‹ Les Marges, 1903-1908Chapitre 18 sur 28 · FANTASSINS · texte numérisé non relu

FANTASSINS

Au commandant P. de Pardiellan.

Tous à pied, le jarret tendu, la tête droite,

Le fusil sur l'épaule et le sac sur le dos,

Par la route poudreuse, au penchant des coteaux,

Le long d'un bois touffu, d'un ruisseau qui miroite,

Ils vont, ils vont... Le pas de chaque rang s'emboîte

Dans le rang précédent, si bien que les badauds.

Accourus des cités, des bourgs et des châteaux,

Admirent ce bel ordre et cette allure adroite.

Au tournant du chemin, voyez ce bataillon :

Le rouge des képis semble une étrange flore

De vifs coquelicots, épars dans un sillon ;

Aux guêtres, à la veste, un fantassin arbore

Du blanc, du bleu qui chante avec le vermillon

Selon le rythme clair du drapeau tricolore.

N'est-ce pas que cela est d'un poète ? N'est-ce pas que c'est d'une inspiration émouvante ? Ah ! que n'ai-je plus de place, et que ne puis-je vous faire lire ici tous ces sonnets d'un art parfait, ou bien ces grands poèmes : V Avènement de la femme, les Maîtres de la mer, d'une envolée superbe, d'un lyrisme admirable !

Je ne crois pas avoir rencontré jamais un poète aussi magnifiquement doué. Le seul peut-être auquel pourrait se laisser comparer M. Gaston Deschamps, c'est un barde peu célèbre, car il vit au loin et il n'est jamais venu à Paris ; je l'ai connu jadis en Cerdagne ; c'est Eugène Portes . Eugène Portes a pubhé un beau hvre: Cris du Cœur (1). Toutes les pièces en sont remarquables. Je m'excuserai de ne citer que le commencement d'un grand poème intitulé :

(1) A Perpignan, librairie de V Inde pendant, 4, rue de la Préfecture,

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