I. SainUSimon, l. 1, p. lUO; t. VII
tu LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D'ÉTAT.
11 avait fait un mariage aussi brillant que celui de son père: il avait épousé une iille de la maison de Brissac. Une Brissac après une Créquy ! Quel essor avait pris la postérité du secrétaire d'État ! Les Brissac étaient particulièrement entêtés de la grandeur de leur maison, et chez quelques-uns cet entêtement touchait à la folie *. Une telle alliance était d'autant plus flatteuse pour le jeune marquis de Villeroy : sa vanité triomphait; mais la fatuité du Charmant n'avait pas lieu d'être également satisfaite , la ligure de M"* de Brissac ne répondait pas à sa naissance :
La maréchale élait cxlrômemcnt petite, la gorge nulle, d'ailleurs d'une grosseur tellement démesurée qu'à peine pouvait-elle se remuer ; ses bras étaient plus gros qu'une cuisse ordinaire, avec un petit poignet et une petite main mignonne au bout, la plus jolie du monde ; le visage exactement comme un gros perroquet, et deux gros yeux sortants qui ne voyaient goutte ; elle marchait aussi tout connue un perroquet.
Les esprits ne différaient pas moins que les personnes, mais ici la différence était à l'honneur de M"" de Brissac :
Avec une figure si peu imposante, jamais femme n'imposa tant : avec une grande hauteur, elle avait une grande politesse, noble, discernée, qui est devenue si rare et qui touche si fort. Personne aussi n'avait plus d'esprit, ni plus de sens et de justesse, avec un tour unique, et très-salé et plaisant quand elle voulait, mais toujours avec dignité. Elle était d'un excellent conseil, et la meilleure et la plus sûre amie du monde, et avec toute sa gloire, d'un commerce le plus aisé et le plus délicieux. Tout le monde ne lui convenait pas, mais un choix délicat.
Ces époux eurent quelque peine à s'accoutumer l'un à l'autre ; les commencements surtout furent difficiles, comme ils l'avaient été pour le premier maréchal et pour sa femme. La première M'"® de Villeroy et la seconde, malgré son visage, ne laissèrent pas d'être galantes, comme tant de nobles dames. Le premier maréchal patienta, attendit l'apaisement de l'âge : c'était décidément un politique. Le second, quoiqu'il ne fut pas sans péché, voulut faire du bruit; son père le retint, lui cita son propre exemple et prévint un filchcux éclat. L'union conjugale