‹ Les Marbres du Calcaire Carbonifère en Bas-BoulonnaisChapitre 85 sur 211 · C. — Classification et affinités · texte numérisé non relu

C. — Classification et affinités

Les gra’mères se présentent sous forme d’îilots plus ou moins épais (20 à 30 cm.) et plus ou moins étendus (j’en ai mesuré qui avaient 2 m. d’envergure sur front de carrière) au sein d’une vase calcaire de texture grumeleuse. Ces îlots sont formés par la juxtaposition d’organismes du type Henriette au milieu desquels ou aux dépens desquels vivaient les nombreux Ostracodes et Brachiopodes qui s’y retrouvent aujourd’hui enchâssés.

Bien que l’organisme ici décrit ne présente pas l’alternance nette de petits tubes et de gros tubes observés et décrits chez Polymorphocodium Lapparenti, de nombreux détails de texture imposent ce rapprochement. Ce sont : la microtexture générale à zones dépolies et périmées, ou chargées de vermiculures en accents circonflexes et de tubes ondulés plus ou moins étendus, — la présence de tubes dilatés en boyaux noueux et de médusoïdes, — l’allure particulière des tubes en surface, — et enfin la formation, en certains points, de sphères analogues à celle que j’ai décrite chez Polymorphocodium Lapparenti. |

Les gra’mères sont donc le vestige d’une formation récifale discontinue, provoquée par l’entassement local d’Algues calcaires du type

Polymorphocodium. Comme en témoignent les lames elles-mêmes et surtout les sections longitudinales et transversales en surface polie, de nombreux organismes, Céphalopodes, Gastéropodes, Brachiopodes et Ostracodes (ces deux derniers groupes à nombreux individus entassés en petits nids) vivaient au milieu de ces Algues calcaires. Ils se nourrissaient vraisemblablement, non pas de ces Algues calcaires elles-mêmes, mais d’autres végétaux de même groupe non calcifiés et qui, pour cette raison, n’ont rien laissé d'eux-mêmes.

Ce dernier détail fait bien ressortir le caractère colonial de l’organisme ; et l’on est en droit de se demander s’il ne constituerait pas une colonie de Polymorphocodium.

Toutefois, par commodité et provisoirement, vu son allure d’ensemble très spéciale, je nommerai l’ensemble Siylocodium rhopaloides.

Genre Stylocodium nov.

Stylocodium rhopaloïdes nov. sp. 12

Algue appartenant vraisemblablement à la famille des Codiacées, en colonnes dressées affectant la forme de massues. Elle est entièrement constituée de tubes verticaux, de plus fort calibre et à course irrégulière au centre (portion columellaire), régulièrement ondulés et de plus petit calibre en surface où ils disparaissent souvent sous des amas de calcaire granuleux. Même texture d'ensemble que chez Polymorphocodium ; on y observe en outre des ampoules analogues à celles de Polym. Lapparenti, et des corps sphériques (cf. PI. IV, fig. 13 et 14 ; et XIV, fig 50) qui se peuvent rapporter sans hésitation à ceux de Polym. Lapparenti.

IV. — « NAPOLEON GRAND MELANGE » ET « GRANDE BRECHE » DU CALCAIRE CARBONIFERE BELGE.

Une formation de même caractère que le Napoléon Grand Mélange, de même facies, de même texture, de même niveau stratigraphique que lui se retrouve sur la bordure septentrionale du bassin de Namur : c’est

102. Du grec: 6 gtèkoc, du la colonne, et To gérakov, du la massue — en forme de massue.

la « Grande Brèche » exploitée près de Namur aux carrières de Saint- Nicolas et des « Grands Malades » 102bis,

Dans ses « Recherches sur le Calcaire carbonifère de la Belgique », M. DELEPINE a décrit dans le détail (p. 93 sq. et passim) et interprété (p. 275 sq.) cette formation. Il insiste sur son aspect massif, sa structure complexe et sur la texture compacte ou zonaire de ses éléments dont certains sont allongés « comme s’ils étaient les prodüits de la fragmentation de bancs relativement minces » 18 ; c’est l'équivalent de ce que j'ai appelé plus haut « Brèche de calcaires rubanés > et plus particulièrement de la variété « Bâtons rompus ». Il signale en Belgique la superposition de plusieurs séries bréchoïdes «séparées les unes des autres par des bancs de calcaire zonaïre régulièrement stratifiés (Saint- Nicolas, Namèche) » 14, dont j’ai montré l’équivalent dans ma description du Grand Mélange ; au sein de ces brèches se rencontrent des lentilles oolithiques et des amas de petits Brachiopodes que M. DELEPINE rapporte aux genres Dielasma et Seminula. D’après le savant auteur, «les parties ayant la structure proprement bréchoïde — brèche à éléments menus, ou bien à gros blocs anguleux — diminuent d'importance à mesure qu'on avance vers l’est, une fois qu’on a dépassé Namur » 15,

La « Grande Brèche », aux environs de Namur, repose immédiatement sur les calcaires noirs avec lignes de silex qui forment le sommet de la zone à Productus Cora ; elle y présente une puissance de 20 à 25 m. Or, dans le Boulonnais, le « Napoléon Grand Mélange >» ne dépasse pas 5 m., y compris le niveau organique qui couronne cette formation.

Tableau comparatif des facies et des épaisseurs à Namur et Hydrequent :

Namur Boulonnaïis Grande Brèche (20 à 25 m.). Napoléon Grand Mélange (4 à 5 m)). Calcaires noirs phtaniteux (12 m.). Calc. rubané de texture grumeleuse. Calcaire bleu grenu à -Productus Marbre Lunel (25 m.). cora (épaisseur ?).

Une diminution d'épaisseur analogue à celle qui se fait sentir vers l’est, s’observe donc aussi à l’ouest, mais les facies oolithiques qui prédominent dans la portion orientale du bassin de Namur sont remplacés

102bis. Ce n’est pas le seul gisement de Grande Brèche, mais c’est le seul que j'ai étudié en détail.

103. DELEPINE G, — Recherches sur le Calcaire carbonifère de la Belgique 1911, p. 276, 3. \

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