Sainl'Simmt t. 1I| p. 458i
'iii LA NOBLESSE DE RACE.
Ce (|uc je [)uis vous dire, lui répoud-ii à la date du 21 uoTembre 1715 (le roi élait mort ie i*^'' septeuibre), est que ron fera l'impossible (;t que la hituation des affaires, quelque fâcheuse qu'elle soit, ne prévaudra jaiuais sur l'envie de vous satisfaire. Je ne nierai pas cependant que Ton a trouvé les choses dans un état plus terrible que Ton ne peut vous le dépeindre. Le roi et les sujets également ruinés, rien de payé depuis plusieurs années, les revenus de deux ou trois ans mangés d'avanee, la confiance entièrement détruite; en sorte qu'il n'y a «;uére d'exemple d'avoir vu la monarchie dans une pareille situation, quoiqu'elle ait été deux ou trois fois sur le penchant de sa
riiim; 11 y aurait bien de la témérité d'espérer un changement
subit ajirès un dérangement (|ui prend date de si loin^
M""' de Mainteiion, à lu lecture de cette lettre, dut se féliciter (lavoir mis dans sa famille un homme assez fort pourne point tomber avec sa protectrice et pour devenir son protecteur à son tour. Mais peut-être jugea-t-elle qu'il aurait pu insister avec moins d'énergie sur les misères du dernier règne et sur 1rs causes anciennes et profondes de la crise qui mettait la monarchie au bord de Tablme.
Hevenons à la maréchale de Noailles et à Tannée 1098, qui marqua dans les fastes de sa maison. Moins de deux mois après le fortuné mariage du comte d'Ayen, elle mariait sa (|uatrième fille au marquis de la Vallière. La Vallière avait Vlio7i7ieur (c'est le mot de Dangeau) d'être le cousin germain (le la princesse de Conti, fille du roi et de M™' de la Vallière. (lel honneur fit aussi sa fortune. Sœur Louise de la Miséricorde, h la mort de son frère (le père du nouveau gendre de M. d(î Noailles), inspirée moins par l'esprit de famille que par l'esprit chrétien, avait supplié le roi de conserver son gouvernement de Bourbonnais pour acquitter les dettes du défunt; elle ne faisait aucune mention de ses neveux. Le roi avait répondu dans les termes les plus gracieux à sa requête, et lui avait donné ce gouvernement, qui passa à Taîné des neveux 2. La pi'inccsse de Conti, (|iii ne fut jamais tentée de regretter sa naissance, n'avait manqué aucune occasion d'en assurer le Ix'néfice à sa parenté maternelle. L'aînée de ses cousines ger-
I, Li'lln's de M. le duc de Noailles pemlanl son administralion des finanics (Irpuis le tiO septembre 1715 jusqu'au 23 mai. (Bibliotlièque natioii.'ilr, mss.. Suppl. français.)
"1. Sèrifjnê, M» octobre lti7(>.
inaines, la trop charmante duchesse de Choiseul, lui dut de ne pas expier trop durement ses désordres et de n'encourir qu'une tardive et courte disgrâce; la cadette, d'ailleurs fort bien faite et fort jolie, recul un mari de sa main, son trousseau de mariée, et un supplément de dot qui consistait en une pension de 1000 écus '. Quant au mari de M"* de Noailles, elle le lit menin de Monseigneur, ce qui valait 2000 écus par an, lui obtint du roi une pension du même chiffre, et lui donna la terre de Vaujours, qui rapportait de 8000 à 10000 livres de rente : cela s'appelait « parler libéralement » au contrat. Elle fit de plus la noce dans sa belle maison de l'avenue de Versailles ; « il y eut musique, illumination, et Monseigneur y demeura assez longtemps - » .
Toutes ces faveurs, que les Noailles accueillirent avec joie sans trop regardera leur origine, ne leur coûtèrent qu'une dot de 50000 écus; il est vrai qu'ils apportaient au moins autant qu'ils recevaient : l'appui de M'"*' de Maintenon et de la duchesse de Bourgogne, le présent et l'avenir ; la jeune marquise de la Vallière méritait aussi d'être comptée pour elle-même, comme on ne tarda pas à s'en apercevoir.
I^a Vallière, au témoignage de Saint-Simon, avait épousé celle des Noailles qui avait le plus d'esprit, d'adresse, de vues, de manèges et d'intrigue, qui gouvernait sa tribu, qui était comptée à la cour, et qui était dans la plus grande confidence de la nouvelle Dauphine ; avec cela hardie, entreprenante, mais avec des boutades et beaucoup d'humeur.
La maréchale de Noailles, dont le roi craignait l'esprit ambi tieux, n'a plus besoin désormais de se mettre en avant; elle enveloppe la duchesse de Bourgogne de ses filles et belle-fille; jeux, spectacles, promenades, l'assemblent chaque jour la troupe rieuse et légère. Cette jeunesse en sa fleur réjouit les yeux du roi, et le Journal de Dangeau, toujours si terne, semble parfois, en la regardant passer, s'animer d'un sourire :
Le roi alla se promener avec la duchesse de Bourgogne, et quand on fut au Puits du Roi, qui est le plus bel endroit de la forêt de