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Le roi se réservait la surintendance

2. Mémoires du duc <VAv tin (Mélangm ôe \i\ Société des bibliophiles, 1822). — Saint-Simon, t. Hl, p. 373; t. IV, ch. i; t. X, p. iO. — DangeaUy 27 septembre et y décembre 1707.

Î5i LA NOBLESSE DE RAGE.

nous a valu la plus jolie des saillies de M** de Caylus^ Lb comte de Toulouse, grand amiral de France, était beau, brave, d'esprit assez court, mais d'un caractère à forcer l'estime de Saint-Simon, en dépit de sa bâtardise : a rhonneur, la vertu, la droiture, la vérité, l'équité même ». Sa froideur naturelle cachait une âme tendre : à la mort de M"* de Montespan, la vivacité de sa douleur fit un étrange contraste avec la sécheresse de cœur de l'aimable duc du Maine. Il paraissait fort éloigné du mariage : il rencontra M'°'' de Gondrin aux eaux de Bourbon et goûta sa compagnie; elle avait le « visage agréable, la gorge fort belle », l'enjouement naturel aux filles de celte maison ; « elle était jeune, gaie, fort Noailles » ; enfin elle n'avait pas fait parler d'elle en dix ans de veuvage. Le comte de Toulouse emporta des eaux de Bourbon un sentiment où l'estime se confondait avec l'amour, et finit par s'y laisser vaincre; un mariage secret l'unit à la marquise de Gondrin. La maréchale de Noailles alla seule avec sa fille à l'archevêché; le comte de Toulouse s'y rendit également avec un seul témoin, M. d'O, son ancien gouverneur; le cardinal de Noailles les maria dans sa chapelle, et chacun s'en retourna comme il était venu.

La pénétration des gens de cour soupçonna bien quelque chose de l'événement : on y fit des allusions que l'orgueil llatté de la maréchale ne démentait qu'à demi. « Je ne sais pas si ma fille a épousé le comte de Toulouse, répondait-elle, mais je sais bien qu'elle n'est pas sa maîtresse. » La. même année, le lendemain de la mort du duc d'Orléans, le comte de Toulouse déclara son mariage. Par une exception qui était à la fois un hommage à sa vertu et une humiliation ajoutée à celles dont on abreuvait le duc du Maine, il avait été autorisé,

1 . Le roi et M""' de Montespan s'étaient séparés par scrupules religieux pendant la semaine sainte de l'année 1675. On les crut détachés l'un de l'autre. Bossuct lui- môme fut d'avis que M™" de Montespan pouvait rentrer à la cour, mais on pensa que le roi la devait voir en présence des dames les plus rcipeclubles, avant de la rencontrer en public, pour éviter les inconvénioiits de la surprise. « Le roi vint donc chez M™" de Montespan, comme il avait été décidé ; mais insensiblement il la tira dans une fenêtre; ils se parlèr(mt bas assez longtemps, pleurèrent, et se dirent ce qu'on a accoutumé de dire en pareil cas; ils firent ensuite une profonde révérence à ces vénérables matrones, passèrent dans une autre chambre, et il en advint M"* la duchesse d'Orléans et ensuite M. le comte de Toulouse. »

*^s le lit de justice tèdu en 1718, à conserver le rang 'ie prince du sang retiré à son frère, sans avoir, il est vrai, tedhMtde le tt^nsmettre à ses enfhnts. Sa femme partagea ce rang, non sans exciter les murmures des sots et des jaloux. Les Condés, en s'alliant à la postérité de M"'' de Montespan, avaient rendu Topinion publique difficile à satisfaire, et l'on ne croyait plus ou Ton ne voulait plus croire les Noailles d'assez bonne maison pour épouser un bâtard de Louis XIV*.

Voilà déjà six filles du maréchal de Noailles mariées, répétait Dangeau, et il ajoutait : « Il y en a encore trois à marier. Quelle tâche ! toujours continuée, jamais achevée ! » Heureusement Dangeau faisait erreur et grossissait le chiiïre des filles à établir. La huitième avait fait profession à la Visitation en 1710. La septième n'avait qu'un an de moins que M"* de Gondrin ; celle-ci était déjà veuve, et elle était encore fille I Elle allait sur vingt-quatre ans : en famille, on la plaisantait sur son grand âge, on l'appelait la douairière ; déjà Saint- Simon prononçait ces terribles paroles : « Elle commençait à monter en graine. » Le maréchal de Noailles était mort en 1707, mais la maréchale restait sur la brèche, et nous savons qu'elle était Tâme de la famille : elle chassa le fantôme de sainte Catherine qui se montrait à l'horizon.

Nous allons retrouver ici la fameuse lieutenance générale de Bretagne, qui avait jadis servi à captiver le fils de M. deLavardin, lemarquis deBeaumanoir; un autre gendre va se prendre au même appât. Le maréchal de Châteaurenaud, qui l'avait obtenue à la condition de payer 100000 francs à M""" deBeaumanoir, consentit à donner son fils à une Noailles, si Ton réussissait à faire accorder à celui-là sa survivance. Les Noailles furent charmés de trouver un gendre à ce prix, en ressaisissant un bien de famille : le roi s'empressa d'accéder à leur désir, et le mariage fut conclu. Châteaurenaud donna 10000 livres de rente à son fils, en attendant la lieutenance de

1. Saint-Simon, t. XIII, p. 23. Mathieu Marais remarque (5 décembre 1723) que M"^ de Gondrin se trouvant avoir épousé le pctit-flls et le fils de M*'* de Montespan, le mariage était nul de soi. Mais, ajoute-t-il, qui le contestera? D^ailleurs, Tacte de légitimation du comte de Toulouse ne nonmiait pas sa mèré«

-SHô LA >OBLi;SSF. I»E RACE.

Bretapie. La lettre que M** des Ursins écrivit à ce sujet k 1b maréchale est cependant d'un ton médiocrement enthousiaste ; elle admire surtout la bonté du roi, qui Tient en aide à la mère de famille et qui pourra se retrouver, à l'occasion :

Vous me paraissez ressentir une si grande satisfaction du mariage que vous venez de faire de la septième de niesdemoiselles vos filles avec le lils de M. le maréchal de Chàteanrenaad qu'il faut bien que j'aie rhonneur île m en réjouir avec vou5. Ce qui m*en plait pourtant davantage, ce sont les nouvelles manjues de bonté dont le roi a voola honorer cette alliance. Je ne doute pas, Madame, que notre roi ne vous les continue quand vous marierez votre hoitième héritière, et je ne suis pas en |)eine, vous connaissant comme une des plus habiles femmes du monde, que vous ne lui trouviez un parti proportionné à sa naissance quand il vous plaira'.

M"* des Ursins avait-elle un autre prétendant à offrir ou déjà oiïert? ou bien était-ce l'origine et les manières des Chàteaurenaurl qui la laissaient froide? Lorsqu'il dut faire ses preuves i)our recevoir Tordre du Saint-Esprit, il ne put remonter au delà de son bisaïeul, qui avait eu la bonne fortune d'épouser une sa^ur du maréchal et du cardinal de Gondi. Vaill<int homme de mer, résolu, hardi, infatigable, admirable à l)ord, il devenait simple, gauche, presque niais, dès cpi'il toudiait lon-e, surtout dès qu*il abordait à Vei'sailles. Il ne ]>ar!ail avec intérél que des choses qu'il avait faites ou vues; sor'i d<^ là, d'une nullité à faire sourire ou fuir le courtisan-. Ses fils étaient marins comme lui; celui qui épousa M"* de Xoaillcs avait été associa' presque enfant à sa vie d'aventures: tandis qu'il courait les mers, les Noailles furent pour lui sur la terre ferme d'actifs et ingénieux patrons. Ils ne se contentèrent pas du magnifique lot qu'ils avaient retenu par avance sur l'héritage du maréchal de Chàleaurenaud ; après î.voir fait lu pu'.t (lu mari, ils voulurent a^fssi faire celle de la femme, rX ils saisirent la première occasion qui s'offrit de compléter sa (lot. Kn 1710, le maréchal étant à l'extrémité, le duc de

1. Ixllres imdilea de la princesse des Ursins^ 11 mars I7i:î.

2. La (illo do, co nido marin rlovait être la plus éliontéc des héroïnes (le la KégfiMce ; alUi avait épouse en 1711, avec une dot de 100000 écus .' presque tout en argent comjitant >, M. de Gacé, fils du maréchal de Matignon. (Dinuji'nu, S mai 1710. — Mathieu }faraiSy juillet 1717, juin 17:20.)

^^illes, alors président du conseil des finances, obtint furW- ^^tnent et fit expédier sur-le-champ un brevet de retenue de ^^0000 livres pour sa sœur sur la charge de vice-amiral, qui Savait jamais été vendue : il était grand temps; trois jours après le maréchal expirait. Coëtlogon, premier lieutenant général, demanda cette charge, mais refusa résolument de donner un denier. Il y avait tous les droits ; il l'avait payée d'avance de ses services et de son sang :

C'était un des plus braves hommes qui portât épce, un des meil' leurs hommes de mer que le roi eût eus, et un des plus capables et des plus heureux capitaines qui aient été à la mer, après lesTurenues de la marine. Sa douceur, sa justice, sa probité et sa vertu ne furent pas moindres dans tous les degrés de cette milice par où il passa jusqu'aux premiers, avec une haute estime dans la marine et beaucoup de réputation chez les étrangers et les ennemis.

Le régent, toute réflexion faite, n'osa lui en demander davantage et le nomma vice-amiral ; il jeta au feu le brevet de retenue, mais « fit donner les 120000 livres aux dépens du roi, que le duc de Noailles fit payer à sa sœur, en grand ministre qui ne négligeait rien * ».

Eu ce même an de grâce 1716, la maréchale de Noailles mariait sa dernière fille âgée de vingt ans. Son dernier gendre était fils de Courtenvaux, capitaine des Cent-Suisses, et petitfils de Louvois. La grand mère, M^'^deLouvois, venait de mourir (2 décembre 1715), laissant des biens immenses; ajoutez l'abbé de Louvois comme espérances^ espérances qui devaient se réaliser dès l'année suivante : il avait plus de 100 000 livres de revenu. La mère du jeune marquis de Louvois, M"'"' de Courtenvaux, était sœur du maréchal d'Estrées, marié, nous l'avons vu, à une fille du maréchal de Noailles. Les d'Estrées furent le lien entre les deux familles, et leur neveu devint leur beau-frère. La dot de la marquise de Louvois ressemblait k celle de ses sœurs : peu d'argent (50000 écus) et beaucoup de crédit. Le crédit alla jusqu'à faire obtenir à M. de Louvois la charge paternelle de capitaine des Cent-Suisses *.

t. Saint-Simon, t. 111, p. 2i, 140; t. VI, p. 367; t. IX, p. 33. — Dantjeau, février 1713 et novembre 1716.

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