‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 67 sur 96 · CLOITRE DE SALNT-LAL'RENT-HORS-LESMURS · texte numérisé non relu

CLOITRE DE SALNT-LAL'RENT-HORS-LESMURS

La première tentative faite à Rome pour donner à un cloître un certain caractère d'élégance se rencontre au monastère de Saint-Laurent-hors-les-Murs; tentative il est vrai bien timide encore, bien naïve, dont le résultat peut nous paraître bien peu satisfaisant, mais qui n'en est pas moins un premier pas fait dans une voie nouvelle. Ce petit cloître, édifié en 1187, sous le pontificat de Clément III, pour remplacer des galeries beaucoup plus anciennes, s'est conservé jusqu'à nos jours tel qu'il devait être alors'. L'espace qu'il comporte est assez restreint, on compte 19 mètres sur la longueur et 12 mètres sur la largeur; il est environné de tous côtés par des galeries voûtées ayant 5 mètres de largeur. De massifs piliers de briques, faisant saillie sur les façades comme

1. Plalina: Vita démentis 111. (Claustrum Sancli-Laurentii extra muros œdificavit.

LES CLOITIiES DE MARlillE (XIU' Sil^CLE) /j27

de véritables contreforts, limitent les grandes divisions entre lesquelles sont ouvertes des séries de six arcades ; il y a trois divisions sur les grands côtés et deux sur les côtés extrêmes. Les arcades, toutes en plein cintre, retombent sur des colonnes de marbre dont les chapiteaux sont remplacés par des espèces de coussinets oblongs correspondant à l'épaisseur du mur; quelquesunes de ces arcades sont supportées par de doubles colonnes placées en avant l'une de l'autre; une archivolte de brique circonscrit l'arcade et la distingue seule de la haute muraille qui s'élève au-dessus; un bahut reçoit les bases rudimentaires des colonnes et limite la galerie. Évidemment il y a une certaine recherche dans cette tendance à remplacer les basses arcades et les massifs piliers des cloîtres primitifs par quelque chose de moins lourd et de moins barbare ; malgré toutes les imperfections inhérentes à nn premier essai, il faut reconnaître dans ces subdivisions en petites arcades, dans ces minces supports de marbre, une influence orientale bien marquée. Nous sommes encore loin des élégances du cloître de Saint-Trophime et des splendeurs de celui de Monreale, mais l'architecte de Saint-Laurent a ouvert aux modifications nouvelles la voie où nous allons bientôt les voir se développer largement.

C'est aujourd'hui une rare bonne fortune que de pouvoir pénétrer dans ce cloître de Saint-Laurent : l'accès en est interdit. Cependant, })ar une porte légèrement entr'ouverte on peut encore jouir de la vue peu

ordinaire de ces hautes murailles, badigeonnées d'une peinture rouge et percées de quelques fenêtres à volets, s'élevant au-dessus de petites arcades et de sveltes colonnes de marbre blanc; elles encadrent une végétation merveilleuse composée d'orangers, de citronniers, et de grenadiers, véritables bosquets à . l'ombre desquels croissent les roses et les fleurs variées des parterres. Les religieux franciscains auxquels est dévolue la garde de la basilique se retirent dans ce cloître silencieux aux heures de la méditation comme dans un inviolable et frais sanctuaire.

Page 1