‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 129 sur 318 · Lettre du 26 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du 26 octobre

avec une pitié dédaigneuse. M'°* de Maintenon, malgré la mesure habituelle de son langage, a le ton encore plus méprisant et les termes plus crus. Elle lui trouve l'air d'un emplâtre, le tact d'un oison, le parler des femmes de la Halle; elle lui reproche son goût pour un luxe ridicule, le temps qu'elle perd h son miroir, les heures de ses repas, les confitures de sa collation, le beurre de son déjeuner, toutes ses habitudes de petite bourgeoise *. C'est une éducation à recommencer, et M™* de Maintenon ne s'y épargne pas, heureuse de satisfaire sa vocation pédagogique. Ici c'est de la pédagogie épistolaire, vu la distance de Versailles ou de Saint-Germain à Cognac; elle reprend, gronde, menace, et quelquefois promet et caresse. La province n'était malheureusement pas l'école du bon ton, et nuisait aux progrès de son élève. Li jeune femme, à son premier voyage à Paris, apporte de Cognac des grâces irritantes : elle parle du nez, elle rit toujours sans en avoir envie ; elle a les mignardises et les minauderies de M"*** de Longueville, mais elle n'a pas, hélas I pour les soutenir, l'esprit et le visage d'un ange*. Aussi ne la fait-on paraître à la cour qu'avec répugnance et comme à la dérobée, pour la renvoyer au plus vite à Paris. Â Paris même on en est fort incommodé ; on la loge le plus loin possible de ses parents pour lui enlever l'air de famille. Elle est faible de santé, naturellement indolente; autant de raisons habilement saisies pour l'interner dans son appartement et ne pas la montrer à la bonne compagnie. M™* de Maintenon, prise entre ses devoirs de belle- sœur et la crainte du ridicule, paraît également embarrassée de l'avoir avec elle et de ne l'avoir pas^ C'est surtout à Cognac qu'elle la souhaiterait, et c'est aussi à son adresse qu'elle vante les délices de ce beau lieu. Mais elle en fui, nous l'avons dit, pour ses souhaits et ses descriptions; en 1686, d'Aubigné et sa femme vinrent s'établir à Paris, Tun pour y vivre dans de basses et publiques débauches, l'autre pour s'enfoncer dans la crasse des commères de son quartier*.

Une fille leur était née en 1684, à la grande joie de M*"' de

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