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naturelles, et qu’en trangressant la loi de dispersion des races, on s'expose à l’amoindrissement et même à la perte de l'espèce. » Ménière est le premier qui émit cette opinion sur l’étiologie de la surdité congénitale, mais malheureusement il n’apporta point d'observations à l'appui de sa thèse. Chazarain, reprenant le sujet quinze ans plus tard, contribuera à établir, preuves en main, les rapports intimes qui peuvent exister entre la consanguinité et la surdi-mutité ; mais comme tous les auteurs de l'époque, il exagérera, et méconnaitra l'influence de l’hérédité.
Prosper Lucas, dans son Traité de l’hérédité nalurelle (1847), après avoir rapporté une phrase de M. Gronier : (€ On a cru remarquer que dans les familles, même exemples en apparence de vices essentiels, la consangui- -nité affaiblissait, au bout de quelques générations. la force génératrice, et les végétaux ne semblent pas exempts de cette cause d’impuissance », condamne les mariages consanguins : ( À la première et même parfois à la deuxième génération, la consanguinité peut déterminer aucun cffet fâcheux ; mais l'expérience prouve d’une manière péremptoire que, dès qu’elle se prolonge au delà de cette limite, même dans le cas très rare où elle n’entraîne alors le déve-. loppement d’aueun mal héréditaire, elle cause cependant l’abâtardissement de l’espèce et de la race, la dublication et le redoublement de toutes les infirmités, de tous les vices, de toutes les prédispositions fâcheuses du corps et de Tâme, l’hébétude de toutes les facultés mentales, l'abrutissement, la folie, l'impuissance, ia mort de plus en plus rapprochée de la naissance chez les produits. Les hommes,
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les animaux, les végétaux eux-mêmes, dans ces conditions, en ressentent les mêmes effets. »
Michel Lévy, dont la compétence en hygiène publique et privée faisait loi en 1850, se montre un peu moins intransigent que Burdach, Ménière, Lucas et Rilliet dont je n'ai point parlé mais qui professe les mêmes idées. Lui aussi reconnait bien que les mariages consanguins ont une influence fâcheuse sur les produits de la génération, mais il n’en impute pas la cause directement aux familles, mais à la négligence que l’on apporte dans le choix des individus. Il s'exprime d’ailleurs ainsi : « Pour perpétuer les races nobles d'animaux, on a soin de n’accoupler entre eux que des individus de choix ; dans lesalliances entre proches, cette condition est négligée : de là l’abâtardissement des familles qui s'unissent entre elles de génération en génération. » Et l'éminent hygiéniste conclut : « C’est surtout aux familles entachées de maladie héréditaire qu'il importe d'élargir le cercle de leurs alliances et de renouveler en partie les sources de leur reproduction ; en méconnaissant cette nécéssité elles renforcent le principe deleur détérioration et précipitent leur décadence. Ne trouvons-nous pas déjà dans ces lignes le germe de l'opinion généralement soutenue aujourd’hui, et que nous exposerons dans un instant ?
Quelques années plus tard, en 1857, un vétérinaire distingué, Huzard, soutient la même théorie, en considérant les races bovine, chevaline et porcine ; il a toujours constaté les bons effets de la consanguinité, si on a eu soin de faire de bons choix. C’est d’ailleurs la théorie soutenue aujourd’hui par l'Ecole d’Alfort.
Devay est le premier qui ait remplacé les assertions
pur
par les faits. Dans une monographie : Dangers des mariages consançquins sous le rapport sanitaire, qui parut en 1860. il soutient la thèse contraire à celles de M. Lévy et Huzard : « En dépit des précautions apportées dans le choix des conjoints, dit-il, après une deuxième, troisième alliance, la progéniture devient de plus en plus misérable, la famille se dégrade de plus en plus. » Et dans ses appréciations, il se montre encore plus intransigeant que ses devanciers : il signale toutes sortes d’accidents, d’infirmités et de maladies imputables aux alliances entre parents, et voudrait les faire éviter par tous les moyens possibles ; bien entendu, le premier qu'il propose, c’est l'interdiction absolue de tout mariage consanguin, à quelque degré que ce soit. |
Enfin, nous arrivons à une opinion des mieux arrétées, celle du professeur Bouchardat, développée et soutenue par M. Bourgeois, dans sa thèse inaugurale. C’est la théorie entrevue par M. Lévy, mais que ce savant n'avait pas nettement formulée. Pour lui, la consanguinité même répétée, est sans inconvénients, et doit même produire de bons résultats, si les conjoints sont exempts de tous vices héréditaires, ou mieux encore, doués des meilleures qualités physiques et morales ; mais, d’un autre côté, les alliances consanguines sont nécessairement nuisibles, quand elles ont lieu entre sujets affectés de maladies constitutionnelles transmissibles, dont l'intensité s'accroît, non pas seulement par simple addition, ou même par multiplication, mais par une sorte de proportion progressive jusqu’à l’exagération la plus extrême, au moyen de la consanguinité répétée. C’est là exactement la théorie à
Die laquelle on se rattache aujourd’hui, et dont nous parlions plus haut.
Les deux théories, condamnant sans réserve les alliances consanguines et les permettant ou les interdisant selon le cas, ayant été soutenues, la troisième théorie, en faveur de ces mêmes alliances, ne devait pas tarder à apparaitre. M. Périer la soutint, en 1860, dans un travail qu'il fit sur les croisements. Et non seulement il prononce l’innocuité des mariages consanguins, mais il cherche à représenter les unions consanguines comme avantageuses. Après avoir rappelé la beauté de certaines races (Polynésiens, Georgiens, Circassiens, Juifs), qui ne s’allient qu'entre elles, et admis une solidarité absolue entre-races et familles, « si les races veulent rester pures, comment les familles voudraient-elles être mélangées ? », il conclut que « ce n’est pas aux liens du sang, à la consanguinité proprement dite, mais à des causes du domaine de l’hérédité morbide chez les époux, que doivent être attribués les accidents des mariages Consanguins.
Anderson Smith cherche même à établir que l'influence de la génération, considérée comme cause de dégénérescence, se fait surtout sentir dans les mariages croisés, ce qui revient à dire que ceux-ci devraient toujours tendre à avoir des résultats fâcheux, et les alliances entre parents, des résultats favorables. Si l'opinion de M. Périer peut se soutenir jusqu’à un certain point, celle d'A. Smith est tellement exagérée, qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte.
Nous sommes en 1860, et déjà les. trois opinions. sont émises, mais nous feront remarquer que jusqu'à présent aucune théorie n’a été bien étayée, ni sur l'observation, ni-
COS, a
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“sur fes faits, ni sur une statistique quelconque. Ce n’est qu’à partir de maintenant que les observations vont abonder, et elles ne manqueront pas ; chaque année verra apparaître un nouveau travail ou une nouvelle communication dans lequel l’auteur, considérant plus spécialement telle ou telle affection, combattra ou se montrera plus ou moins partisan des mariages consanguins. Loin de conclure nettement, on apportera des faits en faveur d’une opinion, et la question elle-même restera pendante. «
En 1861, le D' Liebreich, dans une communication faite à la Société de médecine de Berlin,s’aidant de la statistique, signale la coïncidence de lidiotie, de la surdi-muuté et de la refinile pigmentaire, et dit que la consanguinité des parents est jusqu’à présent la seule circonstance étiologique qu’on puisse invoquer dans le développement de la lésion rétinienne.
En 1862, le D' Boudin, dans une assez longue étuae sur les unions consanguines, passe en revue les principales affections imputées aux mariages entre parents : aliénation mentale et idiotisme, surdi-mutité, maladie de la vue, stérilité. À l'exemple de Ménière. il établit que la surdimutité doit être souvent imputéeaux mariages consanguins (30/100), mais quand aux autres propositions elles lui paraissent réclamer une démonstration rigoureuse qui leur manque plus ou moius jusqu'ici. Et à l'encontre de Périer, les D'S Boudin et Chipault (1863) pensent qu'il n’y a aucune solidarité entre le croisement des races et des familles, mais que le croisement des races n’a expérimentalement par luimême aucun des inconvenients qui lui ont été prétés, et que linfécondité des produits de ces croisements est niée
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par les observations les plus autorisées. Bien mieux, dit Chipault, chez les animaux, les accouplements consanguins produisent des individus qu’on ne doit pas considérer comme des types perfectionnés au point de vue physiologique, malgré le soin qu’on met à choisirles reproducteurs. En conséquence, tout les deux proclament la nécessité des . croisements dans l'espèce humaine et même chez les ani- Maux.
M. Luys, dans sa thèse pour le concours d’agrégation (1863), dit que « l'influence des mariages consanguins est la source d’une multitude d’infirmités héréditaires. Dans certaines localités où les habitants ont depuis longtemps continué de se marier entre eux, la proportion des aliénés est notablement plus forte que dans les contrées voisines. »
En 1865, Sicaud, dans sa thèse inaugurale, émet cette conclusion que « les mariages consanguins même les mieux choisis sous le rapport de la force et de la santé, sont souvent frappés de malheurs irréparables. » Cette conclusion, que l’auteur n’a pas développée avec tout le soin qu il faudrait, nous semble très juste, et nous la reprendrons dans le cours de notre travail.
Cette même année, Aug. Voisin publie, le premier, une monographie locale : il étudie les mariages consanguins dans la commune de Batz (Loire-Inférieure), où les habitants se marient entre eux depuis plusieurs siècles, et vivent à peu près isolés des pays environuants. De cette étude, il résulte qae la consanguinité n’a amené aucune maladie, aucune dégénérescence, aucun vice de conformation et que la race est restée très belle. Mais nous ferons remarquer que sur les quarante-six unions qu'il a exami-
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nées, il y en a trente-et-une entre cousins issus de germains ; or il est démontré qu’à ce degré la parenté, physiologiquement, n’a plus d'influence.
M. Peter, dans un rapport à l’académie de médecine, s'exprime ainsi : « Le plus habituellement les unions consanguines sont néfastes ; ce que l’analogie et la logique permettaient d’induire, l’observation l’a tristement démontré : les unions consanguines entraînent le plus souvent la dégénération du produit. » En cela, M. Péter ne faisait que reprendre l'opinion que professait son illustre maitre Trousseau.
Quelques années plus tard, en 1875, G. Darwin, le fils du grand naturaliste, publie un travail plein d’originalité sur la question. Il cherche tout d’abord à établir le rapport qui existe entre les mariages consanguins et les mariages ordinaires (2 à 3 p. 100) ; puis, dans les asiles d’aliénés (3 à 4p. 100), de sourds-muets (2, 2 p. 100) et d’aveugles, la proportion des pensionnaires issus de consanguins à la population totale des asiles. Si le second rapport est supérieur au premier, il concluera à la nocuité des mariages consanguins ; si, au contraire, les deux rapports sont égaux, on absoudra ces sortes de mariages des méfaits qu’on leur reproche. Et pour arriver à en montrer l’innocuité relative, il a recours au calcul des probabilités, aux raisonnements, et contrôle le tout par l'expérience, le questionnaire et la statistique.
En 1889, M. Gottschalk, dans sa thèse inaugurale, prétend que la consanguinité n’agit en aucune façon dans Ja production de l’idiotie, de la débilité mentale ou de lépi-
lepsie de l'enfance pas plus que dans la production de la Perrin. É 4
surdi-mutité et de la rétinite pigmentaire. Et 1l se montre. partisan de la théorie mixte : unissez deux consanguins malades, le produit de l’union sera malade, unissez deux consanguins bien portants. l’influence néfaste s’évanouit. Et il conclut avec M. Bourneville : « Tout ce qu’on a dit ou écrit sous le nom de consanguinité, revient à l’hérédité. La question à laquelle on l’applique d'ordinaire, est du reste toute faite de préjugés moraux, religieux et sociaux.»
Ce sont là d’ailleurs les conclusions que MM. Lacassagne et Gallard avaient émises quelques années auparavant dans leurs savants articles des Dictionnaires Dechambre et Jaccoud.
Et récemment, le D* Ballet a écrit,-dans le Traité de Médecine de MM. Charcot et Bouchard, au sujet de la dégénérescence mentale : On a noté depuis longtemps l’influence funeste des mariages consanguins. C'est un fait aujourd'hui démontré que la consanguinité ne constitue pas par elle-même une condition mauvaise de génération ; mais elle transmet avec plus de sûreté les caractères communs aux deux sujets. Voilà pourquoi dans les familles qui sont affectées de tares nerveuses ou autres elle concourt
puissamment à la déchéance des familles. »
Enfin, cette année même, le D' P. Legendre, médecin des hôpitaux, s'inspirant d’un travail publié en 1894 par P. Regnault dans la Gazettedes Hôpilaux, résume la question dans le 1° volume du Traité de pathologie générale du professeur Bouchard, et conclut ainsi :
1° Le médecin appelé à donner son avis sur une union consanguine doit procéder à un examen minutieux des deux futurs, et s’enquérir de la santé de leurs familles.
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2° Il devra rechercher si les futurs ont été élevés dans Je même milieu. Car un milieu identique peut créer chez le père et la mère les mêmes prédispositions morbides, et il y a beaucoup plus de chances pour qu’elles se manifestent chez les enfants.
3 On ne donnera d'avis favorable à un mariage consanguin que siles familles sont sans tares, et si les conjoints n’ont pas été élevés sous le même toit; sinon, on préviendra les parents de la possibilité d'un mauvais résultat.
À cette revue de travaux, nous ajouterons l’opinion que le Docteur J. Voisin, de la Salpétrière, professe en ce moment : Pour lui, la consanguinité n’a absolument aucune influence par elle-même; et si les mariages consanguins offrent une plus grande proportion de dégénérés que les mariages croisés, c’est que la tare qui existe dans Ja famille est à la fois communiquée à l'enfant et par le père et par la mère. Mais alors, quand le médecin ne peut trouver aucune tare dans la famille, comment expliquer la dégénérescence constatée ? C’est que : 1° On n’est jamais bien sûr que les ascendants des conjoints n’aient pas présenté autrefois une affection quelconque, l'hérédité ancestrale a été en effet souvent constatée ; 2° Il peut y avoir eu pendant la grossesse quelques, accidents restés inaperçus (émotion, frayeur, chute etc...); 3° enfin, on trouve dans les mariages croisés, les deux familles passant pour absolument saines, des dégénérescences aussiaccusées et aussi ‘’inexplicables en apparence que celles attribuées aux mariages COnSanguins.
En résumé, quelles opinions formuler, quelles conclusions tirer de-ces nombreux travaux ? Nous en voyons
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trois, el toutes les trois sont défendues par des savants sérieux.
re Opinion. — Presque loutes les alliances entre proches parents ont des résultats fâcheux. Conclusion interdiction absolue (Burdach, P. Ménière, P. Lucas, Rilliet, Devay, Chazarain, Liebreich, Boudin, Chipault, Luys, Trousseau et Peter, Hocquart, Mitchell, Bemiss, Howe, Allen, Mantagazza).
2e Opinion. — Les mariages consanguins ne sont nullement préjudiciables le plus souvent même ils donneni d'excellents résultats. Conclusion : Permission et même recommandation. (Périer, Anderson Smith, la plupart des zootechniciens).
3° Opinion. — L'influence des mariages consanguins est bonne ou mauvaise suivant que les auteurs sont exempts ou affectés de maladies constitutionnelles. Conclusion. Interdiction ou permission, selon le cas (M, Lévy, Bouchardat et Bourgeois, Dally, Aug. Voisin, Gottsehalk, G. Darwin, Laccassagne, Gallard, Ballet, F. Regnault, Legendre).
Cette revue des travaux publiés sur la consanguinité est peut-être longue, nous en convenons : mais elle était utile, et nous avons cru devoir la faire aussi consciencieusement que possible, afin de mettre à jour et de formuler nettement les opinions et conclusions qui ont été émises par les nombreux savants qui, à différentes époques, ont
étudié la question des unions éonsanguines. Ces conclu-
sions, nous allons les reprendre dans un de nos chapitres suivants, et en faire une critique sommaire, critique que nous appuierons sur les observations que nous avons recueillies, et que nous allons maintenant présenter.
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Maladies imputées aux unions consanguines
Rilliet, de Genève, observateur peut-étre trop consciencieux dans ce cas, faisaitdériver des mariages consanguins : 1° l'absence de conception ; 2° le retard de la conception , 3° Ja conception imparfaite (fausse couche) ; 4° les produits incomplets (monstruosités) ; 5° les productions dont la constitution physique et morale est imparfaite; 6° les produits plus spécialement exposés aux maladies du système nerveux et, par ordre de fréquence : l’épilepsie, l’imbécillité ou idiotie, ä surdi-mulité,la paralysie, des maladies mentales diverses ; 7° des produits Iymphatiques et prédisposés aux maladies qui relèvent de la diathèse scrofulo-tube: culeuse : 8° des produits qui meurent en bas âge et dans une proportion plus forte que les enfants nés dans d’autres conditions ; 9° des produits qui, s'ils franchissent la première enfance, sont moins aptes que d’autres à résister à la maladie et à la mort.
En lisant cette longue énumération des calamités qui peuvent assaillir l’enfant né de tels mariages, ne songe-t on pas à la boîte de Pandore d’où devaient sortir tous les maux capables d’effliger l'humanité ? Nous pensons donc que Rilliet s’est montré un peu trop pessimiste, et qu'une bonne partie des infirmités qu’il signale doivent être mises sur le compte de l’hérédité ou d’une diathèse quelconque. Nous ne
nous occuperons que de celles qui ont été le plus imputées