‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 125 sur 318 · Saint-Simouy t. IIÏ, p · texte numérisé non relu

Saint-Simouy t. IIÏ, p

3. « L'utile et la louable pratique de perdre en frais de noces le tiers de

la dot qu'une femme apporte! Le bel et le judicieux usage que celui qui,

préférant une sorte d'effronterie aux bienséances et à la pudeur, expose une femme d'une seule nuit sur un lit comme sur un théâtre, pour y faire pendant quelques jours un ridicule personnage, et la livre en cet état à la curiosité des gens de l'un et de Tautre sexe, qui, connus ou inconnus, accourent de toute une ville à ce spectacle pendant qu'il dure. » (De la ville.)

visites ; et toute cette noce (chose qui ordinairement est bien marquée) sera confondue le plus joliment et le plus naturellement du monde avec toutes les autres actions de la vie, et s'est glissée si insensiblement dans le train ordinaire, que personne ne s'est avisé qu'il fût arrivé quelque fête dans ces deux familles ^

Bussy applaudissait du fond de sa province, mais il espérait trop de la force de l'exemple et du bon sens des gens de cour : a Je trouve la noce des petites personnes fort jolie et fort commode ; la mode en pourrait bien venir. »

La seconde fille de la maréchale de Noailles épousa le marquis de Coetquen, issu par les femmes d'une race célèbre par la beautéy l'esprit, les faiblesses galantes ou les généreuses amours. Sa mère avait eu le pouvoir d'arracher à Turenne un secret d'État ; sa tante, M"* de Soubise, avait charmé le grand roi ; son aïeule, Marguerite de Rohan, bravant la colère des siens et le mépris du monde, avait donné sa main à un simple gentilhomme ; son arrière-grand'mère, la fille de Sully, avait couru maintes galantes aventures. La nouvelle marquise de Coetquen n'était pas faite pour continuer ce genre de traditions : (( C'était la plus laide et la plus dégoûtante personne qu'on pût voir. » Sa dot se composait de 100000 francs payés comptant, de sept ans de nourriture et d'un régiment, je dis bien, d'un régiment qui valait 50 000 livres : c'était celui du comte de Guiche que le maréchal lui avait racheté pour compléter l'apport dotal d'une autre fille. Le marquis de Coetquen, en acceptant ces avantages, relevés surtout du crédit des Noailles, ne laissa pas d'être un peu confus de la laideur de sa femme ; il s'en tira par une spirituelle boutade : il prétendit que la maréchale lui avait d'abord moQtré sa troisième fille, qui était charmante, et avait ensuite habilement substitué la seconde à la troisième ^.

Ce monstre une fois placé, le plus fort était fait ; les mariages se pressent à peu d'intervalle : la seule année 1698 en voit trois s'accomplir, y compris le mariage de l'atné des fils. M"" d'Ayen se marie encore enfant au comte d'Estrées, fils du second maréchal de ce nom et petit-neveu de Gabrielle, la

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