LE QUARTIER DES MALADES
— Ouvrez la porte, entrez, pendant que je paye le cocher, lui dit-il. Je vous rejoins.
Le portier de la maison s'était avancé au-devant d Onésime.
— Qu'y a-t-il pour votre service?
— Je désirerais... je viens...
Il ne savait trop comment traduire une volonté qai n'était pas absolument la sienne.
Le portier prévint au surplus une plus ample explication :
— C'est pour un logement..- Vous ne faites pas notre affaire... Nous ne prenons pas les maladies mortelles...
— Hein?... Qu'avez-vous dit?... balbutia l'infortuné.
— Vous avez bien entendu. Je vous ai dit que la maison est très-bien habitée et que nous n'y recevons que des gens indisposés légèrement, parce qneles autres, vous comprenez... Un enterrement ça attriste toujours !
— Vous ne par... lez... pas sérieusement?...
— Est-ce que j'ai l'air de rire?... Bonsoir... Cherchez ailleurs!...
Onésime ahuri regagna la porte.
— 11 D'y a rien à louer? demanda maître Belle»
bora&. Eb ! mais qu'avez-YOus donc, cette mine bouleversée...,
— Âh! je savais bien que j'étais un bomme perdu... . .
Et il racoiita sa mésayenture à sou compagnon.
— N'est-ce qw cela? repartit celui-ci. Vous êtes bien bon de vous effaroucher d'un propos sans importance. Les portiers de la planète Fantasia n'en font pas d'autres. Suivez-moi.
— Je ne puis .
— Bien ! Vous avez envie de vous trouver mal à présent! Marchez, vous dis-je, et vous allez tout de suite voir la contre-partie de la scène qui vous a si fort touché.
En effet, ils avaient pénétré dans une autre maison, dont le portier, avec une bonne grâce d'état, les salua d'un :
— Qu'est-ce que vous venez faire ici?
— Nous loger, répondit maître Hellebc»ruâ.
— Jamais.
— Pour quelle raison?
— Vous n'êtes pas assez malades, ni l'un, ni l'autre. *
Onésime se ranimait
DE QUARUER des UkLkXSfBS 13^
— Et que Yous importe? qa«stionDS Befleboms*
— II nous importe beaucoup à moi et à monsieur le pjopriétaire. Moi et monsieur le propriétaire> nous ne louons 91'à Tannée, mais mw aroQS soin de chcdsir des locataires qui n'en ont pas pour plus de trois mois, pafree que tous^ sen^^ tez, on a Tavantage de pouvoir kmer quatre fois le même appartement.
— Mon compagnon est poortamt Irès^matede, ricana Helleborus.
— Heu! heul... Très-malade f... Son faeies ne m'inspire pas de confiance, fai dans l'idée qu'il ira pbxs l(»igtemps que vous ne croyez..
Onésime respira bruyamment.
— Savez-vous bien, maroufle, que vous êtes un coquin, avec votre système de location au décès I exclama Helleborus en feignant de se courroucer.
— Est-ce que nous n'avons plus le droit de disposer de notre propriété comme nous l'entendons?
— C'est de l'escroquerie.
— Escrocs! nous?... Nous! un propriétaire!... Ab! c'est ainsi!... Âménaïde, le4)alai?... A mon aide!...
Aménaïde était occupée ailleurs, et Helleborus,
8ft LES MARCHANDS DE SANTÉ
qui se tordait de rire> entraîna Onésime réconforté.
Dans une troisième maison, ce fat une femme> — peut-être ce titre est-il bien prétentieux pour une portière» — ce fut une femme qui vint au-devant des deux étrangers :
— Ces messieurs désirent. . .
•— Un logement pour mon ami.
-* Âbl ah! Monsieur est gargon?... dit-elle en désignant Onésime.
— Certainement.
— Oh ! alors, nous avons tout ce qu'il faut pour monsieur... Monsieur n'a pas de parents directs?
— Non.
— Une chamore superbe au second... Pas de collatéraux?
— Non.
— Que disais-je au second! C'est au premier que je veux installer monsieur et je le soignerai comme mon propre fils.
— Merci, je ne veux pas loger ici, interrompit brusquement Onésime. Venez !
Puis quand ils furent dehors :
— L'abominable mégère!... Elle ne se doutait
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pas que je lisais dans sa peûsée et que je déchiffrais ses instincts cupides à travers ses assurances (le bon vouloir.
— Âh ! dame, fit Helleborus, philosophiquement, le cadeau que je vous ai fait a ses petites misères... L'envers des pensées d'autrui n'est pas toujours couleur de rose; mais l'amertume est souvent salutaire... Hé! hé! Vous devez savoir cela, vous, un buveur de tisanes...
Après quelques autres tentatives infructueuses, Onésime put enfin s'installer dans un domicile choisi par son ami.
—Vous serez à merveille ici... lui dit celui-ci. Il est tard, vous allez vous coucher... Adieu...
— Vous me quittez?
— Je reviendrai demain matin... J'ai une visite à faire dans une étoile fixe à un petit million de lieues d'ici.