‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 127 sur 318 · noveml)re · texte numérisé non relu

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saille de Taccueil qu*clle y recevait, lui vint en aide; elle donna 50000 livres à M^ d*Ayen, mais seulement après sa mort ; un oncle du mari, le cardinal d'Estrées, d'humeur magnifique et de plus très-impatient de s'appuyer de l'influence des Noailles, s'engagea à payer la rente de cette somme ; le roi lui-même a^-ait, en faveur de cette alliance, ajouté 2000 écus par an à ce qu'il donnait au vice-amiral. Enfin d'effort en effort, de libéralité en libéralité, cette charmante enfant, qui avait servi d'appât pour marier sa sœur, eut un mari pour elle ^

Lie meilleur de sa dot était encore la faveur de ses parents. Le lendemain du mariage, on la nomma dame du palais de la duchesse de Bourgogne ; elle avait quatorze ans et trois mois. H est vrai que la compagne qu*on lui donnait dans ces graves fonctions. M"* de Chevreuse, qui venait d'épouser le marquis de Levy, n'en avait pas davantage : la rieuse dauphine s'accommodait volontiers de chaperons aussi peu moroses. La comtesse d'Estrées eut le don de distraire et d'amuser la vieilh'sse du roi, et ses grâces enfantines furent aussi pour quelque chose dans le bâton de maréchal qui récompensa un peu plus tard les services et les talents de son mari (1703).

Deux mois après cette alliance, s'accomplit celle qui fit la fortune des Noailles : le frère de M*"" de Guiche, de Coetquen et d'Estrées, le comte d'Ayen, épousa M"' d'Aubigné, la propre nièce de M"* de Maintenon. N'était-ce pas s'allier au roi luimême? Il ne fallait rien moins qu'une pareille tante pour couvrir l'indignité des parents de M"* d'Aubigné. Voyons d'un peu près ce que les Noailles auraient voulu cacher à tous les yeux.

Un frère ne ressemble pas moins à sa sœur que d'Aubigné à M'"® de Maintenon. Cynique de mœurs, de tenue, de langage, étalant en public ses débauches, ses vanteries, son insolence ; on le voyait courir les petites filles aux Tuileries, ou pérorer

1. Sdint-Simon, t. I, p. 3:26. — Dangeau, 31 déc. 1697, 19 janv. 1698.

2. Le comto d'Kstrécs prit en 1703 le nom de maréchal de Cœuvres. Membre lionorairc de l'Académie des sciences en 1707, il entra à TAcidémie francaiso o\\ 1715, fut membre honoraire de l'Académie des inscriptions et belleshîttrc.s «Ml ITiG, et nijurut en 1737, à soixante-dix-sept ans.

sur un banc avec sa verve gasconne, raillant tout le monde et particulièrement sa sœur, sa prodigieuse fortune, sa tardive et fructueuse dévotion. II ne tenait jamais sa langue, pas même à table, chez les plus grands personnages, pas même en pleine galerie de Versailles : on se sauvait pour ne pas l'entendre. Les revenus de ses places, les pots-de-vin des traitants que lui valait sa parenté, fondaient dans ses mains ; il harcelait sans cesse sa sœur de ses requêtes gouailleuses : elle lui remplissait ses poches pour le faire taire ; dès qu'il les avait vidées, il revenait à la charge. Son ambition frustrée, réduite au grade de capitaine d'infanterie, se dédommageait volontiers sous cette forme ; il touchait d'aussi grosses sommes qu'un maréchal de France, a J'ai pris mon bâton en argent », disait-il. Il disait aussi « le beau-frère », pour désigner le roi, et le courtisan frémissait.

M"* de Maintenon avait essayé de le fixer en province, dans son gouvernement de Cognac; elle lui vantait alors la beauté de leur pays natal, elle tentait sa pauvre gentilhommerie par Tidée d'acquérir quelques belles terres patrimoniales ^ Ce fut surtout lorsqu'elle se sentit en possession du cœur de Louis XIV, et voisine d'un mariage inouï, qu'elle lui peignit sous les plus vives couleurs le charme de la vie de province, en s'efforçant de lui faire comprendre tout ce qu'avait pour lui de « glorieux et d'utile » la cause qui devait les séparer l'un de l'autre. Non moins ferme qu'insinuante, elle lui faisait en même temps nettement entendre que s'il passait outre et venait à Paris, il courait le risque de se trouver plus loin de sa sœur à Paris qu'à Cognac '. Ah! si elle avait pu enchaîner ce terrible bavard sur les bords de la Charente, et l'y laisser consumer son hu-

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