‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 57 sur 96 · LUC JACQUES DEODAT JEAN · texte numérisé non relu

LUC JACQUES DEODAT JEAN

Voici donc une famille composée de sept personnes ayant toutes exercé le même art, com])renant, depnis la naissance du premier de ses membres jusqu'à la disparition du dernier, un espace de près de cent cinquante ans. Le fait d'une succession dans la même profession n'était pas rare à cette époque; nous en pouvons citer plusieurs exemples tels que les Pisans parmi les architectes sculpteurs, et, un peu plus tard, les Gaddi parmi les peintres, mais aucune n'a rempli, sans interruption, un si long espace de temps et n'a produit avec une si grande abondance.

De plus, et cela est particulier aux Gosmati, les

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œuvres très nombreuses (ju'ils ont laissées ont entre elles un caractère de solidarité absolue ; c'est le même art au({uel ils ont recours, ce sont les mômes procédés qu'ils emploient, bien (jue, en dehors des ])rof]^rès accom])lis, nous puissions constater, vers les dernières années du xin' siècle, un abandon systémati(pie du slyle romain proprement dit, pour recourir aux formes |)lus élancées du style ogival.

Presque toutes les œuvres des Cosmati parvenues jusqu'à nous portent une signature. On trouve, nous l'avons dit, le nom de Laurent, le premier des Cosmati, gravé sur la façade de l'église de Falieri; Laurent et Jacques son lils se sont inscrits, soit ensemble, soit séparément sur la façade de la cathédrale de Civita- Gastellana.

Civita-Gastellana est une petite ville placée, comme une forteresse d'avant-garde, sur un des contreforts des Apennins pour dominer la campagne de Rome. Du haut de ses vieux remparts, dont une partie est encore debout, la vue s'étend sur cette immense vallée verdoyante, peuplée de troupeaux, à travers laquelle le Tibre serpente en détours argentés. Au loin sur la gauche, les montagnes de la Sabine se perdent dans une vapeur azurée, et plus près, le mont Soracte, au profd nettement découpé, laisse apercevoir sur sa plus haute cime l'église de Saint-Sylvestre environnée des murailles du monastère.

L'église (le Civita-Gastellana est une ancienne basilique à trois nefs, modernisée par tout ce que les siècles ont pu lui ajouter de constructions annexes et de décorations somptueuses, dénaturant ainsi l'antique simplicité du monument primitif. Cej)endant le temps et les hommes ont respecté les trois portes ouvertes dans le mur de face; sur le linteau de celle du milieu, on peut encore lire l'inscription suivante, gravée dans le marbre en beaux caractères romains :

LAVRENTIUS . CVM . lACOBO . FILIO. SVO .

MAGISTRI . DOCTISSIMI . ROMANI . H . OPVS .

FECERVNT.

Cette signature occupant une ])lace aussi importante, ne semble-t-elle pas indiquer que les deux artistes avaient été les architectes du monument tout entier? En tous cas, il ne peut y avoir de doute en ce qui concerne la façade, et, même ainsi réduite, l'œuvre des Cosmati est encore considérable. Du reste, le mot doctissimi, s'appliquant à Jacques aussi bien qu'à Laurent, confirme leur renommée et nous apprend que déjà, à cette époque, ils passaient tous deux pour des maîtres d'un mérite consommé.

Cependant, si Laurent est en réalité le premier d'une illustre suite d'artistes, il est impossible de le considérer comme un chef d'école; il a peut-être perfectionné son art, mais n'a rien innové. Les portes du dôme de Civita-

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Castellana ressemblent de très près à celles de Téglise de Sainte-Marie à Gorneto et plus encore à la porte principale de l'église Saint-Pierre à Toscanella : ce sont les mêmes éléments mis en œuvre suivant la même ordonnance. Peut-être la reconstruction de la façade de Civita Castellana a-t-elle précédé celle des autres églises, mais de bien peu ; tous ces travaux doivent être contemporains. Le grand mérite du marbrier Laurent est d'avoir réuni sur un seul point, et d'avoir appliqué avec discernement, toutes les ressources décoratives de son art, lui procurant ainsi un vêtement nouveau, un nouvel éclat dont ses successeurs se sont servis pour le rajeunir.

Gomme à Gorneto, trois portes, accompagnées d'une architecture de marbre, s'ouvrent sur la façade et donnent accès dans les nefs du dôme de Givita-Gastellana. Les baies des côtés sont rectangulaires; un chambranle méplat décoré d'un large dessin de mosaïque d'incrustation les encadre et forme linteau; au-dessus, une partie demi-circulaire ou lunette correspond à l'arc de décharge établi dans le mur et circonscrit un tympan. Ce système de construction, généralement adopté dans l'architecture byzantine, avait été magistralement employé, dès le commencement du xif siècle, au dôme de Pise, par Rainaldo, continuateur de l'œuvre de Buschetto.

L'une des lunettes de Givita-Gastellana est occupée par une remarquable mosaïque de style absolument byzantin, représentant le Ghrist en buste, nimbé, drapé dans

un manteau d'or, une main levée pour bénir, tenant de l'autre le livre des Évangiles.

La porte que surmonte cette belle décoration est accompagnée d'une inscription fort intéressante:

MA lACO ^ RANERIVS PETRI RODVLFI FIERI FECIT ►î^ BVS ME FECIT.

Ranierus, fds de Pierre Rodolphe, est le donateur; Jacobus est le nom de l'artiste.

Laurent, le maître de l'œuvre, avait donc confié à son fds Jacques le soin d'exécuter, à lui seul, l'encadrement de cette porte, circonscrivant ainsi sa tâche pour lui fournir l'occasion de faire valoir ses talents de marbrier et de mosaïste. Nous ne pouvons donner de meilleure interprétation à cette signature isolée et d'apparence toute secondaire, car les termes dans lesquels elle est rédigée sont bien modestes, mis en regard de ceux dont se compose la grande signature commune.

Laurent et Jacques ont réuni leurs efforts pour donner à la porte centrale un aspect monumental et une grande importance architecturale. Elle s'ouvre sous une arcade dont l'ébrasement est formé de trois membres ou nervures superposées, retombant de chaque côté sur autant de pieds-droits ou points d'appui différents : deux sont des colonnes engagées, le troisième est un pilastre appliqué sur le mur. Cette disposition se rencontre dans la plupart des églises lombardes ; nous pouvons citer

Poi'te principale de lY'glise de Sainte-Marie à Civita-Castellana. — xiii'' siècle.

Détails.

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spécialement la basilicjiie de Saint-Michel à Pavie dont la porte principale, reconstruite à la fin du x° siècle, après l'invasion des Hongrois, présente une analogie frappante avec celle-ci \ La baie rectangulaire est environnée d'un large chambranle et surmontée d'un linteau, tous deux ornés de moulures sculptées et de larges ornements en mosaïque d'inscrustation à fond d'or.

Le tympan de la lunette est ajouré d'une demi-rosace formée de petits arceaux incrustés de mosaïques d'émail et portés sur des colonnettes rayonnantes; il est également entouré d'une archivolte décorée de mosaïques. Gomme aux portails des églises lombardes, deux lions accroupis supportent la base des colonnes extérieures.

Ces diverses éléments, réunis et juxtaposés avec un indéniable talent, forment un ensemble d'un effet saisissant, plein de justesse, de bon goût, de richesse, ayant le grand mérite de satisfaire à la fois les principes d'une décoration raisonnée et les lois de la statique.

On pouvait lire autrefois, sur le côté gauche de la porte principale de l'église de Sainte-Marie à Falieri, une signature à peu près identique à celle que nous avons relevée sur la façade de l'église de Givita-Gastellana:

1. Un des plus beaux exemples de baie ouverte sous un arc de décharge accusé par la juxtaposition d'une série de meuibres d'architecture se voit au Cambio de Pérouse construit au milieu du xv« siècle; elle a une grande relation de similitude avec la porte principale de C.ivita-Castellana.

LAVRENTIVS CVM JACOBO FILIO SVO HOC OPVS FECERVNT.

La porte de Falieri existe bien encore, et sa ressemblance avec celle que nous venons de décrire est manifeste, mais, par suite de quebiue restauration, l'inscription a disparu.

La façade de l'église de Givita-Castellana est précédée d'un portique digne de toute admiration: monument d'un style classique presque absolument pur; peut-être le j)lus beau de tous ceux qui furent élevés au xni' siècle dans les États romains, mais, à couj) sûr, l'œuvre la plus complète et la plus remarquable (pii soit sortie des mains des Gosmati.

Souvent, l'atrium des anciennes basiliques était remplacé par une simple galerie plus ou moins large construite en avant des églises, pour servir d'abri aux fidèles. Parmi les beaux exemples de ce genre de construction, on peut citer à la suite du portique à doubles colonnes de Sainte-Marie-Majeure, le plus ancien de tous, édilié par le pape Eugène III, vers 1153, ceux dont nous avons déjà parlé, de la basilique de Saint- Laurent-hors-les-Murs, de l'église de Saint-Georges en Vélabre, des basiliques de Sainte-Gécile, des Saints- Jean et Paul et de Sainte-Marie du Transtévère. Ce fut, pendant près d'un siècle, un engouement général, motivé, du reste, par les nombreux services que ren-

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daient ces galeries extérieures et le peu de places qu'elles occupaient'.

Du reste, ces monuments, rappellant le portique antique dans sa très grande simplicité, se composaient toujours d'un entablement plus ou moins riche supporté par des colonnes et recouvert d'un toit; ce qui a permis aux architectes du moyen âge d'utiHser facilement les colonnes et les fragments légués par le trésor inépuisable des ruines de l'ancienne Rome. Il est à remarcpier que l'ordre ionique a toujours été employé de préférence aux autres ordres d'architecture; peutêtre sa gracieuse simplicité l'a-t-il fiiit choisir pour l'adapter à ces constructions légères; il n'en est pas moins surprenant de rencontrer à tous les portirpies déjà cités, ainsi qu'à beaucoup d'autres, le chapiteau ionique, à peu près semblable à lui-même, surmontant les colonnes, qu'elles soient lisses, cannelées ou même sculptées, quelle que soit la différence de leurs dimensions et quelles que soient les proportions et la richesse des entablements.

Un palier de huit marches, s'étendant en avant et sur

1. Ce genre de portique, annexé à la farade d'un édifice avait été IVécfuemnient employé par les anciens; on le nommait Chalcidicum, nom tiré de la ville de Chalcis où il avait été édifié, croit-on, pour la première fois. On ajoutait ces portiques aux constructions particulières aussi bien qu'aux monuments publics. Placés en avant des basiliques ils servaient à abriter non seulement les gens d'affaires, mais les marchands qui vendaient des objets de toute sorte. La basilique de la prêtresse Eumachia, à Pompeï, est précédée d'un vaste portique avec le mot Chalcidicum inscrit sur une table de marbre fixée à la muraille.

les côtés du portique de Givita-Gastellaiiti, amène au sol de la galerie, sert de soubassement général au monument, et en augmente singulièrement la grâce et la noblesse. Le portique est divisé en deux parties de quatre entre-colonnements chacune, par une grande arcade médiane, sorte d'arc de triomphe ouvert vis-à-vis la porte principale de l'église; les colonnes sont monolithes et reposent sur de petits socles isolés, ce qui rend la galerie accessible de tous les côtés ; de larges piliers carrés forment les points d'appui extrêmes. Les chapiteaux, suivant la coutume généralement admise, sont d'ordre ionique, surmontés d'un abaque sculpté ; le galbe en est élégant, les volutes largement arrondies. L'entablement est combiné dans de justes proportions, bien que l'architrave soit un peu trop élevée; le larmier de la corniche s'ap])uie sur une rangée de modillons taillés en forme de console; la frise est enrichie de mosaïques d'incrustations représentant une grecque à dessin répété, dans laquelle des bandes entrelacent successivement des disques et des carrés de serpentine et de porphyre. Une charpente en appentis supporte un toit de tuiles et recouvre la galerie.

Certes, l'idée est heureuse: faire passer les fidèles sous un arc triomphal pour entrer dans l'église est d'une convenance manifeste; mais, de plus, cette pensée a été rendue ici, avec une noblesse et un talent dignes d'éloge. Au-dessus du grand arc soutenu par deux forts piliers, s'élève un mur droit, limité sur les côtés par

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Portique de Téglise de Sainte-Marie à Civita-Caslellana. — xin" siècle.

Détails.

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deux pilastres cannelés, et couronné par un entablement semblable à celui du |)ortique. La clef de l'arc est surmontée de l'Agneau Pascal sculpté en haut relief; dans les tympans, deux aigles s'appuient sur des consoles en saillie.

L'aspect de ce monument est véritablement superbe: c'est l'architecture antique remise en honneur, deux cents ans avant la Renaissance; aussi, doit-on sincèrement faire honneur au mérite de l'artiste qui, épris de la grandeur et de la beauté des anciens édifices romains, essayait à son tour de s'initier aux règles de l'art qui les avait créés, et, cherchait à en appliquer les principes à la décoration d'une éghse. Il ne faut pas lui en vouloir de quelques imperfections techniques, et nous ne lui ferons pas un grand crime de n'avoir pas su raccorder la grande arcade du portique avec le mur de face; l'espace qui les sépare est couvert en effet par une affreuse toiture à deux pentes, mal dissimulée et insuffisante.

Sur l'architrave de l'entablement supérieur on lit, écrit en grandes lettres de mosaïque d'or sur fond rouge :

MAGISTER. lACOBVS . CIVIS . ROMANVS . CVM. COSMA . FILIO . SVO . CARISSIMO . FECIT . HOC. OPVS . ANNO . DnT . MCCX.

L'expression fecit indicjue bien qu'en cette circonstance, Jacques a ordonné, a dirigé, a fait réellement

fonction d'architecte; aussi le qualificatif Magister ne s'applique qu'à lui seul et le désigne comme seul Maître de l'œuvre. Cosme intervient ici comme un aide de peu d'inq)ortance ; son nom n'occupe dans l'inscription qu'une place secondaire, en rapport avec le rôle modeste qui lui était dévolu.

La date 1210, indi([uée dans cette belle inscription, nous reporte au glorieux pontilicat d'Innocent 111; ce pape a donc été l'inspirateur d'une œuvre aussi magnilique et seul pouvait en couvrir les frais. 11 faut sincèrement regretter (|ue des artistes de la valeur de Laurent, Jacques et Cosme n'aient pu bénéficier plus souvent d'aussi précieux encouragements, et être attachés à la construction d'autres édifices de semblable importance; la renaissance de l'antiquité romaine, au moins en ce (pii concerne l'architecture, se serait probablement ])roduite deux siècles |)lus tôt.

On conserve dans la sacristie deux superbes panneaux de marbrerie ayant autrefois formé les côtés de la clôture du clKcur. Chacun d'eux est formé de la succession régulière, sur deux rangs, de plaques carrées de porphyre ou de serpentine encadrées de bandes étroites de mosaïque de marbre et de bordures de marbre blanc séparées par de larges champs de mosaïque d'émail sur fond d'or. L'ensemble de chaque panneau est entouré par une forte moulure admirablement sculptée, et couronné par une corniche reposant à ses extrémités sur les délicats chapiteaux de colonnes

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Panneau d'un chancel conservé dans la sacristie de l'église de Sainte- Marie à Civita-Castcllana. — xuf siècle.

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torses incrustées de mosaïques, colonnes s'appuyant elles-mêmes sur le dos de sphynx et de lions. Le socle est orné de mosaïques de marbre en damier; le champ de la corniche est sculpté d'une succession de rosaces, tandis que, sur la doucine nous retrouvons exactement l'ornement antique à palmettes et à raies-de-cœur que l'on voit sur l'entablement intérieur du temple de la Concorde à Rome.

Cet ensemble est d'une surprenante richesse, la mosaïque, distribuée avec une extrême abondance sur toutes ses parties, est presque partout stelliforme, avec une infinie variété de dessins et une rare délicatesse d'exécution. La sculpture ornementale est traitée d'une main ferme et vigoureuse; les animaux, au contraire, bien qu'inspirés par des modèles antiques, ont encore une allure naïve et un peu barbare. C'est bien l'œuvre de véritables marbriers, très habiles à reproduire toutes les formes d'une ornementation connue, s'inspirant aux sources les plus pures avec une sincérité à laquelle il faut rendre hommage, mais incapables d'aborder avec hardiesse les modèles que leur offrait la nature.

Ce remarquable travail porte une signature parfaitement lisible, gravée dans le marbre en beaux caractères :

^ DEOD ET LVCAS CIVES ROMANI MAGRI DOCTISSIMI HOC OPVS FECERVNT.

Deodat et Lucas sont deux des fils de Cosme, et

s'honorent comme lui de porter le titre de citoyen romain. Bien que l'inscription ne donne pas de date, il est aisé d'admettre que l'ornemeniation intérieure du chœur de l'église a dû être postérieure à l'achèvement du portique et de tous les travaux extérieurs ; le nom des deux collaborateurs est bien fait du reste pour se rapporter à une époque que l'on peut fixer entre les années 1240 et 1250 sans cependant pouvoir se prononcer d'une façon plus certaine.

Nous avons déjà rencontré des chancels établis d'après les mêmes données décoratives et architecturales ; aux églises de Sainte-Marie in Castello de Gorneto, d'Alba- Fucense, des Saints-Nérée et Achillée et de Saint- Césaire à Rome, les panneaux de façade de la clôture sont comme ici formés de l'assemblage de tables carrées, environnés d'un cadre monumental ; travaux similaires et tous à peu près contemporains. Mais le chancel de Civita-Gastellana, le plus brillant de tous, se reproduit, avec la même richesse, le même éclat, les mêmes dispositions d'ensemble et de détails, dans les deux grands panneaux qui accotent le siège épiscopal à la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs ; il y a identité de forme, de dimension, de dessin; plaques de porphyre et de serpentine, cadres de marbre, champs de mosaïques, encadrement sculpté, socle, entablement, colonnes torses et pilastres, tout est absolument pareil. Ces deux ouvrages ont dû être faits à Rome, dans le même atelier de marbrerie, à quelques années de distance

LI^:S COSMATI (\ir ET Xlir SIÈCLES) :sGO

peut-être ; celui ([ui est signé étant le premier en date et ayant servi de modèle à l'autre.

A Falieri, petite ville voisine de Civita-Gastellana la signature de Laurent et de Jacques se trouve gravée sur l'encadrement de marbre de la porte de l'église; on lit:

LAVRENTIVS CVM JACOBO FILIO

SVO FECIT HOC OPVS.

HOC OPVS QVINTAVALLVS FIERI FECIT.

Ce travail doit être de ({uelques années antérieur à la restauration de Civita-Gastellana.

Le nom du marbrier Laurent se retrouve encore gravé, comme nous l'avons vu précédemment, sur un pilastre d'un des ambons de l'église d'Ara-Gœli ; puis il disparaît. Jacques, son fds, devient seul directeur de l'atelier de marbrerie et entreprend désormais des travaux à titre d'architecte. Le premier travail qu'il ait dirigé et signé, ou du moins le peu qu'il en reste, se rencontre aujourd'hui à l'église de Saint-Alexis sur l'Aventin. On y voit deux colonnes torses, ornées de mosaïques mais dépourvues de leur chapiteau, placées au fond de l'abside, de chaque côté du siège épiscopal ; sur le socle de l'une d'elle; on peut lire l'inscription gravée, rapportée parle cardinal Taruggi comme ayant appartenu à la confession entière de l'église Saint- Bartolomeo dans l'île du Tibre:

lACOBVS LAVRENTII FECIT HAS DECEM ET NOVEM COLVMPNAS CVM CAPITELLIS SVIS.

Jacques, fils de Laurent, avait donc exécuté dix-neuf colonnes semblables avec leurs cba])iteaux, ayant servi très probablement à surmonter le chancel et à porter une architrave pour former clôture entre le sanctuaire et les nefs. Après les travaux de restauration exécutés dans l'église de Saint-Bartolomeo au début du xvif siècle, les deux colonnes qui subsistaient alors, seul reste de tout ce grand portique, furent transportées à l'église Saint- Alexis et déposées où nous les voyons aujourd'hui . Jacques, à l'époque où fut exécuté ce travail, n'avait pas encore adopté le titre de Magister et s'honorait simplement d'être fils de Laurent ; indication précieuse, qui, à défaut de date, montre clairement que ces colonnes avaient été exécutées au début de sa carrière.

Le couvent de Saint-Saba, fondé à Rome au vin' siècle par des moines grecs de l'ordre de Saint-Basile, forme un assemblage de bâtiments isolés, un peu perdus à travers des terrains assez vagues cultivés en jardins, situés derrière l'église de Sainte-Balbine'. Pour pénétrer dans le monastère, on franchit le mur d'enceinte en passant sous un porche saillant dont la voûte cylindrique et le toit s'appuient, en avant, sur deux colonnes de

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