U .NE VOITURE, BOURGEOIS
de l’insolence des subordonnés terrestres. En tout cas elle n’en est que le progrès logique. Vous avez subi là-bas des exigences ridicules; soyez puni ici par où vous avez péché, vous et vos frères de la terre.
— Au surplus, répondit Onésime, je suis bien aise d’avoir quitté l’atmosphère enfumée de ce café!
— Une des pourvoyeuses brevetées de messieurs les marchands de santé !
— On ne s’y voyait pointa deux pas, et ce goût de tabac joint à... Je vous assure que vous avez eu tort de me faire boire de la bière. Cela ne me réussit pas.
— Du Tilleul, mon ami, votre pusillanimité est la principale cause de toutes vos souffrances imaginaires.
— Imaginaires!... que les voilà bien les gens qui ne sont affligés d’aucun mal. Imaginaires!... un pauvre homme dont les poumons, le foie...
— La rate, le cœur, le cerveau, les reins, la moelle épinière, les bronches, énuméra Ilelleborus avec un ironique empressement...
Liez à votre aise... je ne sais rien qui rende cruel comme de se bien porter.
— À ce compte, vous allez vivre ici au gré de votre idéal et entouré de cœurs compatissants et sympathisants.
— De quels cœurs voulez-vous parler?
— Ne vous ai-je pas dit et répété que tout était centralisé ici? Or, de même qu’il y a le quartier des Amours faciles, le quartier des Ouvriers, des Lettrés, il y a le quartier des Malades, et c’est celui que vous choisirez de préférence, n’est- il pas vrai ?
— J’y suis bien obligé, hélas!
— C’est ainsi que je l’entendais... Cocher!... cocher !...
Maître Ilelleborus adressait cette interpellation à l’auLomédon d’un véhicule qui traversait la rue.
L’automédon tourna la tête avec un mouvement de charmante indolence, toisa les deux voyageurs d’un air adorablement impertinent, puis, faisant un signe de refus méprisant, reprit sa marche triomphale.
— Mais, il est vide ! exclama Onésime.
— Certainement.
— Eh bien?
— Eh bien ! votre figure ou la mienne n'ont