Sainl-Simon, t. VI, \k
LA MAISON DE NOAILLES. 2il
^^iage. Il y avait déjà deux mois qu'il était accompli, lors- ^Vi'elle écrivait à l'oncle du mari, au cardinal de Noailles :
Quelque opinion que j'aie toujours eue du bonheur de la comtesse ^*Ayen, j'avoue que je le trouve encore plus grand que je ne l'avais Prévu, et que je désirerais ardemment qu'elle en fût un peu digne. ^Ile a des défauts que je n'ose confier à son mari, de peur de le dégoûter d'elle K
C'était apparemment moins la fille que ses parents qui préoccupaient les Noailles, et c'est de ce côté qu'il importait fie I«6 rassurer. On lit dans le Journal de Dangeau, à la date du 23 novembre 1697:
M. le comte d'Aubigné, frère de M*"® de Maintenon, se relire par dévotion dans une maison à Paris, qui est gouvernée par M. Doyen ; il se défait de presque tout son équipage. M*"^ d'Aubigné, sa femme, se retire de son côté chez une de ses parentes, et son mari lui donne 2000 écus de pension.
Traduisez : M"* d'Aubigné est sur le point d'épouser le comte d'Ayen, et l'on met ses parents en lieu sûr pour faciliter le mariage. Son père éprouve subitement le besoin d'amender sa vie, et de pleurer ses vieux péchés à l'ombre de Saint- Sulpice; sa mère, qui n'avait rien à pleurer, n'en est pas moins atteinte du désir de se retirer prématurément du monde : il est vrai que cette retraite la délivrait de son mari et lui valait 2000 écus de pension, double avantage. Veut-on connaître tout ce qu'il y avait de spontané dans ces saintes résolutions, il faut, après le Journal, lire les Mémoires :
A bout sur un frère si extravagant, M'°'' de Maintenon fît tant par Saint-Sulpice, que comme c'était un homme tout de sauts et de bonds et qui avait toujours besoin d'argent, on lui persuada de quitter ses débauches, ses indécences et ses démêlés domestiques, de vivre à son aise, sa dépense entière payée tous les mois, et sa poche de plus garnie, et pour ceJa de se retirer dans une communauté qu'un M. Doyen avait établie sous le clocher de Saint-Sulpice pour des gentilshommes, ou soi-disant, qui vivaient là en commun dans une espèce de retraite et d'exercices de piété, sous la direction de quelques prêtres de Saint-Sulpice. M""» d'Aubigné, pour avoir la paix, et plus encore parce que M™* de Maintenon le voulut, se retira dans une coia-