UNE GARDE-MALADE
Une chambre éclairée par la lueur tremblotante d’une veilleuse. Dans la chambre un lit. Dans le lit un moribond. Près du lit une vieille
femme.
Le moribond c’était Onésime, à qui les potions de la somnambule avaient porté le dernier coup.
La vieille femme, c’était une garde-malade.
— Madame, lit le malheureux.
— Rrron ! Rrron ! Rrron !
— Madame !
— Rrrron!
— Madame!
Hein ! s’il y a du bon sens de crier comme ça... Qu’est-ce qu’il vous faut encore?
— Mon ami Helleborus n’est pas revenu?
— Puisqu’on vous a dit qu’il devait être trois jours absent.
— Pourquoi?
— Est-ce qu’il me l’a conté ?
— J’ai bien soif!
— Vous me permettrez bien, je pense, de faire mon café noir auparavant... Vous savez que j’ai jeté celui que j’ai trouvé. Je ne prends que du café que je mouds moi-même... Votre vin ne valait rien non plus à mon estomac, il était trop froid. J’ai commandé vingt-cinq bouteilles de vieux... A propos, est-ce que vous n’avez pas une bonne pour me cirer mes souliers le matin et me faire mes raies?... Ne vous tourmentez pas, j’en demanderai une au bureau, parce que les gros ouvrages, ça ne me regarde pas... Et puis on tient à ses cheveux, a’est-ce pas? C’est ce qu’on a de mieux conservé...