Saint-Simoriy t. III, p
mieux exploiter, et les coupes faites ne payaient pas le prix du pavage ; il creusait un canal jusqu'à la Seine pour faire flotter ses bois, et le canal creusé, il était impossible d*y amener de Teau ^ 11 voulut réparer le tort qu'il avait fait à sa maison en mariant Talné de ses petits-enfants à M"* de Neufchâtel. Cette fois le calcul était bon : M** de Nemours était morte; M"' de Neufchâtel avait 80 000 livres de rente le jour de son mariage, sans compter les bijoux et une créance de plus de 2 millions sur le duc de Savoie ; elle était d'ailleurs aimable et jolie, et la bâtardise de son père était à demi couverte par sa famille maternelle '. Elle n'avait encore que treize ans, son mari quatorze ans et demi ; ils ne furent réunis que plus tard : ce fut une façon de mariage royal qui caressa fort agréablement Tamour-propre de Dangeau.
La noce se fit très-magnifiquement le soir chez M'"*' de Neufchâtel. Comme ils sont extrêmement jeunes tous deux, on ne les laissa qu'un quart d'heure dans le lit, les rideaux tirés, et tous ceux qui avaient été à la noce étant dans la chambre.
Le Journal relève encore un avantage inestimable : « Outre tout le bien, il y avait de grandes prétentions sur Neufchâtel ^. » Qui ne connaîtrait point toute la vanité de Dangeau ne saurait mesurer le prix qu'il dut attacher à de telles prétentions. Nous n'avons fait qu'esquisser la figure originale de M. de Chevreuse, parce que nous retrouverons plus tard ce gendre de Colbert. Dangeau nous retiendra plus longtemps ; il n'est pas seulement l'aïeul maternel du jeune duc de Luynes ; il s'est marié deux fois, il nous appartient à double titre.
Saint-Simon, tout en louant sa probité, sa douceur, son humeur obligeante et généreuse, a peint ses faiblesses avec une verve comique qui l'a marqué d'une empreinte ineflaçable. Les éditeurs de son Journal ont tenté dans leur savante introduction de le relever aux dépens de Saint-Simon lui-même ; mais l'introduction est suivie de l'œuvre de Dangeau, qui n'est pas la meilleure preuve à l'appui du panégjTÎque essayé. Nous au-