‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 130 sur 318 · Lettre de mars · texte numérisé non relu

Lettre de mars

3. Lettres du 25 septembre 1679 et du 12 juillet 1681. A. Saint-Simorij t. I, p. 307.

Maintenoji. Celle-ci l'appelait de ses vœux avant sa naissance, 'si préférait à un garçon dont Téducalion et la destinée lui auraient échappé, et était toute prête à épancher sur cet enfant oe besoin de tendresse maternelle qu'elle essayait de satisfaire oii de tromper, soit en fondant la maison de Noisy, soit en élevant de jeunes parentes qui lui tenaient de moins près par le sang. A peine née, elle lui destine sa fortune : « Dites à la nourrice que c'est mon héritière qu'elle nourrit. » Elle songe n rétablir, et pour cela elle souhaite encore douze ans de vie et de faveur. Douze ans, c'était peu : l'enfant avait deux mois ! Mais elle a si grand'peur de disparaître avant d'avoir réalisé son rêve, que sa raison ne proteste pas contre les folies de la coutume. M"« d'Âubigné était née l'année même où sa tante épousait secrètement Louis XIV. « Ce ne sera pas un mauvais parti », écrit-elle avec une sorte d'orgueil contenu*. Ce mariage, que d'Âubigné, tenu à dislance, appelle a une aventure pei'sonnelle qui ne se communique pas », elle a la ferme intention d'en tirer avantage pour sa nièce. Aussitôt sevrée, elle l'enlève à ses parents, dispose d'elle à son gré, la place à Saint-Cyr, lui écrit des lettres où la gravité du ton et des idées est presque choquante à force d'être prématurée. Elle loue sa piété, la fermeté et la sévérité de ses jugements; elle l'associe à la direction de Saint-Cyr, lui demande de lui signaler les dames les plus appliquées à leurs devoirs et les plus humbles ^ Les dames de Saint-Cyr jugées et notées par un enfant de neuf ans ! On ne s'attendait pas à voir M"'' de Maintenon faire choix d'un tel auxiliaire. On dirait que plus que jamais elle est obsédée des desseins qu'elle nourrissait dès la naissance de sa nièce; elle a hâte de la vieillir pour la marier au plus tôt et goûter l'orgueilleuse joie de son établissement.

1. Lettres du 5 mai, du 25 juin et du 8 octobre 1684. — Elle s'inquiète de sa future beauté, des proportions de sa bouche; elle souhaite qu'elle demeure unique héritière, et se console de la mauvaise santé de la mère, qui diminue les chances d'une nouvelle grossesse : « J'entends dire à tout le monde que votre fille est belle. Je voudrais savoir si elle a la bouche aussi grande qu'elle doit l'avoir, de quelque culé qu'elle puisse tenir. Je serais bien fâchée que' M"" d'Aubigné eût une mauvaise santé ; mais j'aimerais assez que ma nièce fût une héritière. » (Lettre du 5 septembre 1684.) — k Pour moi », dil-elle ailleurs, en trahissant en termes presque cruels sa secrète préoccupation, «j'aimerais mieux qu'elle mourût que d'avoir quelque diftormitc. » (5 mai 1684.)

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