‹ Les marchands de miracles: histoire de la superstition humaineChapitre 5 sur 37 · PEUPLES · texte numérisé non relu

PEUPLES

D'après les documents historiques les plus cettains , les plus sérieux, l'Inde fut le berceau des sciences occultes, pratiquées par les anciens thaumathurges ou physiciens.

Les premiers hommes qui, par leur intelligence et leur persévérance, parvinrent à se rendre compte des lois qui régissent la nature, durent forcément passer aux yeux des masses inintelligentes, pour les intermédiaires entre l'homme et la Divinité.

De tout temps, il fallut au peuple des phénomènes mystérieux, des prestiges éblouissants, pour l'entraîner, l'émouvoir ou l'effrayer.

La raison des causes ne saurait être comprise par les esprits primitifs.

Les hommes éclairés par un rayon de génie^ ou

par le flambeau de la science, parviennent seuls à comprendre les phénomènes, qui ne sont qu'une manifestation merveilleuse des grandes lois qui régissent la nature.

Il s'en Buit que les premiers sorciers furent presque des sorciers malgré eux ; leurs contemporains éblouis les divinisèrent.

La route était tracée et les ambitieux basèrent l'édifice de leur fortune sur l'ignorance et la crédulité publique.

La connaissance des végétaux, des minéraux et des métaux, quelques notions de physique et d'astronomie, tel fut le bagage scientifique des anciens magiciens.

Les heureux possesseurs de ces premiers mystères, ou plutôt de ces premières révélations, formèrent bientôt une légion privilégiée.

Ils érigèrent leur savoir en sacerdoce , créèrent une langue parlée et écrite , qui n'était comprise que par les prêtres de ce nouveau temple.

Le secret sur leurs pratiques et leurs connaissances étant la condition sine qua non de leur existence, les nouveaux adeptes durent subir de cruelles épreuves, et la peine de mort fut décidée et impitoyablement appliquée contre les imprudents qui laissèrent

pénétrer ces terribles mystères par les profanes.

Aussi voyons-nous en Fan de grâce 1 864, les prêtres Indiens entourer des mêmes mystères, les secrets qui furent confiés à leurs devanciers, vingt siècles avant la naissance du Christ.

Le Bouddhisme a remplacé le Brahmanisme , Gakiamouni (Gakia) a fondé une religion nouvelle, mais les prêtres ont gardé leur immuable silence.

De l'Inde ancienne, la science mystique ou science des Mages, fondée par les Hermès, les Trismégiste, les Seth et les Zoroastre, passa chez les Chaldéens, l'un des plus anciens peuples du monde, — et de là, chez les Égyptiens où, grâce à l'organisation sacerdotale, elle lit bientôt de puissants et rapides progrès.

Le peuple de Dieu n'échappa point à l'entraînement général des anciennes sociétés pour les pratiques de la science magique, et l'histoire sacrée nous apprend que le Seigneur châtia les Chananéens, parce qu'ils usaient d'enchantements contre leurs ennemis.

Et nous lisons dans la Bible, qu'avant de parler au nom du Seigneur, au peuple d'Israël , Moïse fut élevé, par la iille des Pharaons, dans la science des Égyptiens.

En consultant les vieilles légendes du nord du

monde connu, l'on acquiert la conviction que la

magie brillait, dans ces froids climats, d'un aussi vif ' éclat et y possédait autant de puissance qu'en Orient et dans les pays tempérés.

Les prêtres d'Odin, dans le pays des glaces, les Druides, dans leurs forêts séculaires, employaient les mêmes moyens et se livraient aux mêmes pratiques superstitieuses, que les Indiens et les Prêtres égyptiens, pour frapper de terreur le peuple devant lequel ils opéraient leurs prestiges.

Faut-il conclure de cette similitude que les prêtres gaulois et Scandinaves n'aient été quelefc copistes des occidentaux ? Les historiens sont assez divisés sur ce sujet.

Ce qu'il y a de certain, c'est que, les Mages chez les Perses, les Gymnosophites chez les Indiens, les prêtres en Egypte , les philosophes en Grèce, les Druides dans les vieilles Gaiiles et les Doctes érudits chez les Romains, possédaient le prestige de la science et la science des prestiges.

Avec le temps la magie s'éloigne de plus en plus de la science naturelle.

Les charlatans de l'antiquité s'emparèrent du côté ' merveilleux et surnaturel de cette science : depuis cette époque la magie marcha de décadence en décadence ; aussi voyez I quels pauvres hères que nos

sorciers modernes, si on les compare à leurs devanciers.

Nos jongleurs du dix-neuvième siècle font des évocations bâtardes, dans les ténèbres ; ils ont recours . à la ventriloquie , pour faire converser les morts avec les vivants.

Il font parler les héros d'Homère avec des voix de castrats.

Ils se servent de mains en caoutchouc et de pieds mécaniques, pour eflrayer les femmes à l'imagination exaltée et les hommes à l'esprit étroit.

Les grands magiciens des vingt siècles qui précèdent l'ère chrétienne, déplaçaient les montagnes pour créer de gigantesques, échos.

Ils creusaient de nouveaux lits aux. lacs, et détournaient les fleuves pour avoir d'immenses réflecteurs, dans les jardins ou les voûtes de leurs temples.

Tout était arrangé, machiné, pour frapper l'imagination des profanes, qui* venaient consulter les oracles ; c'était de la magie imposante , de la féerie en grand.

Aujourd'hui, nos fabricants de miracles ne font ni forte dépense, ni grands frais d'esprit : leurs ficelles, leurs trucs nécessitent moins d'intelligence

qu'il n'en .faut pour établir ces petites boîtes de physique amusante et d'escamotage que l'on donne aux enfants au commencement de l'année, aux fêtes de Pâques ou à la Noël.

Cependant, il faut bien avouer, à la honte de l'humanité, qu'avec ce triste bagage, usé, ridicule, les charlatans trouvent encore le moven d'en imposer et de faire des dupes.

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