‹ Les marchands de santéChapitre 11 sur 166 · SCÈNE DE HOBUltS · texte numérisé non relu

SCÈNE DE HOBUltS

chez TOUS... Et caetera... Goûtez-moi cette bière, età YOtre santé!...

— A ma santé I J'en «i bien besoin, répondit le pauvre voyageur en passant la main sur son visage^ que ces secoisses avaient sensiblement altéré.

LA MÉDECINE DE PROViNfîft

Maître Helleboras regarda Onésime avec insistance :

— Vous serez donc toujours le même... Je gage qu'un bon bifteck yous rétablirait...

— De la Yiande ! Moi qui suis à la diète !•••

— Vous aimeriez mieux une potion?... Vous en aurez I vous en aurez !... La Tille est bonne.

c— Je TOUS jure que je ne suis sérieusement p^s à mon aise, balbutia Du Tilleul.

— Mais tant mieui> cornes du diable» tant

LA lléDEGINE DE PROYINCE 5S

mieox!... Il faut bien que messieurs de la médedue vivent. Les pauvres gens!...

Je vous parlais de la centralisation; eux aussi en font la désastreuse expérience.

Âh! dame! la médecine en province était aï triste chose! Il y avait de quoi y renoncer. Un satané local où tout se sait :

— Tiens, fait Fune> on sonne un mort.

— Mais, oui, c'est le père X.

— Âh! bah! Et qui est-ce qui le soignait?

— Le grand médecin brun qui est nouvelle ment établi.

— En voilà un qui ne m'inspirerait pas de confiance.

— Et à moi, donc !

— Si jamais celui-là prend dans le pays, cela m'étonnera singulièrement.

— C'est une abomination de laisser des ganaches pareilles exercer.

— On devrait lui donner un charivari.

— Pour moi, je vais aller conter à tout le monde que c'est lui qui a tué ce pauvre père X.

— Et que vous aurez raison.

— Jésus mater / ... On en condamne qui ne l'ont pas tant mérité!...

5/i LBS KÂllCRAlirDS DB SARTE

AHez donc faire de la médecine agréable? sous la surveillance des cent yeox d'Âfg»s» et i^viec la responsabilité de^ tos mrâKÏres prescriptions t

Vivent au contraire les grandes capitales où l'on ne compte pas avec lès malades. Us de pUis ou de moins dans le tas f. . .

— Comme vous y allez, s'écria Onésinfe aivec un frisson. J'en faii? partie, moi, de ce tas-là !

— C'est bien la peine de m'interrompre peur un si mince détail. Je reprends.

Le contr(^ des rnaMes^ n'est pasilr se«iLq«b'ait à subir le médecin de province.

Le pharmacien est là» gui guette et épie.

Le pharmacien de la capitale est, — vous le verres ici, — devenu la plupart du teimps le compère du marchand de sauté, fosmdbiioes'm^ovise pas marchand de santé hii*méme.

Dans les petites^ localités, c'est difiëreot

Précipité du haut d'ambittons plus ou moins légitimes jusqu'en ces bas-fonds de ta droguerie, le pharmafcien voîl dans W taéimn mt favori du sort qui lui a pris inîosteoQfôiit sa pian» au soleil. ^

Ce qm ne F empêche pas> — qirand il rencontre celui-ci, — de lui prodiguer ses plus ob->

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séqaîeuses révérence»; mais, s'il embrasse soo rirai, c'est pour mienx l'étooffer.

Un centigramme de plus dans uae potion, un milligramme de moins dans une ordonnance, — en voilà assez; pour r^omer tonte \» ville.

Et le smr, en faisant sa- pso^tie de piquet, avec nn voisin, le pharmacien jaloux insinue :

— Gomme il est heureux, tout de môme^ que je ne m'absente jamais ; encore aujourd'hui.. •

— Quoi donc? questkmne naturellement le voisin.

— Oh ! rien*., eo sont des choses que, pour l'honneur du corps, il vaut mieux celer; mais, c'est égal, quand on pense à la légèreté avec laquelle on accorde maifitaiaot les dipl^es^. trois dames**, et cîn(piaiite: dé point...

— Claquante sont bons... Gomme ça^, notre médecin a encore fait quelque bouletto de sa façon?

— Je n^ai nraunè perscmne^ que je sache... Je joue trèfle.

— Suffît! ùsk comiurand à demi-BUOt... Je le pKends... Neufr da, onze... ÂJissi bien, avec Bioi VOUS avez tort de faire de&secreiS) parce que, vous savez : muet comme la tombe...

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— Il n'y a pas de secrets là-dedans... Quatorze du carreau, quinze du trèfle... Seulement, je ne voudrais pas avoir Tair de dénigrer. . . Quinze . Ma parole d'honneur... croyez-vous, qu'il ne faut pas avoir perdu la tête?... Administrer à un enfant la noix vomique dans de pareilles proportions...

— Ah i c'était de la noix vomique pour le petit de M^no***.

— Je n'ai nommé personne.

— Mon Dieu, non... ne voilà-t-il pasi Gomme vous êtes drôle de vous défier de moi. Â vous à faire I

— Je ne me défie pas.

^— N'empêche pas que sans vous...

— Son compte était réglé à ce pauvre petit. Voyez-vous, monsieur Binet, ça crève tout de même le cœur, quand on pense que des gâtemétiers pareils ont des titres, se donnent de l'importance, tandis que soi, on végète dans une misérable boutique où il faut encore qu'on répare les bévues de ces beaux messieurs... Dix heures... Nous ferons la belle demain... Je vais fermer. Surtout pas un mot de ceci.

— Comment donc !

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Et, dès le lendemain^ M. Binet a colporté partout Terreur du médecin qui^ sans le pharmacien, envoyait ad patres le petit de M"»®***. ^ Onésime avait écouté d'un air d'incrédulité.

— C'est une supposition que vous faites^ n'estce pas ? dit-il à maître Hëlleborus ; car jamais docteur ne commet de ces erreurs-là.

— Feu Argan, votre arrière-grand-père» vous octroierait sa bénédiction pour une demande semblable.

Bon jeune homme! Vous êtes bien son descendant direct et candide. Mais sur ce chapitre, je me suis promis de laisser la parole aux faits» et ils parleront assez, quand le moment sera venu.

Permettez -moi» en attendant, d'achever le portrait que j'étais en train de vous tracer et de compléter la ressemblance par quelques traits.

^ Je vous ai déjà montré deux redoutables ennemis du malheureux médecin de province.

Et l'autorité!

Que de souplesse il faut à l'échiné de celui qui veut obtenir son patronage I

Et le clergé !

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Que de génuflexions, si l'on tient à sa recom-

îTîandation! ' ,

Et quand rautorilé et le clergé se trourent en dissentiment, — ce qui peut arriver par-

fols...

Que de détours et de louYOiements pour éviter le Charybde de M. le maire, sans échouer sur le Scylla de M. le curé !

Et les distances immenses à franchir pour aller d'un malade à l'autre ! Et le trot mutilant du cheval de pays ou les cahots mortels du cabriolet embourbé dans les ornières !

Et le froid, et le chaud» la pluia^ le vent, l'insomnie à braver ! Et les maigreurs navrantes du salaire qui réc(uz\pense ,de tant de peines !

lËt les (ContestatioDs avec Je paysan madré qui 7bQ compnend pas iqu'on se fasse payer, puisqu'on i:e lui a rien vendu — que des paroles !

Et tout ïe martyrologe »flont je vous épargne la suite! Non! paifcleu, i! n'est pas étoonant que la centralisation médicale ait fait des progrès si rapides, ^t 'que les emante mille médeiâns de Fantasia-planète soienfttous dans la capitale... Car, du moment où...

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