‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 11 sur 318 · M'"* de Charolais était née le 8 septembre · texte numérisé non relu

M'"* de Charolais était née le 8 septembre

j qu'on ne l'ait trop tôt mariée. Je voudrais la tenir à Saint-Cyr, vêtue comme l'une des vertes et courant d'aussi bon cœur dans les jardins: ■ il n'y a point d'austérités pareilles à celles du monde *.

Ce mariage brouilla la princesse de Condé avec sa sœur, la duchesse de Hanovre. Celle-ci fui piquée au vif, sans doute d'avoir le duc du Maine pour neveu? Non, mais de ne lavoir pas pour gendre : elle se plaignit avec amertume que le prince de Condé «lui eût coupé l'herbe sous le pied ». Son dépit aurait été moindre, si elle avait pu deviner les compensations que lui gardait l'avenir*.

Le mariage du duc du Maine attira peu Tattention ; Tattention avait été excitée et retenue par une alliance autrement surprenante : la sœur cadette de M"* de Nantes, M"' de Blois •'*, avait épousé, le mois précédent, le duc de Chartres, le fils de Monsieur*, le propre neveu du roi. Le roi avait choisi, exigé, pris d'autorité un petit-fils de France pour en faire le gendre de M"® de Montespan ! Louis XIV pouvait tout oser. Il foule aux pieds les lois, les mœurs, l'honneur du royaume ; le courtisan réprime vile un premier mouvement de surprise, s'incline, commande à son tailleur de magnifiques habits et danse gaiement à la noce. En dehors de Saint-Simon, qui écrit sous cent clefs, vous chercheriez en vain une protestation de la conscience publique. M"* de Sévigné détourne sa verve sur les folles dépenses occasionnées par ce mariage, et sur la misère fastueuse du courtisan ^. Dangeau enregistre avec une sérénité parfaite cet étrange mariage. Bussy en mesure la portée avec une nuance d'ironie très-contenue, et l'ironie se cache sous la forme d'un profond respect. « Les mariages des filles naturelles du roi avec ce qui est à la tète des légitimes de la maison royale sont des marques assurées de la grandeur de ce prince et du respect qu^on a pour lui.

1. Lettre à M^^ de BrinoUy du 22 mars 1692. (Correspondance générale de J/"* de Maintenon, par Théophile Lavalléc, t. III, Charpentier, 1866.)

Page 1