‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 137 sur 318 · Dangeau, 10 ot IGjuin 1G · texte numérisé non relu

Dangeau, 10 ot IGjuin 1G

2. Ibifl., 12 et 13 mai, 15 juin 1098. — Sainl-Simony t. I, p. 37G ; t. VI, p. 79.

t40 LA NOBLESSE DE RACE.

Gompiégne, M** la duchesse de Bourgogne monta dans une calèche avec les comtesses d'Ayen et d'Estrées, et les marquises de la Yalliére et de Maulevrier. Elles étaient tontes cinq dans le devant, et ne font pas toutes cinq ensemble soixante et dix ans.

Sur les quatre compagnes de la Dauphine, il y en a¥ait trois qui appartenaient à la maison de Noailles.

La duchesse de Bourgogne et la princesse de Gonti rivalisent de bons offices pour le nouveau ménage: celle-là^ qui n demandait jamais rien au roi pour personne, demande et em — pfirte pour la marquise de la Vallière une phioe de dame dis palais; celle-ci obtient pour le marquis un brevet de retenue de 150000 livres sur son gouvernement de Bourbonnais. La duchi^flse de Bourgogne et le roi disparaissent ; la princesse de Gonti demeure et ne cesse de travailler à Télévation de son cousin; le régent, son beau-frère, obsédé de ses instances, accorde h M. de la Vallière la survivance de son gouvernement pour son fils , et finit, à sa grande confusion, par l'élever à la dignité de duc et pair, au détriment du prince de Talmont, de In maison de la Trémoille, cousin germain de Madame. La p(uivre carmélite n'avait pas eu assez de larmes pour expier sn faute; sa famille s'appliquait sans scrupule à en recueillir les fruits, et y réussissait à merveille ^

Trois mariages en 1698 et plus rien avant 1703 ! Ce repos de cinq ans était, ce semble, bien gagné après une année si laborieuse, et cependant la maréchale ne le goûte pas franchement ; elle remploie à préparer l'avenir : elle regarde jusque par delà les Alpes, pour découvrir des partis d'importance; ell(>. en demande au cardinal d'Estrées, à la princesse des Ursins, qui résident à Rome ^

II n'y avait pourtant pas péril en la demeure, la plus âgée des filles à établir n'ayant encore que treize ans : c'était celle qui était née le jour même où la maréchale mariait sa première fille. L'époux qu'on lui cherchait en Italie, elle le trouva ])eaucoup plus près d'elle, dans sa propre famille : ce fut son cousin germain, le marquis de Beaumanoir, le fils de

1. Dangeau, 3 septembre 1698, U mars 1707, 26 avril 1709. — Saint- Simon, t. XIII, p. 22.

2. 4 juin 1700. Lettres médites de la princesse des Ursins, publiées par M. Geflfroy (Didier, 1859).

" * de Lavardin, lieutenant général de Bretagne, ancien ambassa- 4^i|r à Rome, si goûté de M™* de Sévigné. Lorsque la maréchale ^^ Noailles adressait sa requête à M""' des Ursins, le père de Ce jeune homme vivait encore, et le mariage, selon le piquant ïécit de Sjiiîit-Simon, était impossible : le marquis de Lavardin, marié ep secondes noces à une sœur du maréchal de Noailles et veuf depuis J693, ne voulait à aucun prix qu'un autre Lavardin épousât encore une Noailles,

Fils de mère avare *, Tami de M""* de Sévigné était pour le moins économe. Lorsqu'il s'était agi de marier le fils unique de son premier lit, il avait évité soigneusement les maisons endettées, et les Grignan en avaient été pour leurs avances. 11 savait le nombre de ses nièces, le chiffre de la dot, et ne se sentait point attiré de ce côté; la maréchale, d'autre part, savait les grands biens ie son%ieveu et éprouvait le sentiment contraire. M. de Lavardin redoutait le génie matrimonial de sa belle-sœur. Pour défendre son fils contre ses entreprises, lorsqu'il ne serait plus là pour les repousser, il lui fit en mourant jurer de n'épouser jamais. une Noailles, et il conjura le cardinal de Noailles de veiller à l'exécution de ce serment : il mourut rassuré. Quinze jours plus tard. M*"* de Coulanges écrivait à M"* de Grignan : a A propos de la Bretagne, personne ne doute que M. de Beaumanoir n'épouse M"* de Noailles^. » Bien plus, le jour même de sa mort, le bruit de ce mariage circulait déjà, sauf une seule réserve mentionnée par Dangeau : a Comme ils sont cousins germains, on dit que le cardinal de Noailles et le maréchal en font quelque scrupule^. » Était-ce la parenté ou le serment qui gênait le cardinal?

En attendant, les Noailles empêchèrent qu'on ne disposât de la lieutenance générale de Bretagne, qui valait 40000 livres de rente; ils prirent soin de l'enfant comme d'un fils, le caressèrent, le gagnèrent; l'interdiction paternelle s'effaça de cette àme tendre et mobile, et, chose plus étonnante, elle sembla n'avoir pas laissé plus de traces dans l'esprit du grave cardinal : il laissa faire. Le maréchal et sa femme montrèrent

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