‹ Les marchands de santéChapitre 35 sur 166 · LE JOURNAL DES DÉCE · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DES DÉCE

— Et puis, poursuivit l'homme, j'ayais une idée en tête.

— Ah! ah!

— Oui ! Je voulais fonder le Journal r^ Décès.

— Joli titre, n'est-ce ijas, mon cher Du Tilleul?,

— Je ne trouve, pas, bougonna Onésime.

— Bah!.,, peur à part...

— D'ailleurs, messieurs, mon intention n'était

pas de faire une affaire littéraire, mais bien une affaire commerciale.

— Je m'en doutais, dit Helleborus^

— Mon idée était excellente, monsieur; et pratique ! et simple dans sa conception !

Le Journal des Décès paraissait deux fois par semaine, avec la liste de toutes les personnes un peu notables trépassées dans la planète Fantasia; seulement, à la nécrologie de la routine, j'ajoutais, — et c'était là le point capital, — j'ajoutais le nom du ou des docteurs qui avaient soigné le défunt.

— Voyez-vous cela I de la réclame gratuite, ricana Helleborus.

— De la réclame! Vous croyez? Mon Dieu! que vous êtes donc jeûna dans la partie.

Mais au contraire I J'avais beau envelopper la mention d'euphémismes hypocrites tels que :

« Malgré le dévouement dont a fait preuf>e m. le docteur..^ »

j) En dépit de ses effatts, la science du doeteur..^ a échoué. »

» M. le docteur... a fait ce qu'il a pu mm v'hfTsir â conjurer.., j>

cv jomiNHr DBS Décès l/i.3

L'eflfet n*feo étafft pas moins produit C'étaient des registres terribles que je tenais

là, terribles poor la réfiiatalion de ceux dont je

relevais les morts.

— Tieos! tiens! tiens!. -/Savez- vous, Onésime, que monsieur est de première force?

-— Monsieur est bien bon... Je ne mérite pas ses éloges, car le Journal des Décès n'a réussi qu'à moitié.

— Quel malheur!

--Dans les commencements/c'était à qui viendrait m'oiïiir des compensations sonnantes pour qne je n'imprimasse pas son nom dans mon journal,

— Cela se conçoit.

* — Tratefois, ao \mA dHm temps assez court, il a surgi une complication embarrassante.

Un marchand de santé me donaait, je suppose, cinquante éeos peur ne pas être noAnmé, j'empochais et je souscrivais; mais arrh^ût un autre marchand de santé, un rival du premier, qui Sivait appris que celui-ci avait perdu tel malade. Loi m'offrait cent écos pour nommer son coi frère.

Le mayeo de refuser cent écus, je vous le de-

Iftb LES UARGHANDS DE SANTÉ

mande, messieurs... Oh n'est pas de bronze, que diable !

— Sans quoi on se fondrait pour battre monnaie» observa Helleborus.

— De sorte qu'il arriva que tel docteur qui avait payé figurait quand même sur les listes da Journal des Décès, à cause de la surenchère du concurrent.

C'est si embrouillé la tenue des livres en partie double !

6ref> à force de voir ces petits accidents se répéter 5 les marchands de santé finirent par s'éloigner de moi, et je suis retombé du haut de mon rêve réalisé un instant.

— Vous avez dû vous faire mal.

— Bien mal, mes^eurs. Je suis sans place depuis un mois.

— Vous nous l'avez dit.

— Et si vous vouliez utiliser mes connaissances... Je ferais tout... Âvez-vous besoin d'un homme certificat? d'un antichambrier? N'importe le prix.,. Quand il faut vivre...

— Mon cher garçon, nous n'avions besoin que de vos renseignements. Merci.

rr Comment! Vous n'êtes donc pas...

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