‹ Les marchands de santéChapitre 54 sur 166 · LES AMOURS THERMALES · texte numérisé non relu

LES AMOURS THERMALES

tioD en mettant pied à terre^ il avait entrevu la gracieuse silhouette d'une femme qui lui parut jeune et séduisante.

— Si je devenais amoureux pour tuer le temps? pensa-t*il.

D'où il résulta que le 20 septembre suivant Onésime n'avait pas encore bu son verre d'eau, mais était sur le point d'épouser demoiselle Sylvandire de Hocbeval.

l'inspecteur des espérance»

Tout plein de son futur mariage^ le petit-fils d'Argau était debout devant la fenêtre de l'hôtel qu'il habitait en face de celui de Sylvandire de Hocheval.

Deux raisons militaient en faveur de cette attitude. La première c'est qu'il cherchait à entrevoir le profil de sa fiancée ; la seconde, c'est qu'il se faisait la barbe.

Et en promenant son rasoir sur ses joues, il réfléchissait:

l'inspecteur des espérances 229

— Elle est charmante et elle paraît m'adorer... Je crois que le mariage me rétablira la santé. Du moins est-ce l'avis du docteur que je suis allé Toir hier. U est vrai qu'avant-bier j'en avais consulté QQ autre qui m'a menacé des plus grands malheurs, si je ne restais garçon. .. Chère Sylvandire, il me serait impossible de renoncer à elle... Elle est charmante, et puis décidément elle m'adore!...

Un coup de sonnette interrompit ce monologue

mental.

— Entrez ! cria Helleborus qui fumait un cigare sur le divan en suivant du regard les expressions de visage de son protégé.

Un inconnu, à la tenue officielle s'introduisit en faisant force révérences et s'adressant « Helleborus.

-- C'est à monsieur Du Tilleul que j'ai l'honneur?...

En parlant ainsi, il étendait déjà la main comme pour saisir le bras d'Helleborus qui, le fixant d'un air sarcastique :

— Vous confonde», monsieur... Là-bas, près delà fenêtre...

L'inconnu recommença à s'avancer avec la

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même profasion de révérences et sm* le même ton :

— C'est à monsieur Du TiUeul que j'ai l'hoQneur?...

En même temps, il avait saisie— et bien saisi cette fois — le bras d'Ofiésima» dont il tiisaît mine de t&ter le pouls.

--^Pardon^ mais que voulez-vous?.. .demanda

le i>etit-fils d'Argan ne comiprâaant rien i eette

manœuvre.

-^ Vlmpecteur des egi^éranoes I fit Tinconnu avec un salut de plus.

-* Âb! fort bien... répliqua Onésûne interdit... seulement je ne saisis pas parfaitement...

L'inconnu comptait paî&iblemeBt : Une, deuxj une, deux, une, deux !

-— Je ne saisis pas parfaitement le motif qui vous açaéne...

— Une, deux, une, deui^l Le pouls répond assez bien à ce qu« Ton m'avait dit. Vous plairait-il de vous déshabiller? fit le visiteur bizarre.

— Me déshabiller! Et pourquoi?

■— Ne vous ai-je pas dit, monsieur, que j'étais V Inspecteur des espérances?

l'inspecteub des espérances 231

«- Du diable, monsieur, si je sais ce que tous me Voulez avec vos espérances, votre înspectioB, votre manière de me t&ter le pouls et de me vouloir faii*e quitter mes vêtements.

— N'allez-vons pas vous marier 9

— Avec M^^^SjrlFandirede Hoctoiral, oui certes. -— Ehl bien alors?

^£h! bien alors» quel rapyport entre....

— Pardon, intervint maître Helleborus, mais monsieur est étranger, et comme tel ignore les contâmes du pays. Veuillez être assez bon pour lui expliquer vos titres et vos qualités

~ Il me semble que -» ^and on habite quelque part, — grommela l'Inspecteur, on devrait au moins apprendre à respecter les fonctiooaaifes puUica.

Onésioie r^arda Tintrus d'un air qui demandait clairement de quelle sorte de fonction il pouvait être investi

~ Monsieur, reprit le nouveau venu. M"* âe flocbeval m'envoie ici eonformément à la loi qm autorise les fiancés des deux sexes à faire vérifier officiellement et médicalement les espéranoe$ énoncées par chacun au contrat de mariage.

— Les espérances.... Attendez donc. En France

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OQ âofDoe ce nom charmant aux calculs d'intérêts basés sur de funèbres convoitises...

— J'ignore ce qui se passe dans la planète que j'entends nommer à l'instant pour la première fois, mais ici nos législateurs ont prudemment pourvu à ce que la fraude et ledol ne se glissassent pas dans les amours. Autrefois, — avant l'institution du corps dont j'ai l'honneur de faire partie — c'était, monsieur, un véritable scandale. On voyait journellement des jeunes filles dans leur impatience de se marier, donner pour agonisants des oncles qui en avaient encore au moins pour dix ans, — des vieillards tromper de malheu* reuses jeunes filles en simulant, au moment de l'byménée, des infirmités qui les abusaient sur l'imminence de l'héritage à intervenir. Mais, Dieu merci, nous avons réglementé tout cela. Vous vous mariez? C'est bien. Votre future énonce tant d'argent comptant, tant d'argent à attendre de tels et tels parents. Immédiatement un de mes confrères ou moi, nous nous rendons chez les parents, et nous nous assurons si leur faiblesse de complexlon ou leur décrépitude autorise les présomptions de legs prochain ; un de mes confrères ou moi, nous donnons ensuite notre rap-

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port et voilà « monsieur , en quoi consistent les utiles et nobles fonctions 6! Inspecteur des espé* ronces.

Onésime, légèrement pâle» se contraignait é?idemment pour ne pas éclater.

— Pardon, monsieur, dit-il, je ne vois pas toutefois ce qui vous appelle ici ; je n'ai pas parlé à IfUe Sylvandire de parents à héritage...

— Sans nul doute, mais vous-même? continua rinspecteur avec un sourire terrible.

—Moi-même!... que signifie?...

— Vous avez une certaine fortune personnelle qui détermine W^ de Hocbeval à vous épouser.

— Ah! c'est ma fortune...

— Vous ne pouvez ignorer qu'aucun mariage ne se traite autrement. Dans le quartier des eaux, surtout, où les jeunes personnes d'un placement difficile viennent sagement chercher un valétudinaire, il est bien naturel que ces pauvres petites prennent quelques garanties... Permettez donc que je continue mon examen...

— Ne me touchez pas ! ne me touchez pas 1 Vous me faites horreur t. ..

— Si c'est la crainte de quelque révélation attristante qui vous anime, soyez sans inquiétude»

nous avons la discrétion de ne jamais dire au sujet à combien nous évaluons ce qui lui reste de durée.

— Je vous répète que vous me faites horreur» 'VOUS et vos abominables attributions

— Insolent!...

— Que je veux être épousé pour moi-même. . . -- Dans votre état! Il ferait 1)eau voir cela. .. -— Et que vous pouvez aller aux cinquante

mille diables en compagnie de M^^ de Hocbeval dont les infâmes calculs m'ont à jamais guéri d'un fol amour.

-^ Le bel amoureux! Avec cette poitrine rentrée, ce teint...

— Sortez, coquin! s'écria Onésîme éperdu de tolère et de peur...

— Je sors, je sors, mais sortira bien qui sortira le dernier ! grinça II. Hnspecteur avec un coup d'œil qm sentait le tombeau.

Le petit-fils d'Argau retomba épuisé sur un fauteuil.

— Elle ! ... me faire inspecter. . . Escompter mes souffrances... Oh! Tépouvantablô pays! Tépouvantable fille ! l'épouvantable bonhomme ! . . .

— Du Tilleul, objecta philosophiquement mai-

l'inspecteur des espérances 235

tre Helleborus, vous n'êtes pas juste. Sur terre, on pratique ce genre de vérification sans en avoir l'air. Ici on a légalisé la chose.

Pour le fond, les cupidités matrimoniales se valent; ne drtes donc pas toujours du mal de la franchise...

ftA HB»»CINB JUOICIAIRB

C'était déjà beaucoup — pour un esprit aussi faible — qu'une pareille émotion ; mais, hélas ! ce n'était pas toi^.

Huit jours après, Onésime recevait un papier orné de dix-sept timbres; — chaque timbre coûtant six francs, le fisc de Fantasia-Planète en avait successivement élevé le nombre exigible do un à dix-sept.

Sur ce papier, il était dit en style de rigueur :

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