SIBYLLES* - DEIPHOBEE. — LES LIVRES
SIBTLLIENS
Le nom de Sibylle fut donné à toutes les femmes qui rendaient les oracles des différentes divinités du paganisme, tandis que les qualifications de Pythie et de Pythonisse, furent exclusivement réservées aux prophétesses du temple de Delphes.
La plus célèbre de toutes les Sibylles fut Déiphobée, fille de Glaucus, dieu marin, ancien pécheur de Béotie qui construisit le fameux navire Argo et servit de pilote aux argonautes, à la recherche de la Toison d'Or.
Déiphobée est connue sous le nom de la Sibylle de Cumes, parce qu'elle rendait ses oracles dans le temple construit en l'honneur d'Apollon, à Cumes, antique ville de la Campanie, qui fut la première colonie que les Grecs fondèrent en Italie.
La légende fabuleuse de la reine des Sibylles esf assez curieuse ;
Belle entre toutes les femmes, cette fille aux yeux d'azur, au port de déesse, à la taille de nymphe, fit dans sa jeunesse la conquête d'un Dieu.
Apollon ne sut résister à ses charmes.
Un jour que les deux amants se promenaient au bord de la mer, Apollon, ivre d'amour, s'écria en embrassant les bras d'albâtre de Déiphobée : — Par Saturne mon divin père ! fais un vœu, ô mon adorable maltresse , et j'atteste les dieux qu'il sera exaucé.
La belle ne se le fit pas dire deux fois ; elle prit à ses petits pieds, une poignée de grains de sable et revenant à Apollon :
— Fais, dit-elle, ô mon bien aimé ! par ta toutepuissance, que je vive autant d'années que je tiens de grains de sable dans cette main couverte tout à l'heure de tes baisers.
— Compte-les, répondit le dieu, et ton vœu s'accomplira.
Déiphobée compta.
Il y en avait mille, ni un de plus ni un de
moins
Malheureusement, labrjlo Sibylle, qui devait pré-
dire l'avenir aux autres, n'était pas bonne prophétesse quand elle agissait pour son propre compte ; elle n'avait pas prévu les terribles conséquences de son souhait.
Toute à sa joie, elle oublia de demander au dieu de la kimière et de la vie, de lui accorder dix siècles de jeunesse, en lui donnant dix siècles d'existence.
Avec le temps, les roses de son teint se flétrirent ; ses dents de perle tombèrent une à une ; sa luxuriante chevelure prit la couleur de la neige ; ses bras qui avaient tenu un dieu captif, s'amaigrirent; ses chairs se collèrent sur ses os.
De décrépitude en décrépitude, il ne resta plus de tout son être, qu'un squelette se survivant à luimême.
De ses organes, sa voix seule resta puissante, et, ce fut d'une voix tonnante, qu'âgée de plus de sept cents ans, elle cria à Énée .-.Voilà le dieu I
Cependant son spectre eut encore la force de guider le héros troyen aux enfers. Elle vécut mille vingt et un ans, et, suivant Servius, ce fut elle qui vendit au roi de Rome, Tarquin le Superbe, les livres sybilliens, recueil de toutes les prophéties des sibylles.
L'histoire nous apprend que la possession de ces livres fameux ne porta pas bonheur à ce monarque, car, quelque temps après, il fut détrôné par une conspiration à la tête de laquelle marchait Lucius Junius Brutus.