LES CHERCHEURS DE PIERRE PHILOSOPHAIS
La fable grecque raconte que l'art sacré de l'alchimie, désigné sous le nom d'art hermétique, fut révélé par le dieu Hermès Trismégiste aux premiers prêtres des temples de Thèbes et de Memphis.
Ces prêtres se servirent dans la suite, pour peindre leurs hiéroglyphes, de couleurs qui attestent les connaissances étendues qu'ils possédaient en chimie.
Comme toutes les sciences dans l'antiquité, les préparations chimiques et alchimiques furent entourées de pratiques mystérieuses :
Quelques prêtres seuls reçurent l'initiation.
Et l'acide hydrocyanique, poison tiré de la feuille ou de l'amande du pêcher, fut chargé de diriger vers les sombres bords les traîtres ou les indiscrets qui révéleraient les secrets de ces terribles sciences,
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Du jour où le premier peuple jeta un métal dans un creuset pour le fondre, les opérateurs durent être frappés des phénomènes qui s'accomplissaient sous leurs yeux pendant la fonte.
Le mélange de plusieurs métaux produisait des masses de différentes couleurs, et le cuivre mêlé avec le zinc formait un alliage qui imitait l'or.
Les fondeurs tirèrent de ce résultat naturel la conclusion qu'il devait être possible de transformer un métal en un autre.
L'alchimie était née !
Les prêtres connaissaient déjà la compellation;
Ils savaient décomposer et recomposer certains corps.
Avec du plomb argentifère ils avaient fait de l'argent.
Le prince des métaux leur appartenait;
Ils n'avaient plus qu'à en chercher le roi.... L'or !
Ils formulaient leur pensée eii disant :
Tout est dans tout.
L'or étant le premier métal de la création, la chose la plus parfaite qui soit sortie de la main des dieux, du jour où nous saurons faire de l'or, la nature n'aura plus de secrets pour nous.
LES MAHCUANDS DE MIRÀCLKS. 119
Quand nous pourrons transformer en un métal précieux des vils métaux," nous aurons les clefs de la science et de la vie.
Nous posséderons le remède général à toutes les maladies ; la substance qui nous servira pour la transformation devant nécessairement posséder en elle-même le principe de toutes choses.
Ce moyen général d'analyse ou menstruum universale qui avait pour double but de débarrasser le corps de toute maladie et de renouveler le principe de la vie, fut désigné sous les noms de : pierre philosophai^ élixir philosophai ou de panacée universelle.
La fraction la plus intelligente des adeptes de la science alchimique poursuivait, en même temps, la recherche de l'âme du monde y sublime connaissance qui devait donner la félicité suprême dans le commerce des dieux et des esprits.
La recherche de la pierre philosophale se faisait à l'aide de deux systèmes :
Dans le premier, ou employait la calcirtation qui donnait pour résultat une poudre blanche ou rouge, selon que Ton devait obtenir de l'argent ou de l'or.
La distillation était la base du second système.
Lorsque l'on fait tomber du mercure en pluie fine sur du soufrô en fusion, on obtient une matière
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noire qui, chauffée dans un vase fermé, se volatilise, sans s'altérer, et se transforme eu une matière d'un beau rouge.
Ce phénomène, que la science moderne a peu ou point expliqué ; (car notre isomérie procède par des exemples peu concluants), ce phénomène, disonsnous, était considéré par la classe sacerdotale, dépositaire du pouvoir et de la science, comme le symbole du bien et du mal; de la lumière et des ténèbres.
C'est ce qui a probablement contribué à établir ce vieux principe, qui servit de point de départ à l'alchimie, que tous les corps, et particulièrement les métaux, ne sont que des composés de soufre et de mercure, plus ou moins additionnés.
oïse, le roi des prophètes, est représenté, dans les gravures des anciens livres hébraïques, brûlant dans un immense fourneau, le veau d'or d'Aaron et le transformant en or potable — problème aussi difficile à résoudre à notre époque que celui de la transmutation directe.
Les plus anciens ouvrages d'alchimie sont faussement attribués à Hermès, ils ne remontent pas audelà de l'école d'Alexandrie :
Les plus renommés sont le Pimandrc , le célèbre Traité des sept chapitres et la Table d'Émeraude.
Lorsque la ville , fondée par Alexandre le Grand, (l'an 331 avant la naissance du Christ), eût été prise et pillée pour la quatrième fois, en 642, parles Arabes, la science & Hermès disparait de la terre pour ne se relever que quand le royaume des califes fut établi sur les ruines des vieux empires.
L'art hermétique prit sous les Arabes le nom moitié Arabe et moitié Grec d'alchimie ; et; depuis cette époque, nous voyons des hommes remarquables de tous les pays, s'occuper des recherches alchimiques jusqu'au moment où la chimie devenant une science positive, fut dépouillée de toute la fantasmagorie des ancien» temps.
Les quinzième et seizième siècles furent ceux où les alchimistes eurent le plus d'attrait pour les esprits et le plus grand empire sur les peuples.
A Abou-Moussah-Djafar-al-Sofii si connu par ses écrits signés du nom de Geber (8 e siècle), succèdent aux 9 e et 10° siècles, Mohammed- Abou Behrlbn; Zacharia (Rharès) puis Abou-Ali-Hassein îbn; Siha; (Avicenne) et lbn Bochd (Averroès.)
En occident, nous avons les Hortulanus (12 e siècle); Albert le Grand ; Saint Thomas d'Aquin (voir son traitée re métal licà); Raymond Lulle, qui d'après une chronique anglaise du temps d'Edouard 1 er ,
transforma pour ce roi, cinquante mille livres pesant de mercure, contre un poids pareil en or au premier titre, avec lequel furent frappées les pièces connues sous le nom de Rosenobles.
Roger Bacon fort versé dans les sciences arabes, l'un des inventeurs de la poudre à canon, était un très-fort alchimiste.
Nous devons encore citer en France les frères Arnaud et Pierre de Villeneuve; Nicolas Flamel, l'un des premiers écrivains-libraires de l'Université de Paris ; Jean Fernel, le grand romancier de son époque qui captiva, intéressa, charma toute une génération par son Roman de la Rose; Guide de Montanor; Jean de Meung ; Pierre de Salente ; Aurelius Angurellus ; Jean de Rupescina ; Jean Chrysippe; Betnkard de Trêves ; Jean Isaœ, de Hollande; George Ripley et enfin le fameux auteur du Lever des* planètes, des douze Clefs, etc., etc.
Le quinzième siècle voit la chimie prendre une direction nouvelle et enrichir la thérapeutique d'une grande quantité de préparations chimiques.
Mais c'est surtout au siècle suivant, qu'un savant nommé Paracelse, vient prêcher l'application de l'alchimie à la médecine.
On peut encore citer les noms des : PMlalèthe 1
Becker, Glauber, Kunckel et surtout celui de Loe* wenster qui eut le courage et la bonne foi d'écrire, dans une préface, ces lignes mémorables .
« Dans la chimie il y a des séparations , des combinaisons, des purifications, mais il n'y a pas de transmutations.
« Sous toutes les latitudes, l'œuf éclot par la chaleur d'une poule, tous les savants réunis ne peuvent faire un œuf. Nous pouvons le détruire, l'analyser ; voilà toute notre science. »
Les sept chapitres attribués à Hermès (voyez le tome 1 er de la Bibliothèque des philosophes chimistes), décrivaient ainsi les différentes phases de l'opération alchimique :
« Lorsque nous unirons le roi couronné à notre fille rouge, cette fille, par le moyen d'un régime de feu si bien tempéré, qu'il ne puisse rien gâter, concevra un fils, qui sera uni à elle et qui sera pourtant au-dessus. Elle nourrit ce fils, et le rend fixe et permanent avec ce petit feu. Et ainsi le fils vit de notre feu.
« Et quand on laisse le feu sur la feuille de soufre, il faut que le terme des cœurs entre sur lui, qu'il en soit lavé, et qu'ainsi son ordure sorte hors de lui. Il se change alors, et quand il est tiré du
feu, sa teinture devient rouge comme les chairs vives.
« Votre fils, qui est né Roi, reçoit sa teinture du feu ; après quoi, et la mort, et la mer, et les ténèbres le quittent, parce qu'il devient vivant; il se dessèche et se fait poudre ; et il a une lueur vive et éclatante.
« Le dragon, qui garde les trous, suit les rayons du soleil.
« Notre fils qui est mort reprendra la vie. Il sortira du feu étant Roi, et se réjouira de son union et de son mariage. Ce qui était occulte et caché deviendra manifeste, et le lait de la Vierge sera blanchi.
« Ce fils, ayant reçu la vie , combat contre le feu; il a une teinture, la plus excellente de toutes les teintures. Car alors il a le pouvoir de faire du bien, en communiquant cette teinture à ses frères. Et il contient en soi la philosophie, puisqu'il en est le fruit et l'ouvrage.
c Venez, fils des Sages; réjouissons-nous tous ensemble , faisons éclater notre joie par des cris d'allégresse, car la mort est consumée. Notre Fils règne, et il est revêtu et paré de sa pourpre. »
flst-ce assez clair ?
LES MARCHANDS DE MIRACLES. i2»
Nous devons à Lamartinière qui, après Valois et quelques autres esprits éclairés, a cherché à démasquer les fourberies desjongleursdes derniers siècles, l'explication de la cause très-naturelle de la fortune de Nicolas Flamel. D'après cet écrivain, Nicolas Flamel qui avait été, comme libraire, en relation avec les principaux Israélites de Paris, devint le dépositaire des immenses richesses et des nombreuses créances que les Juifs possédaient quand un édit arraché à Charles VI, les chassa de France en 1394.
En effet, l'histoire nous apprend, à la honte de ce siècle, que ces proscrits qui voulaient s'embarquer pour aller chercher une terre plus hospitalière, furent assommés par la populace de Rouen, ou noyés au Havre.
Quelques-uns de ces émigrants purent seuls, à prix d'or, gagner la mer et se diriger vers le Portugal ou la terre d'Afrique. Nicolas Flamel hérita de la fortune de ces malheureuses victimes, et ce fut probablement pour apaiser les cris de sa conscience, qu'il employa l'or des enfants d'Israël à embellir les temples destinés à glorifier le Nazaréen crucifié.
Nous empruntons à Lamartinière le récit d'une
curieuse aventure arrivée à un alchimiste italien,
nommé Cornaro.
Ce Cornaro, qui était un assez mauvais drôle, bandit d'occasion, et faux-monnayeur de son métier, fut jeté dans les prisons de Venise, à la suite d'une de ses escapades.
Comme, au demeurant, c'était un homme de ressource, il fit prévenir de son arrestation (par un de ses complices), le duc de San Martino auquel il avait, dans sa jeunesse, servi de Messager des amours.
Connaissant l'esprit faible du duc, il lui offrit de lui apprendre le secret de faire de l'or et d'avoir ainsi les moyens de lever une armée pour con-quérir une petite principauté sur laquelle il se prétendait des droits.
Le duc vénitien accepta. — Cornaro fut mis en liberté, — le faux-monnayeur, qui vit l'occasion de faire une bonne affaire, mit quarante pistoles en poudre qu'il mélangea avec de la terre, et dont il fit quatre paquets que ses affidés vendirent à des droguistes, sous le nom de terre de Cunam ; préparation fort utile aux personnes qui s'occupaient de chimie, et alors très-recherchée, vu la modicité de son prix, qui n'était que de vingt sols la livre.
Quand vint le jour de son expérimentation démonstrative, il envoya des gens du duc chercher de la poudre de Cunam, à l'uiie des adresses qu'il indiqua.
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La poudre apportée, fut précipitée dans un creuset avec dix pistoles, et après une heure d'attente l'on en retira dix sept. Le duc était ébloui.
Cornaro lui représenta, qu'avec une forte somme, les bénéfices seraient centuplés, et le pauvre duc,^ facile à convaincre, promit de lui remettre, dans un délai de huit jours, vingt mille écus pour faire, d'un seul coup, une formidable multiplication.
Le jour de Vénus, le vendredi, fut fixé pour commencer l'expérience ; les métaux devant rester deux jours en ébullition, vu l'importance de la transmutation.
Le noble Vénitien était exact et le vendredi, comme douze heures sonnaient, il jeta de ses propres mains, les vingt mille écus dans le creuset, — l'alchimiste resta seul, pour suivre les péripéties de la fonte. —
Quand le duc revint, le lendemain, pour savoir où en était l'expérience, il ne trouva plus personne dans la maison qu'il avait louée pour la circonstance.
Cornaro s'était enfui, emmenant avec lui le domestique attaché à sa personne pour le surveiller ; tous deux voguaient vers Gènes.
— Le duc de San Martino dut renoncer à ses velléités de restauration. — .
C'est à la fin du dix-huitième siècle que nous
voyons, pour la dernière fois, un alchimiste occuper l'esprit public d'une nation entière; c'est, qui le croirait, l'année de la mort de Lessing ; l'année où le philosophe Kant, de Kœnigsberg commence la publication de la Critique de la raison pure; l'année où, pour la première fois, grâce à l'intelligente et hardie initiative de Necker, les ministres viennent soumettre à la nation un compte rendu des finances, établissant les recettes et les dépenses ; c'est, enfin, en l'année 1781, au moment où les Américains se séparent violemment de la métropole et créent leur indépendance ; qu'en Angleterre, la cour, les Académies; le peuple, ne sont occupés que des expériences alchimiques que le docteur Price exécute publiquement, à l'aide d'une poudre de projection qui transforme, instantanément, le mercure en argent et en or.
La réputation du docteur Price devint immense et, la bêtise populaire aidant, peu s'en fallut qu'on ne le déifiât; mais, malheureusement, le docteur faisait partie de la société Royale de Londres.
Les membres de la docte société, ravis déposséder un tel savant dans leur sein, nommèrent une commission chargée de faire un rapport sur les sublimes expériences de Price.
«.Opérer devant des juges éclairés, compétents, n'était guère l'affaire du moderne alchimiste, il prétendit n'avoir plus de poudre !
— Très bien ! prenez votre temps, répondit l'Académie, faites-en de la nouvelle. —
La curiosité publique était au comble de la surexcitation ; les journaux ne parlaient que du fameux docteur ; des centaines de brochures furent publiées pour attaquer ou défendre l'alchimie.
Price, sommé de tenir sa promesse, ne sachant à quel saint se vouer, termina tout à coup sa comédie par un dénoûment tragique. Le malheureux s'empoisonna avec de l'huile volatile de laurier cerise, choisissant ainsi le même genre de mort qui, quatre mille ans auparavant, punissait la trahison des premiers disciples d'Hermès, les prêtres de Memphis.
La mort du docteur Price donna le coup de grâce à l'alchimie.
Aujourd'hui l'on fait de l'or avec des idées, la pensée a remplacé la pierre philosophale !