‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 116 sur 318 · Dangeau, 10 janvier · texte numérisé non relu

Dangeau, 10 janvier

75 000 francs étaient payables comptant , mais quand il fallut les compter, Tenthousiasme diminua ; la veille du mariage on les attendait encore. Déjà les esprits s'échauffaient , lorsqu'ils arrivèrent ; mais de ce retard les deux belles-mères restèrent brouillées. M""" de Sévigné crut devoir aller à la noce pour faire plaisir à M""* de Mirepoix, et celle-ci s'était justement dispensée d'y venir *.

Une fois accompli, le mariage devint de plus en plus sombre. M"* de la Ferté, au lieu de loger et nourrir le jeune ménage, prétendit vivre à ses frais ; c'était pour elle et non pour sa fille qu'elle s'était mise en quête de ce gendre ; elle s'était épuisée pour se le procurer, et elle trouvait tout naturel de se rembourser en lui tombant sur les bras. « Je les prends et je les nourris », s'écria généreusement M"* de Mirepoix; mais il fut plus facile à M"® de Mirepoix d'héberger sa bru que de la divertir. Son fils s'était marié pour goûter les douceurs de la famille, a et la petite poupée mourait d'ennui dans sa noire maison^. » Ce triste couple s'éteignit de bonne heure; la duchesse de la Ferté, qui lui survécut, put ainsi recueillir de la fortune de sa fille ce que le mari n'en avait pas mangé, et rentrer dans une partie de son argents

Le marquis de Mirepoix était, au témoignage de Saint- Simon, un homme d'honneur et de valeur* ; le second gendre de M"* de la Ferté, M. de la Carte, est qualifié d'une tout autre façon. Ce petit gentilhomme poitevin ne dut son avancement à la cour et son mariage qu'à la faveur de Monsieur, et cette faveur était une flétrissure. Monsieur s'était engoué de son visage, et dé charge en charge (qu'il payait toutes pour lui de sa bourse) il en avait fait le premier gentilhomme de sa chambre ; il voulut achever sa fortune en le mariant. Il avisa la seconde fille de M"' de la Ferté, M"' de Menetou. « Elle commençait, dit Saint-Simon, à monter en graine. » Le mot est un peu dur, car elle n'avait encore que dix-huit ans, mais on l'avait présentée et prodiguée si jeune à la cour, qu'involontairement on la vieillissait : à neuf ans, elle jouait du clavecin chez la

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