‹ Les marchands de santé (volume 3)Chapitre 13 sur 79 · SCÈNE DE MQECTRS · texte numérisé non relu

SCÈNE DE MQECTRS

îz vous... Et cætera... Goûtez-moi cette bière, àà votre santé!...

— A ma santé ! J’en ai bien besoin, répondit pauvre voyageur en passant la main sur son âge, que ces secousses avaient sensiblement ééré.

LA MÉDECINE DE PROVINCE

Maître Helleborus regarda Onésime avec insistance :

Vous serez donc toujours le même... Je gage qu’un bon bifteck vous rétablirait...

— De la viande! Moi qui suis à la diète!...

— Vous aimeriez mieux une potion?... Vous en aurez ! vous en aurez !... La ville est bonne.

— Je vous jure que je ne suis sérieusement pas à mon aise, balbutia Du Tilleul.

— Mais tant mieux, cornes du diable, tant

LA MÉDECINE DE PROVINCE

mieux!... Il faut bien que messieurs de la médecine vivent. Les pauvres gens !...

Je vous parlais de la centralisation; eux aussi •en font la désastreuse expérience.

Ah ! dame ! la médecine en province était si itriste chose! 11 y avait de quoi y renoncer. Un satané local où tout se sait :

— Tiens, fait l’une, on sonne un mort.

— Mais, oui, c’est le père X.

— Ah! bah! Et qui est-ce qui le soignait?

— Le grand médecin brun qui est nouvellement établi.

— En voilà un qui ne m’inspirerait pas de confiance.

— Et à moi, donc !

— Si jamais celui-là prend dans le pays, cela ; m’étonnera singulièrement.

— C’est une abomination de laisser des ganaches pareilles exercer.

— On devrait lui donner un charivari.

— Pour moi, je vais aller conter à tout le monde que c’est lui qui a tué ce pauvre père X.

— Et que vous aurez raison.

— Jésus mater !... On en condamne qui ne l’ont pas tant mérité!...

Allez donc faire de la médecine agréable sous la surveillance -des cent yeux d’ Argus, et avec la responsabilité de vos moindres prescriptions !

Vivent au contraire les grandes capitales où l’on ne compte pas avec les malades. Un de plus ou de moins dans le tas !...

— Comme vous y allez, s’écria Onésime avec un frisson. J’en fais partie, moi, de ce tas-là !

— C’est bien la peine de m’interrompre pour un si mince détail. Je reprends.

Le contrôle des malades n’est pas le seul qu’ait à subir le médecin de province.

Le pharmacien est là qui guette et épie.

Le pharmacien de la capitale est, — vous le verrez ici, — devenu la plupart du temps le com-

père du marchand de santé, quand il ne s’improvise pas marchand de santé lui-même.

Dans les petites localités, c’est différent.

Précipité du haut d’ambitions plus ou moins légitimes jusqu’en ces bas-fonds de la droguerie, le pharmacien voit dans le médecin un favori du sort qui lui a pris injustement sa place au soleil.

Ce qui ne l’empêche pas, — quand il rencontre celui-ci, — de lui prodiguer ses plus ob-

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[uieuses révérences ; mais, s’il embrasse son ni, c’est pour mieux l’étouffer.

Jn centigramme de plus dans une potion, un ligramme de moins dans une ordonnance, — voilà assez pour remuer toute la vilie.

St le soir, en faisant sa partie de piquet, avec voisin, le pharmacien jaloux insinue :

— Comme il est heureux, tout de même, que ne m’absente jamais ; encore aujourd’hui...

— Quoi donc? questionne naturellement le :sin.

— Oh! rien... ce sont des choses que, pour onneur du corps, il vaut mieux céler; mais, rst égal, quand on pense à la légèreté avec uelle on accorde maintenant les diplômes... is dames... et cinquante de point...

— Cinquante sont bons... Comme ça, notre

:decin a encore fait quelque boulette de sa ■on? .

— Je n’ai nommé personne, que je sache... Je le trèfle.

— Suffit! on comprend à demi-mot... Je le mds... Neuf, dix, onze... Aussi bien, avec moi as avez tort de faire des secrets, parce (pie, vous vez : muet comme la tombe...

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— Il n’y a pas de secrets là-dedans... Quatorze du carreau, quinze du trèfle... Seulement, je ne voudrais pas avoir l’air de dénigrer. . . Quinze. Ma parole d’honneur... croyez-vous, qu’il ne faut pas avoir perdu la tête?... Administrer à un enfant la noix vomique dans de pareilles proportions...

— Ah ! c’était de la noix vomique pour le petit de Mrae**\

— Je n’ai nommé personne.

— Mon Dieu, non... ne voilà-t-il pas ! Comme vous êtes drôle de vous défier de moi. A vous à faire !

— Je ne me défie pas.

— N’empêche pas que sans vous..,

— Son compte était réglé à ce pauvre petit. Voyez-vous, monsieur Binet, ça crève tout de même le cœur, quand on pense que des gâtemétiers pareils ont .des titres, se donnent de l’importance, tandis que soi, on végète dans une misérable boutique où il faut encore qu’on répare les bévues de ces beaux messieurs... Dix heures... Nous ferons la belle demain... Je vais fermer. Surtout pas un mot de ceci.

— Comment donc !

la médecine de province

ùt, dès le lendemain, M. Binet a colporté part l’erreur du médecin qui, sans le pliarmai, envoyait ad patres le petit de Mme .

Onésime avait écouté d’un air d incrédulité.

— C’est une supposition que vous faites, n’estpas? dit-il à maître Helleborus; car jamais ;teur ne commet de ces erreurs-là.

— Feu Argan, votre arrière-grand-père, vous roierait sa bénédiction pour une demande semble.

Bon jeune homme! Vous êtes bien son desodant direct et candide. Mais sur ce chapitre, ime suis promis de laisser la parole aux faits, ils parleront assez, quand le moment sera

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