‹ Les marchands de miracles: histoire de la superstition humaineChapitre 11 sur 37 · RABA · texte numérisé non relu

RABA

Pharamond conduit en vainqueur soij armée de la rive droite à la rive gauche du Rhin, s'empara de la Belgique, et essaye de former une nouvelle monarchie dans la belle contrée qui forme aujourd'hui la partie septentrionale de la France,

Etzel (le fleuve, le torrent), comme l'appellent les traditions héroïques de l'Allemagne, ou Attila, roi des Huns, comme le nomment nos historiens, traverse la Gaule et marche sur Rome.

Arrêté une première fois devant Ornions, ce grand capitaine, ce barbare qui disait dans son orgueil sauvage : a Où mon cheval a passé, l'herbe ne pousse plus, » et qui pourtant, quoi qu'en aient dit certains historiens, n'eut jamais la vanité de se parer du titre de fléau de Dieu que ses contemporains lui

avaient décerné, Attila, disons-nous, pénètre en Italie, il prend et ruine Aquilée, Padoue, Vicence, Vérone, Bergame, il ravage les plaines fertiles de

la Lombardie, et force les habitants de ces contrées

dévastées à chercher un refuge dans les Alpes, les Apennins et les lagunes de la mer Adriatique, où ils fondèrent Venise, la reine des mers du moyen âge, Venise, la pierre d'achoppement de la politique du dix-neuvième siècle.

Plus heureux que les consuls, lors de l'invasion des Gaulois conduits par Brennus (390 ans av. J. C), le pape Léon I e ' sauve la cité éternelle.

Lç grand chef lève le siège de Rome et va mourir loin des hasards de la guerre, la nuit de ses noces, dans le lit de la jeune Ildico, sa nouvelle épouse.

Les deux cours de Rome et de Byzance célèbrent le jour de la mort d'Attila comme un jour de délivrance, et Ildico passe à son insu pour une nouvelle Dalila.

La véritable monarchie française est fondée par Clovis I er , de la famille des Mérovingiens, fils de Chilpéric et de Bazine.

Né en 466, ce prince est proclamé roi des Francs saliens en 481 ; c'est donc à l'âge de quinze ans que Clovis commence à gouverner, et ce prince n'avait

que dix-neuf ans quand, après s'être fait des alliés des Regnacaire, des Cararic et des Sigebert, chef de Cologne, il passa le Rhin, s'empara de la province romaine de Soissons, épousa Clothilde, la iille de Gondebaud, roi des Bourguignons, et défit les Allemands et les Suèves réunis à Tolbiac (en allemand ZulpichJ, ville des-Ubiens, petit bourg de la Gaule belgique.

C'est à la suite de la nombreuse armée de ce fondateur de la monarchie française que nous retrouvons le premier magicien.

Cet homme était un oriental, moitié astrologue et moitié médecin, comme l'étaient à son époque tous les gens de sa sorte.

Clovis, dont l'imagination était surexcitée par sa noble compagne, qui lui montrait souvent le Dieu des chrétiens se servant de lui, comme d'un instrument , pour châtier les nations ariennes ; Clovis, disons-nous, voulut consulter le devin.

L'homme, recherché dans les camps, fut amené devant le roi barbare.

— Quel est ton nom ? lui demanda Clovis.

— Raba, répondit l'étranger.

clovis. De quel pays eô-tu ?

raba. Mon père avait vu le jour sur les rives

du Nil, moi je suis né sur la terre d'exil, j'ai été élevé en captivité dans une petite colonie romaine de l'Adriatique.

clovis. Comment as-tu recouvré ta liberté ?

raba. A vingt ans, j'ai interrogé ma conscience, elle m'a répondu que nul homme n'avait le droit de retenir en esclavage un de ses semblables ; alors j'ai fait appel à mon courage, je me suis rendu auprès de mon maître et je lui ai demandé ma liberté, il me l'a réfusée ; j'ai tué mon maître, j'ai pris ses habits, ses armes, je me suis enfui, et le lendemain j'étais libre.

clovis. Quels sont les dieux que tu adores?

raba. Les dieux de l'Orient, les dieux de la justice et de la lumière.

clovis. Tu passes pour un savant, qui t'a appris ta science ?

raba. Mon père avant de mourir.

clovis. Pourquoi es-tu venu dans les Gaules ?

raba. Pour voir les druides dont on m'avait vanté la science.

clovis. Que t'ont-ils montré?

raba. Rien.

clovis. Qui t'a guidé vers mon armée ?

raba. Ta gloire et la volouté des dieux,

LIS MARCHANDS J>£ IfIJUCLES. 01

clovis. Ces dieux, peux-tu les consulter sur le résultat de la bataille que je vais livrer demain aux Allemands ?

raba. C'est déjà fait.

clovis. Que t'ont-ils répondu ?

raba. Que tu serais vainqueur et que tu étais appelé à de hautes destinées.

clovis. Crois-tu que leur prédiction s'accomplira?

raba. Oui.

clovis. C'est bienl nous nous reverrons.

La bataille est livrée; les deux armées se jettent l'une sur l'autre avec rage, elles luttent avec un même acharnement : on dirait que chaque combattant comprend l'importance de la partie qui va se décider...

Au vainqueur doit appartenir l'un des plus beaux empires du monde!

Le sang versé de part et d'autre pèse d'un poids égal dans la balance du Dieu qui décide du sort des batailles et donne la victoire.

Au plus fort de l'action, Sigebert, l'un des premiers généraux francs , est mis hors de combat ; les Allemands profitent du désarroi que la disparition 4e ce chef jette dags notre année ; Clovis vpif ses

soldats sur le point de battre en retraite... sa fortune chancelle !

Alors, abandonnant ses Dieux qui paraissent l'abandonner : Christ ! s'écrie-t-il, en tombant à genoux, Dieu de Clothilde, j'invoque avec foi ton secours, fais-moi triompher de mes ennemis qui sont les tiens et je croirai en toi, je briserai les Dieux de mes pères' et me ferai baptiser en ton nom.

La chronique nous dit que les chefs qui entouraient Clovis firent le même serment.

Saisis d'enthousiame, les Francs retournent au combat, fondent avec une impétuosité irrésistible sur l'armée ennemie ... le nom du Christ défend ses nouveaux défenseurs, les Allemands sont vaincus !

Fidèle à sa promesse, Clovis se rendit à Reims pour recevoir le baptême des mains de l'évêque saint Rémi; le libérateur des Gaules était accompagné dans cette ville de ses principaux guerriers.

Les évêques, les prêtres, les fidèles accoururent en foule pour voir le nouveau défenseur de la foi recevoir les saintes huiles.

Pendant les fêtes qui suivirent le baptême des Francs, Clovis aperçut, un jour, le prophète qu'il avait consulté la veille de la bataille de Tolbiac; le soir même le devin était conduit enchaîné devant le

nouveau roi chrétien. Glovis, entouré de ses principaux officiers, ayant Clothilde à sa droite et saint Rémi à sa gauche, attendait le captif.

clovis. Tu sais ce qui t'attend? dit-il au prophète.

raba. Oui, une récompense digne de toi.

clovis. Tes Dieux sont de faux Dieux ; sans le Christ, mon armée était détruite, ma fortune brisée ; tu m'as trompé... tu vas mourir.

raba. Mon heure n'est pas venue d'aller retrouver mes pères.

clovis. Celui qui ment à son roi mérite la mort !

raba. Je t'ai promis la victoire... tu es vainqueur! que veux-tu de plus?

clovis. C'est le Christ Rédempteur, qui seul donne la victoire, tes Dieux sont des imposteurs.

raba. Tu m'as demandé : serai-je vainqueur? j'ai répondu : oui l tu ne m'as pas demandé qui te donnerait la victoire!

Tu ne peux être juge et partie dans ta cause, que l'évêque Rémi prononce si je mérite récompense ou châtiment.

clovis. Mes soldats à mon exemple ont reçu le baptême, veux-tu te faire chrétien?

raba, J'aimerai ton Pieu s'il t'inspire la justice,

Clothilde. Si tes Dieux avaient le pouvoir de réaliser tes vœux, que leur demanderais-tu?

raba. Je leur demanderais d'aller baiser la' terre où ma mère a reçu le jour.

Clothilde, à Clovis. Roi chrétien, tu es fort, sois clément I

clovis, à Rémi. Evéque tu es plus savant que moi dans les choses sacrées... ton Dieu, le mien veut-il la mort de cet homme ? juge, et ce sera bien jugé.

remi. Que Ton brise ses chaînes, qu'on lui donne les moyens de regagner librement son pays, pour qu'il apprenne à ses compatriotes que nous sommes les apôtres d'un Dieu d'amour et de miséricorde et non les serviteurs d'un Dieu de colère et d'inexorable justice.

Clovis donna des ordres; Raba, protégé par le roi franc, pat. gagner un port et s'embarquer.

Cette histoire nous prouve que si l'évéque que l'Église devait un jour compter au nombre de ses saints pratiquait la tolérance religieuse de son divin Maître, les diseurs de bonne aventure possédaient, dès cette époque, une subtilité d'esprit difficile à, mettre en défaut.

DE LA FONDATION DE LA MONARCHIE FRANÇAISE A LA PRISE DE CONSTANTINOPLE.

Clovis meurt après avoir approuvé les Canons du Concile d'Orléans qui crée un lien indissoluble entre l'Église et la royauté.

L'héritage du fondateur de la monarchie française est partagé entre ses quatre fils.

Quatre-vingts ans après la mort du premier unificateur de la Gaule, cette malheureuse terre est morcelée suivant l'usage germanique en plusieurs royaumes.

On ne voit plus qu'un affreux chaos de complots, de batailles et d'assassinats.

Deux femmes : Frédégonde et Brunehaut, auxquelles la croyance populaire prêtait des pratiques mystérieuses et des rapports avec l'esprit des ténèbres, épouvantent le monde par leurs crimes.

Malgré les sept livres de miracles écrits par saint

Grégoire de Tours, le premier historien national français, la superstition règne en souveraine maîtresse.

Les cérémonies chrétiennes et païennes sont partout confondues.

Le pouvoir, après Dagobert, passe, des mains des rois fainéants, d?ns celles des maires du palais, en attendant qu'un duc austrasien, de la maison d'Héristal, vienne tracer la voie brillante que suivront Charles Martel et Gharlemagne.

L'hérésie sert de point de contact entre l'Occident et l'Orient ; le monothéisme est la grande affaire de cette époque de transition.

Il s'agissait de savoir si, le Christ n'étant qu'une personne , mais réunissant deux natures , l'une divine, l'autre humaine, Ton devait reconnaître en lui une unique ou une double volonté.

Pendant plus d'un siècle, papes, rois, docteurs, moines, conciles s 1 occupent de ce sujet, sans parvenir à se mettre d'accord (l).

En 732, les Sarrasins, vaincus mais non chassés par Charles Martel, nous laissent en France pour des siècles cette race de Vagabonds Égyptiens qui

(1) En 681, le troisième concile de Constance anathématisa le monothéisme suivant le vœu du pape Agathon.

vont, de ville en bourgade, tirer la bonne aventure, à l'aide des lames d'or et d'argent, empruntées au grand tarot et réunies en jeux de cartes.

En cette même année, 732, quatre-vingt-treize évêques, assemblés en concile à Rome, rendent une sentence d'excommunication contre les Iconoclastes.

Le règne du grand empereur Charlemagne arrive ; Hincmar est associé avec Raban-Maur (Rhabanus- Maurus) aux discussions théologiques contre Gothescale au sujet de la prédestination.

Charlemagne, le créateur du premier empire français, l'auteur des capitulaires, était un prince lettré.

Sous son règne, les gens instruits, même en dehors de la clergie, pouvaient vivre de leur science, et Charlemagne fit des maîtres d'écoles avec les devins intelligents.

Quelle transformation 1 des hommes qui devaient vivre dans les ténèbres furent chargés de répandre la lumière.

Malheureusement, l'œuvre du grand empereur s'éteint avec lui ; il laisse les rênes de ce vaste empire, si laborieusement édifié, aux tristes mains d'un Louis le Débonnaire 1

— En 843, le traité de Verdun nous ramène aux plus mauvais jours, —

De nouveaux peuples s'élèvent autour de nous; le Christianisme s'introduit en Danemarck eten Suède; un paysan , Piast, devient le prince et le fondateur de la Pologne ; Rurik, chef des Varègues, traverse la Baltique, pénètre en Moscovie et jette les fondations du vaste empire Russe.

— Les peuples se transforment, les superstitions subsistent! —

Le x* siècle est un siècle de décadence : en France la race carlovingienne se flétrit de plus en plus ; le royaume est envahi au sud par les Sarrasins, à Test par les Hongrois.

— Les Northmans dictent des conditions aux rois de France ; la féodalité est toute-puissante contre la royauté qui ne peut rien pour le bien de la nation.

— L'ignorance est à son comble. —

Sous l'empire de tous les vices et de tous les désordres, le monde chrétien attend la fin du monde... C'est l'âge d'or de la superstition !

Un pape éclairé, Sylvestre II, rêve vainement aux croisades comme un moyen extrême de retremper les Occidentaux.

Le xi* siècle n'est pas plus brillant...

L'Europe et l'Orient chrétien sont en proie au schisme ou à l'anarchie féodale, et les premières

croisades commencent sans que nous y prenions part : n'avons-nous pas les musulmans à combattre à nos portes, sur notre territoire!...

Au xn e siècle, sous Louis le Gros, commence le' grand acte de réparation, indiqué dans l'histoire sous le nom d'affranchissement des communes ; c'est la préface de l'œuvre de Louis XI et de Richelieu, c'est la première étape de la révolution sociale qui s'accomplit à la fin du xvm e siècle.

Louis le Jeune, par sa piété, augmente la force morale de la royauté, sans ajouter à sa puissance.

Le concile de Reims prépare la solution que l'Allemagne doit recevoir de l'assemblée de Worms.

Ce siècle est fécond en fondations d'écoles sacrées et profanes ; le cercle grandit ; on compose beaucoup de livres dont la théologie n'est pas le sujet forcé.

Les formes du syllogisme sont brisées par l'esprit vivace et l'imagination ardente de saint Bernard, mais les professions de foi de Gilbert, d'Abailard et d'Arnaud de Brescia, les doctrines hérétiques des Vaudois et des Albigeois, jettent le trouble dans la conscience des chrétiens.

L'arabe-espagnol Averrhoès étudie Gallien et commente Aristote ; mais, dans l'Orient et l'Occident,

les marchands de miracles sont toujours craints et respectés...

Les Trouvères colportent leurs récits merveilleux dans les châteaux et les chaumières.

Le xiii* siècle, qui met en contact toute la noblesse de France avec les occidentaux de l'Egypte et de Constantinople, dote la France de nouvelles légendes plus ou moins fabuleuses.

Les Rutebœuf , Guillaume de Lojris , Jehan de Meung et le célèbre Thibaut comte de Champagne et roi de Navarre, sont obligés de sacrifier au goût du temps et de donner, dans leurs écrits, une grande place au fantastique.

— Un Allemand, Albert le Grand, veut joindre l'astrologie à l'étude des secrets de la nature et de la politique.

Saint Bonaventure entraîne les âmes chrétiennes dans une voie pleine d'attraits et de dangers : le mysticisme !

— Vincent de Bauvais donne naissance à la nouvelle encyclopédie dans son quadruple miroir.

— Duns-Scott et saint Thomas d'Aquin discutent sur la question des universaux.

Au milieu de ces ténèbres, la lumière s'avance lentement ; Roger Bacon veut rénover la science gêné-

raie et décrit la poudre à canon, déjà connue des peuples orientaux.

Nos marins commencent à se servir de la boussole, et les lunettes viennent protéger les yeux affaiblis, mais la science des astres reste sujette aux vieilles superstitions et,' si Roger Bacon condamne les horoscopes personnels, il admet les prédictions générales.

L'affaiblissement de l'ancienne discipline ecclésiastique ; l'ignorance ; la fausse science; le spectacle des cérémonies bizarres et scandaleuses, comme la fête des fous et celle des ânes, ont perverti les peuples, et les mœurs des palais et des châteaux ne sont ni plus pures ni plus nobles que celles des classes inférieures.

Dans le xiv e siècle, nous voyons l'art de la médecine arrêté, dans ses progrès, par une décrétale de Boniface VII qui défend les dissections, et menace d'anathème, les praticiens qui feront bouillir des cadavres de chrétiens pour en faire des squelettes.

La chirurgie opère plus à l'aide des enchantements que du bistouri, et elle recommande l'intercession des saints.

A côté des ouvrages des Dante, Pétrarque, Bocpace, Cbaucer, Wiclef, Bartbole, Aboulfefla, Frais-

sard , il se produit un déluge d'écrits ternes et médiocres, affreux galimatias, où le merveilleux le dispute à la stupidité.

Le pape réside à Avignon; le monde chrétien craint un nouveau schisme.

Guillaume d'Occam renouvelle la secte des communaux, et le recteur de l'université de Paris nous donne son fameux argument de l'âne irrésolu.

Des moines grecs, plongés dans une contemplation mystique, croyent voir, autour de leur nombril, des rayons de la lumière béatifique.

Sous prétexte de théologie, certains ordres religieux raisonnent et déraisonnent sur toute chose.

Cependant, au milieu de toutes ces querelles ridicules, le xiv e siècle voit paraître un ouvrage qui est un monument de piété et de raison, une éternelle consolation pour les âmes croyantes, ce livre c'est : Y Imitation de Jésus-Christ.

Les clercs amusent le peuple en lui donnant le spectacle grossier de miracles et de mystères dont Notre-Seigneur, la Vierge et les saints sont les principaux personnages.

La fin de ce siècle est déplorable.

La peste de Florence désole l'Europe; les Allemands et les Anglais ont chassé ; les premiers, un

empereur ivrogne et débauché ; les seconds, un roi despote.

Un reste de respect fait garder, sur le trône de France, un roi atteint d'aliénation mentale.

La Jacquerie pille et détruit les châteaux; la société est menacée dans sa base.

Le xv 6 siècle s'ouvre sous d'aussi tristes auspices : la France est envahie par l'étranger, c'est à cette lugubre époque que Jacquemin Gringonneur , pour distraire le roi Charles VI, crée les cartes françaises, sur le modèle des cartes vénitiennes.

Pendant que le pauvre roi fou joue à la bataille, avec la douce Odette, les Anglais s'établissent en maîtres dans nos villes, nons crions : vive Armagnac ! ou viVe Bourgogne ! et, ce n'est qu'après, trente ans de discordes, que la voix inspirée d'une jeune fille vient réveille* le sentiment national endormi et nous délivrer de l'occupation étrangère.

Voltaire et quelques autres écrivains ont cherché à dépoétiser Jeanne d'Arc; pour nous, nous ne connaissons, dans l'histoire ancienne et moderne, rien de plus pur, de plus attachant que l'histoire de l'héroïne d'Orléans.

Une jeune fille, née vers 1410, àDomrémy sur les marches de la Lorraine et de la Champagne (Voges),

réve aux malheurs de la France : un jour elle se lève inspirée ; les voix lui ont dit : Va trouver le roi et délivrer la patrie! Elle obéit ; par la plus mauvaise saison, dans un pays couvert par les armées ennemies, en onze jours, elle fait cent cinquante lieues, arrive sans accidents, parle au roi cinq minutes et le roi est convaincu.... Bientôt les seigneurs lui accordent toute confiance, elle entraîne l'armée au secours d'0rléan3, se joue du danger au milieu des batailles, et accomplit sa promesse, en conduisant à Reims son roi pour y être sacré.

A partir de ce jour, la puissance des Anglais, ébranlée, chancelante, est à jamais perdue.

Aide-toi ! le Ciel t'aidera,

La divinité n'a plus à s'occuper de nous.

La mission héroïque de Jeanne d'Arc est finie, il ne lui reste plus qu'à la couronner par le martyre.

Après quelques nouveaux prodiges de valeur, elle tombe dans les mains d'implacables ennemis ; livrée aux Anglais, il se trouve un tribunal pour condamner cette vaillante jeune fille comme sorcière... et, le 31 mai 1431, elle monte sur le bûcher avec la résignation d'une sainte.

Ce qui fait que le même siècle voit : enterrer dans une église, à la place d'honneur, Nicolas Flamel, une

de ces célébrités étranges que la crédulité de leurs contemporains lègue à l'histoire, enveloppées d'une auréole mystérieuse, et périr ignominieusement, par le dernier des supplices, l'enfant inspirée qui venait de sauver la France.

Ce ne fut qu'en 1455 que Charles VII fit réviser le procès et réhabiliter la mémoire de l'héroïne qui était morte pour sa cause.

Mais pendant ces vingt-cinq dernières années, il s'était accompli dans l'ordre politique et dans l'ordre moral, deux faits qui allaient changer la face du monde.

Un nouveau flambeau allait éclairer l'humanité, Guttenberg venait de découvrir ou de perfectionner

l'art de l'imprimerie ; désormais la pensée aura des

ailes, la science, des ambassadeurs.

A la même époque, profitant des guerres que se font les peuples et les princes, le Croissant triomphant s'avance vers l'Europe*

Constantin Paléologue meurt sur les murs croulants de Stamboul, et Mahomet II règne en maître à Constantinople.

Les arts chrétiens fuient le Croissant et retournent en Grèce et en Italie, leur premier berceau.

Nous arrivons au siècle de Léon X, le grand siè-

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cle de la Renaissance. Pour combattre l'ignorance, et guider les peuples vers le progrès, nous allons voir entrer en scène une nouvelle déesse autre ent puissante que toutes celles de l'antiquité.

Cette déesse, cette fée, cette grande enchanteresse qui, depuis cinq siècles poursuit sa marche triomphale à travers les mondes, c'est la civilisation.

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