LES DESSOUS DE CARTES
Les rues étaient remplies d’une population grouillante et compacte.
C’était un jour de fête, et la foule qui se pressait de toute part différait si peu des foules parisiennes, pour le tumulte et la laideur, que les deux débarqués auraient pu supposer qu’ils venaient de descendre le faubourg Saint-Martin.
Mais Onésime ne tarda pas à s’apercevoir qu’il s’était bien réellement passé quelque chose d’extraordinaire dans sa vie.
On était devant un marché public, et les débitants s’évertuaient à qui mieux mieux à faire l’article :
— Madame, prenez-moi cela de confiance... Si je n’étais pas sûr de la qualité, je ne vous le donnerais pas; vous pensez que ce n’est pas une pratique comme vous que je voudrais tromper.
— Ce marchand est un abominable voleur, dit Du Tilleul en se tournant vers son guide. Au moment où il comble cette brave femme de protestations, il pense tout bas :
« Oui, va, tourne-la et retourne-la, tu n’y verras que du feu, vieille avare! On t’en donnera des volailles fraîches pour ce prix-là... Si tu crois que j’y tiens à ta pratique, quand tu marchandes une heure pour un misérable liard!... »
Plus loin, deux amis causaient:
— Tu peux compter sur moi.
— Bien sûr?
— J’ai déjà plaidé ta cause avec chaleur auprès du père. 11 t’en veut déjà moins et ce mariage se fera...
— Vous êtes un fourbe abominable ! tempêta Du Tilleul, s’adressant à l’ami aux protestations. Monsieur, ne croyez pas un mot de ce qu'il vient