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Le Ion devient plus mélancolique et plus laconique lorsqu'il Tait allusion à la dol. « La chose a été dure. » Il faudra s'incommoder, emprunter peut-être encore, grossir la dette déjà bien lourde de la maison ; mieux vaut ne pas insister, accepter répreuve en bon chrétien, et compter sur Faide de Dieu *.
Dangoau nous dit le chiffre qui faisait saigner le cœur du maréchal de Noailles dans la nuit du 14 février 1687 : 400 000 francs en argent comptant. C'était un vrai mariage d'aînée. Les libéralités de la grand'mère, de Tévêque de Chàlons et d'amis généreux en fournissaient la moitié, mais il fallait trouver le reste ; ajoutez le logement et la nourriture pour cinq ou six années.
Le gendre, il est vrai, était d'importance ; sa maison était l'une des premières du royaume par la naissance, la faveur et les dignités. Les Gramont, qui se vantaient de descendre, par leur alliance avec la maison d'Aure, des anciens rois de Navarre ^, auraient pu même, disait-on, sans un noble mouvement de pudeur de l'un d'entre eux, revendiquer une origine encore plus auguste. Diane d'Ândouin, veuve à vingt-six ans de Philibert de Gramont, se donna au Béarnais et soutint héroï- (lucment sa cause. Peut-être n'avait-elle pas attendu le temps de son veuvage pour céder à son amour, s'il est vrai que Henri IV ait proposé à son fils, Antoine II, de l'avouer pour sien. Le jeune homme repoussa fièrement l'offre de ce brillant déshonneur et aima mieux être gentilhomme que bâtard de roi ^. C'est le père du maréchal et du chevalier de Gramont. Hamilton prêle à ce dernier une allusion à la fois caustique et badine à ce souvenir, qui flattait doublement l'orgueil de sa race.
Je ne saispeul-êlrc pas qu*il n'a tenu qu'à mon père d'être fils de Henri IV ! Le roi voulait à toute force le reconnaître, et jamais ce traître d'honime-là u'y voulut consentir. Vois un peu ce que ce serait
1. Hecueil de lettres concernant la famille de iVoat//es (Bibliothèque nationale, mss., Cyi9j.
2. Ils n'étaient Gramont que par les femmes ; leur nom était Aurc. Ménard d'Aure, vicomte d'Aster, avait épousé, au xvi* siècle, Claire de Gramont, d'une maison illustre en Navarre : Claire hérita de tous ses frères et neveux, et son fils prit le nom et les armes de Gramont.
3. Saint-Simonf t. XI, p. 338. — Tallemant, t. I, Henry qualriesme; Annolalion aux amours d'AlcandrCy citée par Paulin Paris.
que les Gramont sans ce beau travers ! Ils auniient le pas devant les César de Vendôme. Tu as beau rire, c'est FÉvangile '.
Le grand-père du gendre des Noailles, le maréchal de Gramont, avait été Tun des courtisans les plus goûtés de Louis XIV: son père, élevé avec le roi, le compagnon de ses plaisirs, était resté Tun de ses familiers^. Cette faveur ancienne et toujours vivace, fortifiée de celle des Noailles, allait, à l'occasion de ce mariage, obtenir au comte de Guiche le régiment de son père et donner à l'armée française un colonel de quinze ans, la veille encore revêtu de la casaque (Je mousquetaire ; enfin, le gendre des Noailles était généreusement doté. « Je finis, je n'en puis plus, il est deux heures (après minuit) >», disait le maréchal de Noailles en terminant sa lettre à sa mère, et il trouvait encore la force d'ajouter ce dernier et consolant postscriptum: « Le comte de Guiche aura 18 000 livres payées sur les appointements du duc de Gramont et bien assignées. »
Ce mariage fut célébré avec une simplicité et une décence que la Bruyère demandait vainement aux cérémonies de ce genre'.
On les marie ce soir à Versailles, écrivait M™« de Sévigné à Bussy. Voici comment : Personne n*est prié, personne n'est averti, chacun soupera ou fera collation chez soi. A minuit, on assemblera les doux mariés pour les mener à la paroisse, sans que les pères et mères s*y trouvent, qu'en cas qu'ils soient alors à Versailles. On les mariera ; ou ne trouvera point un grand étalage de toilette ; on ne les couchera point : on laissera le soin à la gouvernante et au gouverneur de les mettre dans un même lit. Le lendemain on supposera que tout a bien été. On n'ira point les tourmenter ; point de bons mots, point de méchantes plaisanteries. Ils se lèveront : le garçon ira à la messe et au dioer du roi ; la petite personne s'habillera comme à l'ordinaire ; elle ira faire des visites avec sa bonne maman ; elle ne sera point sur son lit comme une mariée de village, exposée à toutes les ennuyeuses