LA MÉDECINE AU PAS DE COURSE
L’illustre Gorinain tendait en effet à Onésime un papier tout imprimé qu’il avait pris dans un
des casiers placés devant lui.
— Mais, je n’ai pas expliaué au docteur ce que
i je ressens.
— Un prince de la science n’a pas besoin de i renseignements; c’est bon pour les médicâtres. Circulez !
— Quelle abomination... Mille francs de ce chiffon !..
— Vous vous figuriez peut-être passer pour ce prix-là une heure en tête à tête avec un homme dont chaque minute vaut cinquante louis?... Circulez! circulez!
Onésime essaya encore de se débattre, mais le défilé avait recommencé au pas de course, chaque malade, donnant à sa droite son billet de mille francs, recevant à sa gauche sa formule imprimée.
Il fut ainsi emporté jusqu’à la rue dans laquelle il retrouva maître Helleborus.
— Mon ami, fit Onésime en lui frappant sur l’épaule.
— Ah! ah! déjà vous! N’est-ce pas que ce n’est pas long?
— Dites que c’est indigne. Il ne m’a pas écouté et j’ai vu le moment où l’on me faisait arrêter. Payer mille francs un chiffon de papier comme celui-ci!.. Qu’y a-t-il seulement dessus?. .
« Tempérament lymphatique. — Carie des os de la jambe. »
Mais il est fou! je n’ai jamais rien eu aux jambes; c’est dans l’intérieur du corps que je souffre.
— Mon pauvre Ou Tilleul, il vous est arrivé ce qui arrive assez souvent. Dans sa précipitation, l’illustre docteur s’est trompé de casier. Vos mille francs sont perdus. Que voulez- vous? Le docteur Gorinàin était un excellent médecin quand il n’était pas connu ; depuis qu’il est célèbre, il s’est changé en balancier à battre monnaie. Tic! tac! tic! tac!
Tant pis pour ceux qui sont pris dans les engrenages!
- N’est-ce pas vous qui m’avez conseillé d’aller le voir?
— Parce que je vous connais. J’étais sûr que — si vous n’aviez pas visité celui-là le premier — le prestige de sa renommée vous aurait toujours ébloui; aussi ai-je commencé par vous mener