Lettres de mai et décembre
2. Lettre du 7 août 1683. « La raison qui vous empêche de me voir est si utile et si glorieuse, que vous n*en devez avoir que de la joie : il ne me convient point d*avoir aucun commerce, et je vous ai conseillé, par rintérél que je prends à vous, de demeurer dans le plus beau lieu du monde, où l'on vit avec le plus d'abondance, et où ce que vous avez est plus considérable que si vous en aviez une fois autant à Paris, où vous êtes libre san^ affaires, au milieu de vos proches, et, en un mot, dans un état que je choisirais de préférence à beaucoup d'autres. Si vous en jugez autrement, je ne prétends point vous contraindre en vous empêchant de venir à Paris ; mais il me semble qu'il vous sera plus désagréable d'être près sans me voir que d'être éloigné, avec un commerce avec moi. h
uwur inordaiile et bizarre I Mais le jeu, la déhuKhe, Tattiraiiîiii à Paris, et aussi le malin plaisir d'érefller et d'exploiter hïs t<;rreurs de la nouvelle reine. U j Tint donc, et qui pis vMf il y vint avec sa femme, la créatore la moins £ûte pour |Nirailre à la cour : naissance, esprit, Ggnre, manières, loot en rlle Citait uu-dessous du médiocre.
(](»iiiiiient M"* de Mainlenon l'avait-elle laissé s'embartasseï d*une pnn^illc compagne? n'avait-elle donc pu l'établir plus lirilluiiiment, ou au moins tenter Tessai? L'essai, elle Tavai vingt fois tenté; le difficile n'était pas d'essayer, mais d miHHir. Kilo n'était pas encore ce qu'elle devint depuis, et d'Aubigné éUiit déjà ce qu'il fut toujours. Que de projets de mariagOH ébau<'bés, laissais, repris et laissés de nouveau ! Combien do iMilles-sanirs en perspective, filles ou veuves. Jeunes ou niùnm, demoiselles ou bourgeoises! Chaque hiver, nouvelles iii}itiuic«»H de M"** de Maintenon, nouvelles négociations nouées, p<»UNséeH, touchant à leut terme ; puis, brusquement, le fil matriuMMiial casse, et le travail est à recommencer à la saison proelmiiie. Tantùt la femme convoitée est trop loin; il fout écrire, répoudce ; rnfTaiiHî traîne, languit, avorte. Tantôt elle eNt tiHtp près ; d*Aubigné se montre, et la femme s'enfuit. U y Il (li^H illies jolies et bien dotées qui résistent avec énergie à ruutorité (le leui*s |uireiitset à la poursuite obstinée de M'*'de Muiiitenoii ; il y a des veuves qu'il n'est pas besoin de pour- Muivre, (|ui HNilTreiit d elles-mêmes ; mais c'est le tour de d'Auhifiiié de reeiiler devant leur âge et leur figure, d'autant plus (|u'elleH ont l'impertinence d'exiger qu'on leur assure un (l<Mmir<\ Hiiiis vouloir rien donner en retour ^
lue jeune lille pourtant se rencontra bien décidée à pousser
I. I.i'thm ttdWuhiynè, 10 novembre 1074, 6 février, 19 avril 1675, 16 juin 1(17(1, l'(\vr(er 1(177. M"**ile Maintenon consent bien à se dépouiller après sa uiiM-l ol uiAnin un |Mm phi» l(^(, mais pour des partis plus sortables. C'est ce iprolio piii'ut tmito prt^lo i\ faire on faveur d'une ûlle fort jolie et dont les .unromonli» oluiont mloviSn d'une îlot de 100 000 écus, M"' Carellier. Cette fois l'iilViiiro i\U\\\ umyuillquo; c'est que Louvois s'en était mêlé, et n'avait pas ib^duinniWlo tnivailliM' pour un simple capitaine d'infanterie. «Votre mariage »»!»( ronolu ". tVrivjùtM*" do MainttMionàson frère en route pour Paris. « Brodo« vouM lm>n. motltix moin» de cheveux à vos perruques; tenez-vous droit, loyo» kiui. ol lo roiitti ira bien. » Négligea-t-il de se redresser ou d'alléger sa poiruquo? Tuujouni o»t-il que cette fois encore il ne réussit pas à se marier, nM>mo Mi\ do Louvoi». {UUie d'avril 1670.)
les choses jusqu'au bout; sa dot n*était pas considérable, ses
xnanières étaient un peu bourgeoises, mais en somme elle
était aimable, belle et sans reproche. M™® de Maintenon paraît
etgréablement surprise de la trouver si résolue, a Ou elle se
oroit un mauvais parti, ou elle vous aime passionnément, car
elle souhaite ardemment cette noce-là et ne s'en cache pas. »
Tout semble marcher à meiTciHe. Déjà d'Aubigné et M"' de
Floîgny s'entretiennent' des apprêts de la noce, des enfants
à venir. M*"^ de Maintenon applaudit au tour et au train de la
conversation : on sent qu'elle voudrait précipiter l'événement
pour ne pas laisser à son frère le temps de se dégager ; elle
règle et ordonne la cérémonie, fixe les dates. Arrivée de M"* de
Floigny le 19 ou le 20 décembre à Maintenon; fiançailles
le 21 ; mariage à Chartres le 22 ; actions de grâces le 23 ;
séjour à Maintenon jusqu'au 27, et le 28 départ pour Cognac.
La destinée de M. d'Aubigné semble fixée : il n'aimera plus
d'autre femme que la sienne; il sera heureux et vertueux;
il ne fera plus le tourment de sa sœur ni dans ce monde, ni
dansTautre. Illusion vite déçue! D'Aubigné ne croit pouvoir
être vraiment heureux en ce monde que si M"" de Floigny lui
abandonne tout son bien ; mais celle-ci connaît ses vices, le
chiffre de ses pertes au jeu : elle refuse, et c'en est fait du
programme si bien ordonné par M""* de Maintenon *•
Elle n'a pas encore digéré cette incartade de son firère, qu'il en commet une autre, celte fois irréparable. A peine repoussé par M"* de Floigny, il entame, avec l'aide de quelques amis, un nouveau mariage, prend ses renseignements à la hâte, les trouve à son gré, tombe à Paris, et annonce à sa sœur qu'il épouse Geneviève Piètre, fille de Simon Piètre, médecin et procureur du roi de la ville de Paris : la future belle-mère du comte d'Ayen était trouvée. M"™* de Maintenon, sans aucun doute, si on l'eût laissée faire^ l'aurait mieux choisie ; elle l'eût voulue moins jeune peut-être (elle avait quinze ans et d'Aubigné quarante-quatre), probablement mieux née et mieux dotée, mais à coup sûr plus spirituelle et plus attrayante.
L'honnêteté de ses mœurs ne put racheter à ses yeux ses nombreuses imperfections. Saint-Simon parle de M""* d'Aubigné