‹ Les marchands de miracles: histoire de la superstition humaineChapitre 8 sur 37 · CICÉRON · texte numérisé non relu

CICÉRON

Lès Augures, que les Grecs avaient empruntés aux Ghaldéens, formèrent, chez les Romains, un collège particulier de prêtres dont la mission était d'interpréter la volonté des dieux et de prédire l'avenir, au moyen de phénomènes physiques tels que : la foudre, les éclairs, etc.

L'augure, couvert d'une robe de pourpre et couronné de laurier, se plaçait dans quelqu'endroit élevé (arx ou templum), d'où la vue pouvait facilement s'étendre à une grande distance au nord comme au sud.

Après avoir adressé aux dieux une prière solennelle, il immolait une victime, puis, se tournant vers l'orient, l'augure indiquait avec son bâton (lituus, bâton qui servit de modèle à la crosse de nos évêques)

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les points du ciel qui devaient lui servir à faire ses observations.

Les signes heureux étaient ceux qui se manifestaient à sa gauche et les signes malheureux ceux qu'il constatait à sa droite.

Leurs décisions étaient désignées sous le nom iïauguria.

Les augures prédisaient encore l'avenir par la voix et le vol des oiseaux, et enfin, par le plus ou moins d'appétit des poulets sacrés. •

Les prédictions de l'avenir, déduites de l'observation des oiseaux, s'appelaient auspicia, auspices.

A la guerre, le droit d'interroger les dieux par les auspices n'appartenait qu'au général-en chef; seul, il pouvait connaître d'avance le sort de* la bataille qu'il allait livrer ; ses aides de camp, les autres généraux, combattaient sous les auspices du commandant; le chef gardait toute responsabilité dans la victoire comme dans la défaite.

Les anciens attribuaient aux oiseaux la connaissance de tous les secrets, en raison de leur facilité de déplacement.

Les oiseaux divinatoires étaient partagés en deux catégories : ceux dont le vol annonçait l'avenir et ceux dont le chant ou les cris le prédisaient ; le hi-

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bou, le corbeau, la corneille, le coq, etc., révélaient l'avenir par leurs cris ; l'aigle, le corbeau, le vautour, l'autour, par leur vol.

L'aigle était d'un heureux présage, surtout lorsqu'il volait de gauche à droite, niais le passage du vautour et de l'autour annonçait toujours quelque fâcheuse nouvelle.

Eh bien ! la crédulité humaine est si grande, qu'avec de pareilles rapsodies, les augures avaient fini par prendre un tel crédit à Rome, que les Romains n'eussent rien entrepris, en temps de paix ou de guerre, avant d'avoir consulté ces interprètes de la divinité

Ajoutons cependant à la gloire de Rome, qu'au septième siècle de sa fondation , cent' ans avant la naissance du Christ , à l'époque de Gicéron, on ne trouvait plus aucune personne éclairée voulant remplir les fonctions de devin.

Les augures en vinrent à être ridiculisés quand ils se mêlaient d'interpréter la volonté des dieux, et les magistrats n'eurent plus recours à leurs jongleries que pour frapper l'imagination du bon peuple.

Croirait-on que, pendant des siècles, une armée ne se mettait jamais en marche sans avoir à sa

suite lin pont if ex, quelques augures et xmpullarius avec sa cage à poulets.

Quand les poulets mangeaient de bon appétit, la victoire était certaine, mais s'ils refusaient la nourriture, on devait s'attendre à une défaite.

Heureusement, l'histoire nous prouve que certains capitaines étaient au-dessus de ces misérables superstitions.

Glaudius Pulcher, le jour d'une bataille décisive avec les Carthaginois, envoya, par habitude, consulter les poulets sacrés.

On vint bientôt lui appreudre que la désolation était dans le camp, la consternation peinte sur tous les visages.

Les poulets refusaient de manger !

— Eh bien I qu'on les jette à la mer, dit Glaudius en riant, s'ils n'ont pas faim ils doivent avoir soif.

Malheureusement, son armée, de beaucoup inférieure en nombre à celle de l'ennemi, fut battue, et les poulets ne firent que gagner en considération au naufrage de leurs infortunés confrères.

Cicéron, qui croyait peu aux augures, nous apprend que, lorsque les prêtres tenaient à donner une divination favorable à quelque grand personnage, ils avaient la précaution de faire suffisamment

jeûner les poulets sacrés, pour être certains de les voir, le moment venu, dévorer avec appétit le grain que venaient leur tendre les augures.

Caton disait à ses amis, qu'il s'étonnait que deux augures pussent se regarder sans rire.

Il est rare de voir un charlatan rire au nez de son semblable, pour eux leur devise est : le sérieux fait la force.

Les augures disparurent avec l'empire romain.

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