Basiliques et Mosaïques chrétiennes, vol. I, p
LES COSMATI (XIP ET XIIP SIÈCLES) 371
granit, et en arrière, sur deux forts pilastres de marbre blanc accolés au mur. Au fond, la baie servant de porte s'ouvre sous une arcade dont le tympan est orné d'une ancienne peinture représentant saint Saba et saint André; l'arcliivolte de l'arc est décorée d'une bande de mosaïque, et, sur la clef, l'Agneau Pascal debout, portant la croix, est inscrit dans un disque en forme d'auréole. La voûte en berceau s'appuie dans sa longueur sur des linteaux de marbres terminés en consoles à leur extrémité.
L'église, située au fond d'une petite cour, est précédée d'un portique sous lequel s'ouvre la porte d'entrée. Cette porte, surmontée d'une mauvaise peinture représentant la Vierge Marie entre deux saints, est encadrée par un large chambranle de marbre blanc comprenant, entre deux corps de fines moulures, un champ lisse décoré d'une bande de mosaïque d'émaux rouge, vert et jaune, étoiles d'or. A la partie supérieure de ce chambranle, sur le linteau, se trouve gravée l'inscription:
^AD . HONOREM . DOMINI . NOSTRI . IV . XPI . ANNO . VII . PONTIFICATVS . DOMINI . INNOCEN- TII.III.PP.HOC.OPVS.DNO. lOHANNE . ABBATE. BENE . FACTVM . EST . P . MANVS . MAGISTRI . lACOBI.^Î^
En rhonneiir de Notre Seigneur Jésus-Christ, la septième année du pontificat du seigneur pape Innocent III, cet ouvrage, le seigneur Jean étant abbé, fut exécuté par les mains de maître Jacques.
En pénétrant dans l'église, on remarque (jue la nef centrale est ornée d'un fort beau et très ancien pavement comprenant des disques de ])orphyre enlacés par des bandes de mosaïque de marbre. Nous pensons qu'il convient d'attribuer ce travail important, véritable opus tessellatum à Jacques Cosmati ; Tinscription que nous venons de rapporter n'aurait pas pris tant de développement et n'aurait pas été gravée en si belle place si elle n'avait concerné une restauration complète de l'église faite par l'architecte marbrier.
Jacques exécuta donc ce travail en même lem])s qu'il était occupé d'autre part aux grandes constructions de Givita-Castellana, car la septième année du pontificat d'Innocent III correspond à l'année 1205, époque où ces travaux étaient en pleine activité.
On peut encore voir à Rome un autre très intéressant souvenir du même Jacques Cosmati. C'est la porte de l'ancien couvent des frères de la Sainte-Trinité, devenu par la suite la Villa Mateï. Nous avons relaté, dans notre ouvrage déjà cité, les origines de cet ordre aussi humble que dévoué au soulagement des malheureux captifs. Innocent III, en confirmant, en 1198, à ces intrépides religieux, la règle sévère qu'ils s'étaient donnée, les logea dans les anciens bâtiments du couvent de Saint-Thomas in Formis, situé dans un quartier désert au sommet du Cœlius. Quelques années après, il chargeait les Cosmati, ses marbriers préférés, d'indiquer, par un signe visible
Portail du couvent de Saint-Thomas in Fortnls à Rome. — xiu'' siècle.
LES COSMATl (Xll'^ KT Xlll'^ S1IU:LKS) 375
extérieurement, la sollicitude qu'il témoiguait aux œuvres de ces charitables missionnaires placés sous sa haute et bienveillante protection.
Jacques imagina d'ouvrir la porte du monastère sous une arcade de marbre portée sur des pilastres peu saillants, et de la surmonter d'un dais circulaire, afin d'abriter un tableau, en forme de médaillon, représentant, en mosaïque sur fond d'or, le Sauveur entouré de deux captifs. Nous nous sommes étendus sur le mérite et la signification de cette mosaïque'; ce (ju'il importe de rappeler ici, c'est l'élégance et la grâce de ce motif d'architecture où l'arcade saillante retombe de chaque coté sur des colonnettes accouplées, dont l'une est appuyée au mur et l'autre placée en avant de la première ; c'est la finesse des chapiteaux et la délicatesse des bases reposant sur des consoles engagées ; ce sont les belles proportions de la baie principale et la noble simplicité du chambranle qui l'accompagne.
L'archivolte de l'arcade porte gravée l'inscription :
MAGISTER lACOBVS CVM FILIO SVO COSMATO FECIT HOC OPVS.
Jacques s'était donc adjoint son fils Gosme, ou Gosmatus, pour exécuter ce portail. Malgré l'absence d'autres indications, il n'est guère possible d'assigner à ce petit monument une date dépassant de beaucoup l'année 1210;