Sainl'Simonf t. I, p. 18; t. II, p. i
2. Lettre dé A/»« de Coulangesà il/'" de Sévignéi du 28 octobre 1695i
iiU LA NOBLESSE DE RACE.
épaisse, sa démarche lourde el forle, sou vêtement uui, ou (eut au plus d'officier, voudraient montrer la simplicité la plus naturelle ; il la soutient avec le gros de ce que, faute de meilleure expression, on entend par une apparence de sans-façon et de camarade. On a rarement plus d'esprit et plus de toutes sortes d'esprit, plus d*art et de souplesse à accommoder le sien à celui des autres, et à leur persuader, quand cela lui est bon, qu'il est pressé des mêmes désirs et des mêmes affections dont ils le sont eux-mêmes, et pour le moins aussi fortement qu'eux, et qu'il en est lui-même supérieurement occupé. Doux quand il lui plaît, gracieux, affable, jamais importuné quand môme il l'est le plus ; gaillard, amusant, plaisant de la bonne et fine plaisanterie, mais d'une plaisanterie qui ne peut offenser ; fécond en saillies charmantes; bon convive, musicien; prompt à. revêtir comme siens tous les goûts des autres, sans jamais la moindre humeur ; avec le talent de dire tout ce qu'il veut, comme il veut, et de parler toute une journée sans toutefois qu'il s'en puisse recueillir quoi que ce soit, et cela même au milieu du salon de Marly, et dans les moments de sa vie les plus inquiets, les plus chagrins, les plus embarrassants : je parle pour l'avoir vu bien des fois sachant ce qu'il m'en avait dit lui-même, et lui demandant après, dans mon étonnemcnt, comment il pouvait faire... Tous les petits soins, toutes les recherches, tous les avisements les moins prévus coulent de soui'cc chez lui pour qui il veut capter, et se multiplient et se diversifient avec grÂce et gentillesse, et ne tarissent point, et ne sont point sujets à dégoûter; tout à tous, avec une aisance surprenante, et n'oublie pas dans les maisons à plaire à certains anciens valets; l'élocution nette, harmonieuse, toutefois naturelle et agréable; assez d'élégance, beaucoup d'élociuence, mais qui sent l'art, comme avec beaucoup de politesse et de grâce dans ses manières, elles ne laissent pas de sentir quelque sorte de grossièreté naturelle ; et toutefois des récits charmants, le don de créer des choses de riens pour l'amusement, et de dérider et d'égayer même les affaires les plus sérieuses et les plus épineuse?, sans que tout cela paraisse lui coûter rien^
Qu on juge par ce séduisant portrait du comte d'Aven au déclin de l'âge de ce qu'il pouvait être dans sa vingtième année ; il est vraisemblable que I\P d'Aubigné n*eut point de peine à se soumettre aux vues de sa tante. Quant au comte d'Ayen, c*était, sans contredit, iM"'' de Maintenon qu'il épousait. M"'' d'Aubigné n'était encore qu'une enfant, qui ne pouvait guère inspirer ni attrait ni répulsion; il fallait l'attention assidue et pénétrante de la directrice de Saint-Cyr pour démêler en elle certains défauts inquiétants, et elle se gardait bien de faire part aux inléressés de ses découvertes avant le