‹ Les marchands de miracles: histoire de la superstition humaineChapitre 24 sur 37 · ROBERTSON. — LES GRANDS JOURS DE L'AÉROSTATION · texte numérisé non relu

ROBERTSON. — LES GRANDS JOURS DE L'AÉROSTATION

A la fin du siècle dernier la France, l'Europe , le monde ont été ébranlés jusque dans leurs bases, par un événement inouï, inconnu dans l'histoire des peuples.

Des théories la révolution est entrée dans la période des faits — les États-Généraux ont été convoqués et les droits de l'homme proclamés — la Bastille s'est écroulée sous le souffle populaire, et la tête du roi citoyen est tombée au nom de la loi.

De 1789 à 1799, la liberté, passant terrible comme un fleuve longtemps contenu , a entraîné , brisé , submergé sur son passage les vainqueurs de 89 et les vaincus de 94. — Cependant la France, livrée à ellemême, trouve , malgré l'anarchie qui la dévore , des ressources suffisantespour faire face à tous ses ennemis.

C'était une époque d'enthousiasme et de transition

où la vie des hommes n'était plus comptée pour rien.

Au nom de la liberté, les bourreaux et les victimes

marchaient en chantant vers la mort, cette liberté

suprême !

Quand la patrie est déclarée en danger, tout le monde devient soldat ; les armées s'improvisèrent et les héros se faisaient tuer aux frontières comme les martyrs mouraient sur la place de la Révolution. Les pères travaillaient pour les fils. Au moment où les partis se déchiraient entre eux, où la désorganisation était générale, la guerre civile imminente , les dangers extérieurs plus grands encore que les dangers intérieurs ; Bonaparte arriva soudainement d'Egypte et jeta audacieusement dans la balance sa jeune et déjà puissante épée : un 1 8 brumaire nous sauve d'un nouveau 9 thermidor...

La France possède de ce jour l'épée et la tête que le tribun Sieyès demandait pour la gouverner.

Nous sommes à la préface de l'Empire. Mais, hélasl l'humanité tourne sans cesse dans un cercle vicieux, à une débauche de liberté succédera un excès d'autocratie et, malgré dix années de gloire, 1804 nous amènera à la coalition de 1845, comme 1793 nous avait conduits à la coalition de 1799.

On croirait volontiers, qu'au milieu de si graves événements, la population parisienne, à laquelle on prodiguait les spectacles émouvants de la rue, devait peu fréquenter les théâtres ; cependant il n'en était rien.

Nous étions, nous sommes et nous serons toujours les dignes fils des Français que raillait le cardinal Mazarin ; et, le cri de la capitale de la France était, pendant la révolution, celui que poussait , il y a quelque deux mille ans, la Rome païenne : Panent et circenses.

Sous la République, le Directoire, le Consulat et l'Empire, les représentations théâtrales furent toujours très-suivies, et cette époque fut celle des grands jours de la Comédie Française.

Mais, revenons au spectacle particulier qui nous intéresse en ce moment.

A la fin du xvin e siècle, il n'était bruit dans Paris que des merveilleuses expériences exécutées par un célèbre physicien du nom de Robertson; il montrait des spectres et des fantômes et se servait, avec un bonheur égal, de l'électricité et de la ventrilo* quie.

Il disposait de toutes les ressources de la physique et de la mécanique ; il savait à merveille disposer

les glaces sans tain et les miroirs pour produire les réflections les plus étonnantes.

Tout son théâtre était préparé, organisé, machiné de manière à ce que le spectateur ébloui fût toujours sous le coup d'une nouvelle surprise.

L'homme qui vous vendait vos billets à rentrée était un chef-d'œuvre de mécanique et sortait, ainsi que l'employé que vous trouviez au contrôle, non de la main puissante de Dieu, mais de la main habile d'un grand mécanicien.

Plus loin une jeune fille, priait gracieusement votre dame d'agréer un bouquet et s'évanouissait, comme une fée, avec ses fleurs , quand vous tendiez la main pour les prendre.

A certains moments, le plancher semblait s'affaisser sous vos pas.

Tout à coup, la scène, à laquelle vous faisiez face, se trouvait transportée derrière vous.

Cinq minutes plus tard , votre voisin de droite disparaissait subitement et , quand vous leviez les yeux vous l'aperceviez au plafond , suspendu par les cheveux.

Vous poussiez un cri, l'on vous frappait sur l'épaule, vous retourniez la tête et vous vous trouviez, face à face, avec votre voisin qui venait de reprendre

sa place, ou plutôt v qui ne l'avait jamais quittée.

Le grand art de Robertson était d'isoler , pour ainsi dire, chaque spectateur et d'agir sur lui d'une façon particulière.

On peut juger du succès qu'obtenaient ses soirées et des histoires que l'on débitait sur son compte ; chaque personne arrangeant à sa fantaisie un petit roman dans lequel elle remplissait le principal rôle.

Robertson appartenait à une honorable famille bourgeoise; il avait reçu une bonne éducation : c'était à la fois un savant et un charmant conteur; de plus, ce physicien possédait une bravoure et un sangfroid dont il donna maintes preuves.

C'est sur la demande de Robertson, que le comité de salut public nomma une commission composée de savants, parmi lesquels on comptait : Monge, Berthollet, Guyton de Morveau, Fourcroy, Carnot, pour décider si l'aérostat pouvait servir aux armées, comme moyen d'observation.

Le résultat de l'enquête de la commission fut que Robertson partit, avec ses ballons, pour Maubeuge où se trouvait le général Jour dan.

Nous le voyons successivement, à Fleurus, à Mons, à Bruxelles, à Mayence, planer dans les airs

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et surveiller tous les mouvements de F année ennemie.

Devons-nous ajouter que le péril était grand pour le courageux aéronaute et que sa machine aérienne servit souvent de cible aux canonnière et aux tirailleurs allemands.

Pour récompenser Robertson le gouvernement le nomma capitaine, puis commandant des aérostiers de France.

Cet habile physicien a émerveillé toute .l'Europe et principalement la Russie .

Il a laissé des Mémoires très-intéressants ; nous recommandons principalement ces volumes aux personnes qui s'occupent de la grande question de la direction des aérostats.

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