‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 10 sur 318 · Louis-Auguste de Bourbon, né le 31 mars · texte numérisé non relu

Louis-Auguste de Bourbon, né le 31 mars

<i. M*"* de Caylus ne parle pas autrement que Saint-Simon des premières intentions du roi et des obsessions de M. le Prince : « Je me souviens, dit-elle, que le roi, qui pensait toujours juste, aurait désiré que les princes légitimés ne se fussent jamais mariés. Ces gens-là^ disait-il à M"**' de Maintcnon,'n6 devraient jamais se marier. Mais M. le duc du Maine ayant voulu rôtrc, cette même sagesse du roi aurait fait du moins qu'il aurait

Le duc du Maine eut le choix entre les trois filles qui restaient; l'aînée avait épousé son cousin, François-Louis de Bourbon, le second prince de Conti. Toutes les trois étaient extrêmement petites, grave défaut dans une cour où Ton faisait de la représentation un devoir d'autant plus pressant que le rang était plus élevé. On les appelait non les princesses, mais les poupées du sang K La première joignait à Tesprit et à la beauté le sens et la sagesse ; la seconde, avec beaucoup moins de sens, avait un pouce de taille de plus : le duc du Maine choisit la seconde. « Elle était d'un caractère extrêmement opposé au sien, aussi vive et entreprenante qu'il était doux et tranquille. »

La prévoyance de M™* de Maintenon semble ici en défaut; car le duc du Maine, qu'elle avait élevé avec tant de soin et de tendresse, ne voyait, ne se décidait que par elle. Elle désira, elle appuya ce mariage : peut-être fut-elle trop pressée de le voir accompli. M"' de Charolais, si vive d'esprit, n'était par le corps qu'une frêle créature*; elle avait besoin de s'ébattre en liberté, de fortifier son esprit et ses membres, et elle est, tout enfant, prise et énervée par cette factice et fiévreuse vie de cour qui va devenir pour elle un besoin impérieux et de toutes les heures. C'est pitié de voir la future reine de Sceaux, à peine âgée de seize ans, déjà préluder à ses nuits blanches. M"* de Maintenon s'en émeut en femme d'esprit et de sens ; mais n'eût-il pas mieux valu prévoir le mal et le prévenir ?

On m'a dit qu'elle irait passer la semaine sainte à Maubuisson, reposez-la bien ; on la tue ici par les contraintes et les fatigues de la cour ; elle succombe sous l'or et les pierreries, et sa coiffure pèse plus que toute sa personne. On l'empêchera de croître et d'avoir de la santé; elle est plus jolie sans bonnet qu'avec toutes leurs parures; elle ne mange guère, elle ne dort peut-être pas assez, et je meurs de peur

choisi une fille d'une des grandes maisons du royaume, sans les persécutions de M. le Prince, qui regardait ces sortes d'alliances comme la fortune de la sienne. Je sais même que le ro* avait eu dessein de choisir M"® d'Uzès et qu'il était sur le point de le déclarer, lorsque M. de Barbezieux vint lui faire part de son mariage avec elle, ce qui fit que le roi n'y songea pas davantage. (Souvenirs de M'^^'de Caylus.)

1. C'était M"* la Duchesse qui qualifiait ainsi ses belles-sœurs.

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