERED joignait à sa description une figure qui, malheureusement, est illisible 86, et je n’ai pu mettre la main sur les Proceedings of the Cotteswold Naturalists’ Field Club où il figura la même année, avec plus de succès, dit-on, l’espèce en question #7.

L'auteur fait allusion à deux sortes de tubes, de diamètre différent, à un tissu fibreux de nature squelettique séparant les gros tubes et parcouru par un système canaliculaire de moindre calibre ; des petits tubes, il faisait le coenosarque «rempli selon toute vraisemblance de matière vivante » 88, les gros tubes représentant pour lui les loges des zooïdes ou polypes.

85. «the tubuli are separated by the skeleton fibre which is itself penetrated by à minute canal system. There are also other tubuli of larger size than are seen in the inner laminae, which appear first in the third series, and become more numerous outwards. The skeleton fibre is also penetrated, in places, by centres of growth made up of concentrically arranged minute tubuli, resembling the series which constitute the nucleus of the entire organism. At the base there is a peduncle which probably served for attachment.» (WETHERED E. — Geol. Mag., 1886, Dec. III, vol. III, p. 535). ,

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