Sévignét 10 mars
2. Saint-Simon^ t. I, p. 247 ; t. XI, p. 300. — Dangeau^ 13 novembre
maîtresse de Henri IV. Il avait quelque vitigl-cinq ans de plus qu'elle, mais il les avait bien employés pour son avancement et sa réputation. Vice-amiral de France en survivance de son père, il s'était fait à la mer un juste renom d'habileté et de valeur. Les mérites du moins des deux époux étaient mieux assortis que les âges. Les qualités encore voilées de M"* d'Ayen allaient bientôt paraître avec un grand charme et séduire le jugement difficile de M"* de Mainlenon.
Elle devient une très-jolie femme, écrivait-elle trois ans après ce mariage ; elle fait de bonne grâce tout ce qu'elle fait ; elle a plus d'esprit qu'il n'en paraissait d'abord ; elle est très-naturelle, très-gaie, très-sage, devient très-polie : plût à Dieu que ma nièce fût comme elle ' !
M"* de Sévigné admirait chez le comte d'Estrées non-seulement les avantages extérieurs et la vivacité de l'esprit, mais l'élévation et la noblesse des goûts ; elle enviait pour le marquis de Grignan son savoir étendu, varié, mérite si rare chez les gentilshommes, et qu'il savait, à force d'ardeur, concilier avec les exigences de sa carrière et le soin de sa fortune.
M. le comte d'Estrées a soupe et couché ici ; il est parti ce matin pour Paris. Je l'ai trouvé fort joli, fort vif : son esprit est tout noble, et si fort tourné sur les sciences et sur ce qui s'appelle les belles-lettres, que, s'il n'avait une fort bonne réputation et sur mer et sur terre (demandez à M. le chevalier), je croirais qu'il serait du nombre de ceux que le bel esprit empêche de faire leur fortune ; mais il sait fort bien ajuster l'un et l'autre aux dépens de ses nuits , car il les passe à lire. C'est trop ; je voudrais que notre marquis eût seulement la moitié de cette inclination, ce serait assez. C'était un plaisir de l'entendre causer avec mon fils, Qt sur les poètes anciens et modernes, l'histoire, la philosophie, la morale; il sait tout, il n'est neuf sur rien; cela est joli. Les ignorants furent frondés, et les G... et les comtes deR... et de R..., et leurs bons mots; cela nous fit fort rire : cette soirée fut agréable^.
La rédaction du contrat fut laborieuse : le maréchal eut quelque peine à parfaire la dot de sa fille. Une vieille bourgeoise, M""* de Toisy, amie de la maison, flattée et reconnais-