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IT. — NIVEAU ORGANIQUE SUPERIEUR ; LES GRA’MERES

La portion tout à fait supérieure qui mesure 1 m 50 environ d’épaisseur Comprend un niveau organique surmonté d’un rubané.

Le niveau organique est constitué sur 1 m. environ d’épaisseur par la superposition d'organismes laminaïires qui rappellent les Corydopodium. Les espaces laissés libres entre les lames arborescentes sont remplis par un sédiment calcaire fin, au sein duquel de loin en loin s’observent des amas de petits Brachiopodes à profil ovalaire.

Dans le haut s’observe un rubané grisâtre dû à des dépôts successifs de grumeaux. Ce rubané varie beaucoup d’épaisseur (de 15 à 60 cm.) suivant qu’il est interrompu ou non par des efflorescences de nature organique auxquelles, en carrière, on a donné les noms étranges de gra’mères ou de mam’zelles, et dont je dirai quelques mots.

Ces noms sont justifiés par les allures bizarres que présentent sur front de carrière ces efflorescences : avec beaucoup d’imagination, on peut en effet reconnaître chez certaines d’entre elles des figurines,

des caricatures de visages humains coiffés d’un panache blanc ou de

chapeaux à fleurs à l’ancienne mode (cf. PL XIV, fig. 48, quart supérieur d’un de ces organismes). |

A. — Morphologie.

Ces gra’mères qui ne dépassent guëre 30 cm. en hauteur peuvent présenter une très grande extension horizontale (2 m.). Elles sont limitées vers l’extérieur au contact du sédiment vaseux par une zone blanche opaque, et creusées, à leur surface supérieure, de profondes échancrures dans lesquelles la boue calcaire s’est déposée sous forme d’un rubané fin plus ou moins net (cf. PI. XIV, fig. 48). L'intérieur, sur front de carrière, se décompose en une série de colonnes montantes à axe apparemment dépourvu de structure, et entouré d’un manchon finement structuré. Ces colonnes devaient être très capricieuses d’allure, car, en règle générale, les coupes frontales ne les intéressent que sur un

léser parcours. Il n’est pas rare de rencontrer, au milieu des colonnes

Fig. 15. — Stylocodium rhopaloides nov. gen. (« Gra’mère »), représenté en place, aux trois quarts enseveli dans la vase calcaire (portion mouchetée de blanc et de noir), et continuant à croître par sa partie supérieure profondément échancrée. À l'arrière-plan, en noir, deux formes du même type.

et en plein organisme, des coquilles isolées de Brachiopodes et de Gastéropodes, des fragments d’Echinodermes, des radioles d’Oursins, des Ostracodes, quelques Foraminifères du type Trochammina et Archaediscus ; j'ai même observé plusieurs fois, dans les interstices intercolumnaires, de petites plages encombrées d’Ostracodes. Des phénomènes intenses de dissolution et de recristallisation ont donné naissance en

général à de larges plages de calcite hyaline largement cristallisée, parfois aussi à de la calcite très finement cristallisée qui rappelle le calcaire granuleux (cf. PI. XIV, fig. 49 coupe verticale et 50 coupe horizontale).

B. — Anatomie.

1. — En lame mince et en section transversale, la colonne montre trois zones très nettes et de textures différentes : la portion centrale (de teinte brune et de structure inapparente sur le marbre poli) se présente sous l’aspect d’une plage dépolie à texture plus ou moins périmée. Dans les cas particulièrement favorables, le schéma seul de la texture primitive est conservé sous forme de boyaux, dont l'allure est vaguement concentrique (cf. PI. XV, fig. 53 et 54).

Cette structure concentrique est beaucoup plus nette dans les portions intermédiaires, plus granuleuses (liserés blanchâtres continus sur le marbre poli) et plus denses ; les tubes, à lumière remplie de calcite hyaline et à parois granuleuses, y sont bien individualisés ; leurs ondulations plus ou moins accentuées permettent de suivre leur parcours sur une plus ou moins grande longueur.

Vers l’extérieur enfin, la texture redevient confuse : plus de lumières nettes, plus de parois nettement délimitées mais une plage granuleuse parcourue par de minces filets noirs régulièrement ondulés et qui, à n’en pas douter, représentent des tubes de beaucoup moindre calibre. Ces plages granuleuses régulièrement interrompues se présentent sur le marbre poli sous forme d’une dentelle d’un blanc jaunâtre : en coupe longitudinale, elles apparaissent finement découpées. Cette troisième. et dernière zone est très inégalement développée non seulement dans les différentes colonnes mais encore suivant les points de la surface d’une même colonne (cf. PI. XV, fig. 53 et 54).

Un autre détail que les coupes transversales mettent bien en relief c’est l’existence, à côté de colonnes simples, de colonnes complexes montrant deux, trois centres d’accroissement (cf. PI. XV, fig 54). Que ces excroissances locales soient originelles ou que la complexité résulte de la coalescence de plusieurs colonnes simples voisines, il n’en reste pas moins vrai que l’organisme montre une tendance très nette à l’inégalité de croissance sur les différents points de sa surface. Une couche continue de calcite orientée incruste la surface externe des colonnes montantes. |

Cette croûte est formée de la juxtaposition de prismes plus ou moins allongés ; ces prismes qui sont développés de la surface organique

vers l’extérieur ont pu, dans le cas d’intervalles intercolumnaires réduits, arriver au contact. Lorsque les vides laissés entre les colonnes sont vastes, la zone prismatique se présente sous la forme d’un liseré et un phénomène de cristallisation ultérieure a donné naissance à une plage hyaline de calcite en large mosaïque.

2. — L’irrégularité d’allure déjà frappante en section transversale s’accentue encore en coupe longitudinale : bien que les colonnes montantes se présentent sous forme fragmentée ou hachée (cf. PI. XIV, fig 49, au centre), j'ai gardé de l’étude microscopique et des allures successives de l’organisme, l’impression que, si les colonnes ne sont pas continues et d’une venue, néanmoins leur développement vertical est très important. Si elles sont morcelées et si variées de texture, cela peut tenir sans doute à uné orientation trop oblique de la section (l'orientation d’une section étant toujours une opération très délicate), mais cela tient aussi, et surtout, à l’inégalité de développement de l'organisme dans le sens horizontal, au fait qu’il se rétrécit ou au contraire s’étend en largeur, d’où il s’ensuit qu’une coupe de front ou verticale puisse l’intéresser successivement dans ses différentes zones centrale et périmée, ou intermédiaire et tubuleuse, ou enfin superficielle et granuleuse.

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