‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 59 sur 96 · Basiliques et Mosaïques, vol. 11, p. 46'i · texte numérisé non relu

Basiliques et Mosaïques, vol. 11, p. 46'i

le style de son architecture concorde du reste absolument avec l'encadrement des portes de Gi\ ita-Gastellana.

Cosme, le ])lus célèbre, sinon le plus habile de ces architectes marbriers, celui qui a donné son nom à la famille entière, travailla pendant de longues années à la cathédrale d'Anagni, d'abord seul, puis avec Taide de ses fds.

Fondée en 1074 en l'honneur de la sainte Vierge sur l'emplacement d'un antique oratoire, achevée longtenq)s après, en 1102, la cathédrale d'Anagni fut à nouveau consacrée par le pape Alexandre III en 1179; elle comprenait comme bâtiments annexes, un cloître et un corps de logis occupé par les chanoines. L'église, nous l'avons vu, ])Ossédait un mobilier presbytéral des plus complets ; nous en avons décrit le beau ciborium, le candélabre pascal, le bénitier et le magnifique siège épiscopal ; il s'y trouvait en outre un chœur, probablement entouré d'une clôture, et deux ambons de marbre placés vis-àvis l'un de l'autre. La clôture du chœur a complètement disparu; quant aux deux ambons, on en trouve encore les débris, marbres incrustés de mosaïques d'émail sur fond d'or, gisant épars dans les nefs latérales.

Cosme fut chargé par Innocent III de restaurer complètement cette cathédrale. Les travaux durèrent plusieurs années et se terminèrent par l'adjonction à la charpente de la grande nef d'un plafond ou sophite peint en bleu d'azur avec étoiles d'or, et par l'exécution

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(l'un pavement de marbre à compartiments de porphyre, d'albâtre, de vert antique et de granit oriental. Ce pavement était, au témoignage de de Magistris, accompagné d'une inscription gravée dans une bordure de marbj'e; elle est aujourd'hui disparue :

Dominus AlhevtuH VinicvabUis A(jnanin . Epus. fecit hoc fievi pavimentum p. coiistmcndo Magister Raina/dus Agnanin. canonicus D. Honorii PP, III subdiaconus et cappcllarius c. obidos cmreos erogavit Magister Cosmas hoc op. fecit \

Les noms d'Honorius III, et de Rainaldus Gonti, alors chanoine et sous-diacre de la cathédrale, chapelain du pape, devenu pape lui-même sous le nom d'iVlexandre IV, ainsi (jue le nom de l'évêque Albertus, permettent de fixer la date de ce travail à Tannée 1226.

Peu de temps après la fondation de l'église, le corps de saint Magnus avait été déposé dans la crypte et enfermé dans un très simple coffre de maçonnerie. Après avoir complété la restauration des nefs, Cosme procéda à celle de la crypte, et le corps du saint put être placé dans une confession digne de lui. Cette translation eut lieu le H avril 1231, comme l'indique une grande inscription commémorative se terminant par ces mots :

P.MANVS.MAGRI . COSME . CI VIS . ROMANI.

1. Alexandro de Magistris. Storia délia cita e Basilica di Anagni. Roina, 17 i7.

Tous ces mots étant employés au pluriel, il faut eu conclure que Cosme s'était adjoint quelques-uns de ses fils, et que, père et fils se trouvent désignés ensemble par l'expression : « Les maîtres Cosme, citoijens romains. » Le pavement de marbre de cette belle crypte, fait, après la translation du saint, sur le modèle de celui de la nef, indique les noms des collaborateurs. On peut lire, difficilement il est vrai, car la plupart des mots sont effacés ])ar les pieds des fidèles, mais on distingue encore une inscription gravée dans la marche placée au bas de l'autel; nous la reproduisons en écrivant en caractères romains les lettres à peu près visibles: Magr. COSmas CI VIS Romrmus. CV FILIIS SVIS LVCA ET lACOBO HOC OPVS P^ECIT.

Lucas et son frère Jacques qui portait le même nom que son grand'père, étaient, nous le savons, les deux premiers nés des quatre fils de Cosme.

Il semblerait que la vie d'un artiste tel que Cosme dût être consacrée tout entière au travail, et fournir de nombreux spécimens de son talent; cependant, en dehors des cloîtres de Subiaco, datant de 1235, et du ciborium de la petite église des Saints-Jean et Paul sur lequel est gravé :

MAGISTER COSMATVS FECIT HOC OPVS.

il est impossible de retrouver avant la date de 1277

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aucun autre monument portant la signature de ce maître. Cette lacune peut être attribuée aux architectes de la Renaissance, qui, animés d'un zèle excessif et regrettable, auraient détruit les œuvres de Cosme, comme ils l'ont fait de tant d'autres en les traitant de barbares et en les sacrifiant au style nouvellement adopté; mais on peut accuser, avec plus de certitude encore, les restaurateurs des x\ii'' et xvni' siècles, ces modernes barbares qui, dans leur rage d'ornementation exubérante, ont bouleversé un grand nombre d'anciennes églises et se sont rendus coupables de la plupart de ces destructions infiniment malheureuses. Quoi qu'il en soit, il faut, pour rencontrer à nouveau un monument exécuté par Cosme, arriver au dernier quart du xni" siècle, et encore, ce monument est-il en partie dénaturé.

Il est impossible de se faire aujourd'hui une idée de ce que pouvait être la chapelle dite « Sancta sanctonim » lorsqu'elle faisait partie des bâtiments du palais du Latran, et servait d'oratoire privé aux papes. Située au premier étage, non loin du grand Triclinium et placée sous l'invocation de saint Laurent, elle fut inaugurée par Etienne III, son fondateur, en 810; Benoît III l'embellit et l'acheva en 85G. Le Livre Pontifical fait mention de cette chapelle aux règnes de ces deux papes et indique qu'elle était précédée d'un vestibule assez vaste. Plus tard on lui donna le nom de Sancta sanctomm, en raison de l'importance des reliques qui y étaient conservées, on y voyait entre autres

le voile de sainte Véronique et les chefs de saint Pierre et de saint Paul. Cette chapelle était probablement en état de délabrement assez fâcheux lorsque Nicolas 111 ordonna à Gosme de la reconstruire complètement'. L'emplacement ne fut pas moditîé, elle occupait une des extrémités du palais, et, grâce à cette situation écartée elle put être épargnée pendant les deux grands incendies de 1308 et de 1361 qui dévastèrent presque toutes les constructions du Latran. Sixte-Quint, ayant fait entièrement rééditîer et transformer le palais, enjoignit à son architecte Fontana de rétablir cette chapelle vénérée au haut de la Scala Sancta, dans un bâtiment spécial, isolé, situé à (piehpie distance de la basilicpie. Domenico Fontana tit exécuter cette translation avec tout le soin possible, et nous voulons croire qu'il tint à honneur de conserver à Tarchitecture primitive son caractère particulier, mais il est néanmoins bien difficile d'affirmer (pi'il ait pu reconstituer avec une parfaite exactitude Tœuvre de Gosme telle qu'elle était à son origine, en 1277.

Une voûte, entièrement décorée de mosaïques, avec des arêtes ogivales retombant sur des colonnes d'angle et se cou])ant suivant un plan rectangulaire, une frise formée d'une suite de niches trilobées, séparées par

1. On peut encore lire Finscription suivante gravée en lettres semigothiques sur un des volets en métal fermant l'armoire aux reliques placée sous l'autel: Nicolaus, pp. 111, hanc bnsilicani a funddinentis renovavil et altare fieri fecit Ipsum que cum eadem basilica consecravit.

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(les colonneites, des tables de iiiarl)re a])])li([iiées aux murs, voilà tout ce que permettent de distiguer les petites ouvertures grillées, ])ercées à travers le mur de la chapelle au palier supérieur de la Scala Santa. Il faut se contenter de cette vue sommaire, car Taccès intérieur en est rigoureusement inter'dit. Une ])la(pie de marbre sur laquelle sont gravés les mots :

MAGISTER COSMATVS FECIT HOC OPVS

est incrustée dans la muraille extérieure; d'après l'opinion généralement reçue, cette inscription se ra])])orterait à la reconstruction faite par les ordres de Nicolas III. Nous n'y contredisons pas, mais nous sommes étonnés de voir la signature de Gosme, que l'on pourrait à bon droit appeler « le Romain », placée sur un monument dont le style conviendait mieux à la manière de Jean son fds. Il faut se rappeler cependant que Gosme, à l'époque du pontificat de Nicolas III, n'était plus le jeune architecte de 1210, alors qu'avec son ardeur de vingt ans, il aidait son père et affirmait vigoureusement son admiration pour l'antiquité romaine. Gosme était en 1277 un vieillard de quatre-vingts ans, subissant peut-être, lui aussi, l'influence étrangère et, ayant dû abandonner les formes rigoureuses de l'arc en plein cintre pour suivre le grand courant et adopter l'ogive florentine.

Nous ne pouvons refuser de reconnaître dans les œuvres de Gosme un esprit judicieux et un talent vi-

goureux ; mais il doit une grande partie de sa renommée à ses fds qui, après avoir cessé de travailler sous sa direction, se sont toujours dans leurs inscriptions réclamés de sa paternité. Ils ont beaucoup produit et leurs œuvres, parvenues en assez grand nombre jus([u'à nous, constituent une période artistique particulière et déterminent presque un style.

Des quatre fds du Magister Cosmas ou Cosmatus, les deux aînés disparaissent promptement. En dehors du ])avement de la cryi)te dWnagni, du cloître de Sainte- Scholastique et du cbancel de Civita-Castellana, nous ne trouvons aucune mention du premier, Lucas; aussi sommes-nous autorisé à admettre qu'il mourut relativement jeune. Jacques, le second, vécut au contraire longtem])s, et prit part, en collaboration avec son père, aux mêmes ouvrages que son frère Lucas. D'après ce que rapporte Cresembini, dans son histoire de la basilique de Sainte-Marie in Cosmedin, Jacques aurait signé, avec son frère cadet Déodat, le pavement de marbre de l'église de Saint-Jacques alla Lung ara ; on y voyait, dit cet historien, gravés sur une bande de marbre, les mots : Deodatiis films Cosmati et Jacobus fecerunt hoc opus. et Cresembini affirme avoir copié textuellement cette inscription avant la démolition de l'ancien pavage. Gomme preuve de la longévité de Jacques, on le trouve mentionné dans les archives de la cathédrale d'Orvieto, en l'année 1293, sous le nom de Jacopo de Cosma Ro-

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mano Maestro de Muratori (chef (liri<>eant les ouvriers maçons), ce (jiii équivaut à la fonction (Varchitecte des travaux \ Néanmoins, Jacques a peu produit, et cette longue existence de (juatre-vingts ans serait de médiocre importance pour l'histoire de l'art, si elle ne se rattachait à la grande famille des Gosmati.

Jean, le troisième fils de Cosme, s'est au contraire fait connaître par de nombreux ouvrages presque tous parvenus jusqu'à nous dans un parfait état de conservation. Plutôt sculpteur qu'architecte, Jean s'est attaché principalement à la construction et à la décoration des tombeaux; mais, entre les travaux auxquels il participa comme collaborateur de son père, et ceux dont il eut seul la direction, on peut constater une différence considérable. Les premiers, en dehors des grands pavements des églises, sont des œuvres absolument romaines, tandis que les seconds, conçus sous l'impulsion des idées nouvelles, se rattachent au style ogival. Jamais, du reste, Jean et Deodat ne parvinrent à s'approprier pleinement le caractère de l'architecture gothique, leur éducation première s'opposait à ce qu'ils pussent en pénétrer parfaitement le génie. De là, est né ce genre bâtard, dépourvu de simplicité et en même temps de grandeur, élégant cependant, auquel il faut rapporter pres([ue tous les monuments élevés

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