LE JOURNAL DES DÉCE
— Et puis, poursuivit l'homme, j'ayais une idée en tête.
— Ah! ah!
— Oui ! Je voulais fonder le Journal r^ Décès.
— Joli titre, n'est-ce ijas, mon cher Du Tilleul?,
— Je ne trouve, pas, bougonna Onésime.
— Bah!.,, peur à part...
— D'ailleurs, messieurs, mon intention n'était
pas de faire une affaire littéraire, mais bien une affaire commerciale.
— Je m'en doutais, dit Helleborus^
— Mon idée était excellente, monsieur; et pratique ! et simple dans sa conception !
Le Journal des Décès paraissait deux fois par semaine, avec la liste de toutes les personnes un peu notables trépassées dans la planète Fantasia; seulement, à la nécrologie de la routine, j'ajoutais, — et c'était là le point capital, — j'ajoutais le nom du ou des docteurs qui avaient soigné le défunt.
— Voyez-vous cela I de la réclame gratuite, ricana Helleborus.
— De la réclame! Vous croyez? Mon Dieu! que vous êtes donc jeûna dans la partie.
Mais au contraire I J'avais beau envelopper la mention d'euphémismes hypocrites tels que :
« Malgré le dévouement dont a fait preuf>e m. le docteur..^ »
j) En dépit de ses effatts, la science du doeteur..^ a échoué. »
» M. le docteur... a fait ce qu'il a pu mm v'hfTsir â conjurer.., j>
cv jomiNHr DBS Décès l/i.3
L'eflfet n*feo étafft pas moins produit C'étaient des registres terribles que je tenais
là, terribles poor la réfiiatalion de ceux dont je
relevais les morts.
— Tieos! tiens! tiens!. -/Savez- vous, Onésime, que monsieur est de première force?
-— Monsieur est bien bon... Je ne mérite pas ses éloges, car le Journal des Décès n'a réussi qu'à moitié.
— Quel malheur!
--Dans les commencements/c'était à qui viendrait m'oiïiir des compensations sonnantes pour qne je n'imprimasse pas son nom dans mon journal,
— Cela se conçoit.
* — Tratefois, ao \mA dHm temps assez court, il a surgi une complication embarrassante.
Un marchand de santé me donaait, je suppose, cinquante éeos peur ne pas être noAnmé, j'empochais et je souscrivais; mais arrh^ût un autre marchand de santé, un rival du premier, qui Sivait appris que celui-ci avait perdu tel malade. Loi m'offrait cent écos pour nommer son coi frère.
Le mayeo de refuser cent écus, je vous le de-
Iftb LES UARGHANDS DE SANTÉ
mande, messieurs... Oh n'est pas de bronze, que diable !
— Sans quoi on se fondrait pour battre monnaie» observa Helleborus.
— De sorte qu'il arriva que tel docteur qui avait payé figurait quand même sur les listes da Journal des Décès, à cause de la surenchère du concurrent.
C'est si embrouillé la tenue des livres en partie double !
6ref> à force de voir ces petits accidents se répéter 5 les marchands de santé finirent par s'éloigner de moi, et je suis retombé du haut de mon rêve réalisé un instant.
— Vous avez dû vous faire mal.
— Bien mal, mes^eurs. Je suis sans place depuis un mois.
— Vous nous l'avez dit.
— Et si vous vouliez utiliser mes connaissances... Je ferais tout... Âvez-vous besoin d'un homme certificat? d'un antichambrier? N'importe le prix.,. Quand il faut vivre...
— Mon cher garçon, nous n'avions besoin que de vos renseignements. Merci.
rr Comment! Vous n'êtes donc pas...