‹ Les Mariages Consanguins et Leurs ConsequencesChapitre 25 sur 31 · HT SR · texte numérisé non relu

HT SR

tions vives, etc …, pourront produire par hérédité directe ou ancestrale, les affections nervo-mentales que nous avons constatées, idiotie, dégénérescence mentale, épilepsie et convulsions. Il en est de même pour la surdi-mutité : il se peut que dans quelques cas le père ou la mère aient été durs d’oreille, par otite scléreuse, maladie des plus fréquentes et des plus héréditaires, et que cette dureté d'oreille guérie depuis longtemps, soit passée inaperçue pour des, observateurs qui souvent étudiaient la question avec un peu de parti pris. La stérilité, tant chez l’homme que chez la femme, est due à des causes si nombreuses, que la véritable peut nous échapper. De même, si l’hérédité de similitude ne peut être mise en cause, on peut invoquer l’h‘rédité de métamorphose ; les maladies par ralentissement de la nutrition, entre autres, nous fournissent aujourd’hui l'explication de beaucoup de faits encore inconnus hier. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’excès contraire, et absoudre les mariages consanguins. Nous avons lu pas mal d'observations où les parents, absolument indemnes de tout vice quelconque, ont procréé des enfants présentant une ou plusieurs des affections signalées ; et il faudrait être consanguiniste de parti pris, pour nier le caractère d’évidence qui s’en dégage le plus souvent. Nous voulons bien admettre que les observateurs se soient trompés quelquefois, mais toujours, non. Dans le chapitre précédent, nous avons nous-mème rapporté quelques observations où les parents, ne présentant aucune tare, ont cependant procréé des enfants tarés. La surdi-mutité, par exemple, est une affection où la consanguinité doit certainement jouer un rôle, pas constant, nous le voulons bien,

AC rat

mais qui, néanmoins, existe. Cette thèse est soutenue depuis trop longtemps et avec trop d’autorité et d'observations à l'appui, pour n’avoir pas quelque chose de vrai. Disons d’ailleurs que dans l'immense majorité des cas, les sourdsmuets qui se marient même avec des sourdes-muettes, produisent des enfants qui entendent et parlent, et que les exceptions, d’ailleurs peu nombreuses à cette règle, ont peut-être eu pour cause, moins la surdité que la consanguinité des parents. Il en est de même de lidiotie : nous rapportons quelques cas où les parents n'étaient pas en vérité d’une intelligence toujours remarquable, mais chez lesquels nous n'avons pu déceler aucune cause quelconque qui pût expliquer l'affection constatée. Mais nous admettons volontiers, en présence des faits, que la consanguinité n'exerce aucune influence sur la stérilité ; mais nous sommes d’avis qu'il existe certainement une relation de cause à effet entre la consanguinité et certaines affections de la vue, telles que la rétinite pigmentaire et l'albinisme, entre la consanguinité et certaines difformités, telles que la polydactylie et le pied-bot. Ces relations ont été trop souvent constatées, pour qu’on puisse les nier, et d’ailleurs, que de fois n’a-t-on pas constaté la coexistence de ces affections avec d’autres qui étaient imputables à la consanguinité !

Nous discuterons l'influence de la consanguinité chez les animaux, en faisant la critique de la seconde opinion.

2° Opinion : Les mariages consanguins ne sont nullement préjudiciables, le plus souvent, même ils donnent d'excellents résultats.

Cette opinion compté peu de défenseurs dans le monde

médical ; elle a été soutenue par Périer, Anderson Smith, mais aussi par la plupart des zootechniciens. Les partisans de l'hypothèse de l’innocuité des mariages Consanguins, ne pouvant pas nier certains accidents produits par ces unions ont cherché à les expliquer par une hérédité morbide qu'ils ont fait intervenir dans tous les cas, mais il faut bien le-dire, sans apporter un grand nombre de faits en faveur de leur thèse. Le travail de M. Périer, le plus ardent défenseur de cette opinion, est rempli de doutes, et pour soutenir son idée il s'appuie sur des observations vraiment trop générales. Il vante les caractères physiques la beauté de certaines races, qui sont restées pures de tout mélange, tels que les Polynésiens, les Géorgiens, les Tadicks, les Juifs; puis admet la solidarité des races et des familles, et dit : « Si les races veulent rester pures, comment les familles voudraient-elles être mélangées ? » En vérité, nous trouvons l'argumentation un peu trop facile: Les différentes races qu’il cite s'étendent sur des territoires assez grands, pour que les familles, les parents ne soient pas forcés de s’unir entre eux. Il se peut, et cela doit être en effet, que les Géorgiens, par exemple, qui forment une race belle entre toutes, se marient avec des Géorgiennes, mais il ne s’en suit pas forcément que cousins et cousines s’allient entre eux.

Nous avons déjà essayé de démontrer dans la discussion précédente, que la consanguinité saine, le mariage entre parents bien portants, déterminait quelquefois 1pso faclo des imperfections physiques et morales pour les enfants. Nous en avons nous-même donné quelques exem-

ples qui nous semblent probants, dans un de nos chapitres Perrin. } 9

précédents. Et alors pourquoi vouloir faire intervenir dans tous les cas l’hérédité morbide. Il nous semble que c’est vouloir trancher la question sans preuves suffisantes. Nous sommes d'avis, et nous l’avons déjà dit, que l’hérédité peut être très souvent mise en cause pour expliquer un grand nombre de produits consanguins dégénérés, mais nous pensons aussi que la consanguinité constitue une entité étiologique &part,qu’elle crée une aptitude morbide spéciale, en vertu de laquelle les produits du mariage pourront être altérés quand même les parents seraient sains et vigoureux. La consanguinité et l’hérédité sont deux circonstances étiologiques parallèles, pouvant se superposer dans la même famille pour concourir aux mêmes conséquences morbides, mais aussi pouvant exister l’une sans l’autre.

Mais si cette seconde opinion est fausse en ce qui concerne les mariages entre proches parents, il faut reconnaitre qu’elle a beaucoup de vrai en ce qui concerne les animaux, et cependant là encoreles expériences nombreuses et variées sont contradictoires. Pourtant un fait général s’en dégage : c'est que, dans l'élevage des animaux domestiques, l'alliance des individus provenant de mêmes psrents est un puissant moyen pour fixer et perpétuer dans des sous-races certains caractères que l’on recherche. C’est de cette facon, par la répétition d’accouplements consanguins, d’incestes mêmes, que Blackwel, les frères Colling, et autres éleveurs, ont obtenu les races bovines de Durham et de New-Leicester, les races ovines à laine longue et fine comme celle de New-Kent, les races porcines monstrueusement graisseuses, les pigeons à plumage frisé, etc. Aïnsi le croisement en dedans, breeding in and in, comme on

Te

appelle l'union des animaux consanguins, est très propre à conserver dans leurs descendants un caractère d'ordre déterminé; mais il doit être employé en pleine connaissance de ce qu’on veut produire, subordonné à une parfaite ‘sélection, sans quoi il tend à détériorer les races, en élevant l'hérédité à sa plus haute puissance. Produit-il l'affaiblissement de ces races, et plus tard leur disparition, par suite de la tuberculose et de la stérilité dont sont frappés leurs représentants, ainsi que l’affirment les adversaires de la consanguinité ? Cela n’est pas probable : nous avons vu ce -qu’il fallait penser de la stérilité chez les animaux ; et nous croyons que la tuberculose, dans la race bovine, tient à des causes toutes aulres qui préparent un terrain favorable au bacille de Koch, telles que l'excès de travail, la mauvaise qualité” du fourrage, les mauvaises conditions d'hygiène dans lesquelles vivent les animaux. Et si on a vu des troupeaux de bœufs et des races de porcs, magnifiques pendant plusieurs années, tendre à s’éteindre si on ne les avait révivifiés par des croisements avec d’autres races, on cite des exemples de superbes moutons ou taureaux qui résultaient d’accouplements consanguins poursuivis pen- -dant plusieurs générations. Nous avons vu cependant que l’albinisme était imputé, et non sans raison, aux unions -Consanguines.

| Nous voyons donc, d’un côté, que la consanguinité peut avoir, par elle-même, une influence fâcheuse chez l'homme ; et, d’un autre côté, qu’elle exerce généralement une influence heureuse chez les animaux. Pourquoi une ‘telle contradiction ? Nous croyons qu’elle réside dans la raison suivante : Tandis que les animaux vivent de la vie

Page 1