UN AMI SURNATUREL
iis se laissent chamarrer de décorations et bourrer de gros traitements pour un petit corps céleste
qu’ils ont aperçu par hasard Moi , qui vous
parle, j’en connais trente-neuf mille sept cent, soixante et onze planètes.
Ce chiffre donna la chair de poule au pauvre Du Tilleul.
— Trente-neuf mille sept cent soixante et onze avec lesquelles je suis en communication suivie. Par l’enfer, voilà des voyages qui forment l’esprit et le cœur! J’ai précisément résolu de vous en faire faire un avec moi, mon cher ami.
— Un voyage dans les planètes !
— Cornes de Belzébuth ! comme vous y allez !... Mille existences comme la vôtre n’y suffiraient pas et vous voudrez bien, j’imagine, vous contenter d’en visiter une seule; celle qui porte le numéro d’ordre 29,388 est distante de ce globe de 49 millions de lieues et figure dans la géographie des mondes sous le nom de Planète Fantasia.
— Mon Dieu, monsieur, balbutia Onésime, ce serait avec infiniment de plaisir; toutefois...
— Ne mentez donc pas ! Bien loin d’éprouver le
moindre plaisir, vous ressentez une frayeur des plus violentes et mourez d’envie d’appeler à votre aide. Argan Du Tilleul, mon bon, vous êtes un ingrat et vous mériteriez presque que je vous abandonne à votre piètre destinée.
— Je vous jure...
— Que vous êtes à demi mort de peur. Eh ! corbleu ! c’est pour vous empêcher de mourir tout à fait que je suis venu. L’exemple de votre ancêtre ne vous a servi de rien et vous vous préparez comme lui à trépasser non de la maladie, mais du médecin. Une fois par hasard, je veux
faire une exception. Cette faculté de lire dans la
pensée dont je vous ai fourni tout à l’heure la preuve, vous la posséderez ainsi que moi pendant tout le voyage que nous allons entreprendre.
Tâchez de vous en montrer digne et d’en savoir tirer profit.
La planète Fantasia vous offrira — spécialement pour le sujet qui vous intéresse, — matière aux plus curieuses observations. Qu’elles ne soient pas perdues pour vous.
Au surplus., je serai là pour veiller et pour vous souligner la morale de la fable, quand vous aurez