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CLOITRE DE LA BASILIQUE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN

Après avoir parcouru l'intérieur de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, l'œil encore ébloui par ses magnificences, c'est avec une douce satisfaction que, passant par une porte latérale, on pénètre dans le cloître du monastère. A notre première visite, souvenir lointain', on y trouvait non seulement un repos pour les yeux, le calme pour l'esprit, mais on y respirait un air tout chargé du parfum des fleurs dont le préau était alors encombré; d'immenses lierres, accrochés à de gros ])ihers de briques, s'étendaient de tous côtés avec une étonnante vigueur, masquant en partie les

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délicatesses de rarcliitecture. An centre du préau, deux colonnes de marbre, réunies par un frap^ment d'architrave, formaient portique au-dessus de la belle margelle du puits « de la Samaritaine », ])lacé là par le pape Adrien F', lors([ue sous les auspices de Charlemagne, il construisait le cloître et restaurait le Patriarcat du Latran. Une poulie, une corde et un sceau, sus|)endus à l'architrave, donnaient un sentiment d'existence à cette silencieuse retraite ; le monastère était occupé par des religieux dominicains chargés du service de la basihque.

Clément III fit reprendre le vieux cloître du vni" siècle, et donna à l'œuvre d'Adrien I " une forme nouvelle. Les travaux commencés vers 1190 furent confiés au maître marbrier Vassaletus, le premier du nom, et se ])rolongèrent pendant plusieurs années. Continués en collaboration par le père et le fils, ils ne purent être achevés que vers 1225, sous le pontificat d'Honorius III qui leur avait imprimé une grande activité; Vassaletus le fils en était depuis longtemps le seul architecte. Les nouvelles galeries apparurent alors, refaites, sinon avec un goût parfait, du moins avec un luxe inconnu à Rome : depuis le soubassement jusqu'à la corniche tout était en marbre blanc; la sculpture, ainsi que la mosaïque avaient a])])orté un concours important à cette œuvre remarquable.

Les Vassaletus n'eurent cependant qu'un champ assez restreint pour exercer leur talent ; le cloître est

de petite dimension ; le préau est un carré dont chaque côté n'a pas plus de quinze mètres de longueur. D'après l'ordonnance adoptée par le maître de l'œuvre, chacune des faces était divisée en trois sections par de larges pilastres sans base et sans chapiteau sur lesquels l'entablement ressautait; chaque section comportait cinq arcades.

Malgré les efforts et les progrès déjà accomplis dans les arts à cette époque, ces architectes n'ont pas su éviter de flagrantes disproportions. Bien qu'ils aient eu sous les yeux de beaux modèles, et que dans d'autres ouvrages de moindre importance nous les ayons vus interpréter l'antiquité avec assez de bonheur, leur impuissance était trop grande pour leur permettre de faire concourir à un ensemble harmonieux les éléments divers qu'ils mettaient en œuvre ])Our la première fois.

Les arcades en plein cintre, assez élégantes de forme, surmontées de larges archivoltes, retombent sur des tailloirs denticulés et sont soutenues par de minces colonnes, accouplées, pour la plupart, deux à deux l'une devant l'autre. Ces colonnettes, rappelant d'assez près les légers supports employés depuis longtemps dans l'architecture arabe ou sarrazine, sont en général lisses, cependant quelques-unes, réservées aux entrées ménagées sur les quatre faces du préau, sont torses ou tordues en spirale et incrustées de mosaïques d'émail à fond d'or; toutes reposent sur un haut stylobate

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Cloître de Saint-Jean-de-Latran. Détails du portique. Rome. — xiii'^ siècle.

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(jui en diminue la liauteur et en alourdit l'aspect. L'entablement tro]) élevé ajoute à la lourdeur de l'ensemble et fait encore mieux ressortir l'exiguïté des colonnes.

Ces critiques une fois faites à l'adresse de l'architecte, il faut reconnaître que les détails de l'ornementation sont traités avec une rare habileté. La cimaise de la corniche est ornée de feuilles délicates et de têtes de lions en saillie; la frise, très haute, est tout entière incrustée de mosaïques d'émail sur fond d'or, comportant une succession de cercles et de carrés alternés, reliés entre eux par des bandes qui les entrelacent; l'architrave, peu élevée, est également ornée de mosaïques à fond bleu sur lesquelles se détache en blanc une longue inscription. A côté des vives colorations de l'or et des émaux, la sculpture ne joue pas un rôle moins brillant, les motifs en sont d'une infinie variété; ainsi, dans les chapiteaux, dans les tympans des arcades, dans l'épaisseur des archivoltes, partout enfin où une surface quelconque se prêtait à l'introduction d'un motif ornemental, l'artiste a laissé un libre cours à sa fantaisie, et a créé des sujets de toutes sortes; quelques-unes des compositions placées dans les tympans sont allégoriques, d'autres représentent des symboles, mais la plupart sont purement décoratives*; les chapiteaux sont en général assez simples et ne comportent qu'une seule rangée de feuilles, mais

1. Nous avons reproduit quelques-uns de ces ornements en les plaçant comme culs-de-lampe à la fin des chapitres.

ceux des colonnes ornées reproduisent toute la richesse des chapiteaux corinthiens antiques.

Le portique, mesuré extérieurement, a environ 4™, 25 de hauteur; h Torigine, il était directement recouvert par une toiture en appentis, les têtes de lion en saillie sur la cimaise de la corniche et creusées en gargouilles pour rejeter les eaux pluviales, ne laissent aucun doute à cet égard. Les constructions supérieures qui écrasent aujourd'hui cette délicate architecture, murs, galeries, arcades et logements, ont donc été ajoutées ])Ostérieurement, à différentes époques, ainsi que les massifs ])iliers de briques, devenus nécessaires pour ])orter le poids des nouveaux bâtiments. Restauration maladroite, grossière, barbare même, déplorable à tous égards, mais (pi'il faut excuser néanmoins en pensant qu'on lui doit la conservation des précieux restes de ce charmant monument.

Si les deux Vassaletus ont travaillé à l'édification du cloître du Latran, le second en a été le principal architecte, ainsi qu'en témoigne une inscription rapportée à la ])artie supérieure d'un des piliers de marbre. Cette inscrii)tion, relevée autrefois par Sisinondi, avait disparu i)ar suite de l'adjonction des contreforts de briques; la restauration du cloître l'a de nouveau mise au jour. Nous la donnons telle qu'elle apparaît aujourdliui :

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