‹ Les marchands de santéChapitre 9 sur 166 · SANTÉ A VENDRE · texte numérisé non relu

SANTÉ A VENDRE

voyage ici n'a que ce but unique. Vous aurez de la besogne! Ils sont soixante-six mille — sans compter les pharmaciens, droguistes, rebou-

teurs, s'^mnambules, empiriques

— Soixante-six mille! murmura le petit-fils d'Argan avec une admiration joyeuse ! Oh ! que je vous remercie de m'avoir amené ! On ne doit pas mourir ici... Pourtant, ajouta-t-il pluç bas, c'est singulier, j'ai déjà compté depuis notre arrivée quatre cent yingt-deux enterrements...

YII

Là CENTRALISATION

Si bas qu'eût été faite l'observation, elle n'échappa point aux sens subtils de Tami mystérieux qui accompagnait Onésime.

— Mon cher monsieur Du Tilleul, reprit-il après un silence, ce que vous venez de dire là me prouve que vous êtes un observateur et me fait bien augurer de vous.

— - On observerait à moins 1 Ce défilé mortuaire donne à cette ville un aspect lugubre qui ne saurait manquer d'impressionner vivement.

LA GEMTRAUSATION &1

— Permettez ! n'exagérons rien. II y a des proportions auxquelles en toute chose il convient de prendre garde et qui constituent la première des sciences, la science du relatif.

-* Je ne sais pas trop ce qu'il peut y avoir de relatif dans la constatation d'un chiffre.

— Et la centralisation» mon cher monsieur Du

Tilleali

*— Je ne saisis pas.

— Seriez vous sans avoir lu dans les journaux on dans les brochures de la terre que nous venons de quitter des études approfondies sur la centralisation et son importance?

— J'en ai comme un vague souvenir... Toutefois je vous avouerai franchement que mes lectures de préférence étaient pour les traités de médecine.

— C'est juste, j'aurais dû me le rappeler. La centralisation, mon excellent monsieur Du Tilleul, ^ une institution, à ce qu'il parait, parfaite; senlement, comme de toute chose, pas trop n'en faut.

Sur terre, quand un paysan a envie de creuser ^B rigole dans son champs, il en touche un mot

h2 LES MARCHAIVDS DK SANTÉ

au garde champêtre qui en entretient le gendarme, lequel' en réfère i FadjoinC pour que celaici en informe M. le maire.

Le maire écrit au sous-préfet, qui renvoie la pétition dans les bureaux do la prifeeture. Après avoir fait une balte généralmm* f»*6l(mgée dans les bureaux de la préfteturevla pétition passe sous les yeux du préfet qui Texpédie au ministère.

Au ministère, l'expéditionnaire est, après un laps que je n'évalue pas, chargé de copier un exposé de l'afifaire. L'exposé est revu par l'employé rédacteur qui le transmet au sous-chef, qui le remet au chef de bureau, qui le transmet au chef de division, qui le remet au secrétaire général, qui le soumet au ministre.

Puis, quaodle ministre a enfin pris connaissance des pièces, il indique le sens de la réponse au secrétaire général, et la gamme — descendante cette fois — recommence en passant parle chef de division , le chef de bureau, le sous-chef, le rédacteur, l'expéditionnaire, le préfet, les bureaux de ta préfecture , le sous-préfet, lé maire, l'adjoint, le gendarme, et le garde champêtre pour aboutir m paysan, — frès-souvent sous la forme d'un non en trois lettres.

LA CENTBALISATION &3

C'est là, mon cher ami, mi exemple entxe mille de la centealisatioû.

Hais ici c'est parblau bien pis.

Je vous ai averti que tout les ridîcBles terrestres étaient, dans la planète Fantasia, reproduits avec deà grossissements iinprévus. £a centralisation figure au premier rang* de ces ridicules.

On a tout si bien centralise que la planète se compose presque exclusivement d'une seule ville, la capitale dans laquelle nous sommes.

Il y a biefi de distafica en. distance des traces de ce qu'on appelle la province > des, semblants de viUes, de villa^ eA de hameaux, mais il n!y manque que. des. habitants pour ressembler aux viUes. villaoes. et hameaux, de votre connais* sance.

Mon Dieu, oui! EE e^esi d^tme logiqu» rigoureuse.

Un beau jmr les provrndaux se» sont aperçus qu% aHmentaienf fe budget sane éb^e^ suffisam** ment alimentés par lui et ils se sont dit :

— Nous somweff envérifé Wew sots. Pourquoi, puisque le soleil ne vient pas à* housî if irions-^ nous pas aa soM?

hh LES MARCHANDS DE SAKTK

— On n'a de l'esprit que dans la capitale, pensèrent les gens de lettres; partons 1

9 — On ne bâtit que dans la capitale, pensèrent les maçons ; partons !

— On ne prend des leçons de piano que dans la capitale, pensèrent les pianistes, partons

-* On n'a de jolies femmes que dans la capitale, pensèrent les amoureux; partons.

** On n'obtient des emplois que dans la capitale, pensèrent les bureaucrates; partons !

— On ne fait le mouchoir à son aise que dans la capitale, pensèrent les filous; partons I

— On ne trouve mom leur Gogo que dans la capitale, pensèrent les spéculateurs; partons !

— On n'a perfectionné la danse du panier que dans la capitale, pensèrent les domestiques ; partons I

Et ils partirent tous. — Tous !

** Ils sont arrivés.

Fantasia-capitale a deux cent onze lieues de tour et on parle de reculer les barrières l'année prochaine.

— Vous plaisantez! répéta Onésime avec une stupéfaction profonde.

— Nullement, c'est un peu gênant pour commu-

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