I. Muse liislnriquej 11 février Hy
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avait soupe, et, quelque diligence qiroii mit à le ramener chez lui, il expira sans avoir repris connaissance ^
Leur sœur, du moins, honora le rang élevé que lui valut une dot de 800 000 livres par les grâces décentes de sa conduite. C'est cette aimable duchesse de Sully, liée avec M"* de Grignan et de Sévigné, que celle-ci désigne dans ses lettres de Tépithète innocente de Manierosaj et qu'elle semble voir avec une pointe de jalousie continuer de briller à Versailles, tandis que sa compagne dans les ballets jadis dansés à la cour languissait au fond de la Provence ; mais nulle part du moins elle n'eflleure sa bonne renommée d'une maligne allusion. Elle avait épousé un arrière-petit-fils de Sully, un seigneur plus épris de la chasse que de la guerre, qui mettait sou courage à mépriser Topinion et s'en allait tranquillement dans ses terres quand tous les gentilshommes de son âge couraient à l'ennemi. Pour elle, à la chasse à courre elle préférait Versailles et ses fêtes, qu'elle parait encore à trente-cinq ans, après quelques molles résistances, de sa déclinante beauté *.
De ses deux fils, l'un vécut dans de basses débauches qui le luèrent prématurément; Tautre hérita des grâces maternelles, et fut, à l'occasion, le brillant émule du comte de Brionne. tt Quoique gros, c'était le meilleur danseur de son temps : son visage et sa figure étaient agréables, avec beaucoup de grâce (^t de douceur. » Mais du moins faisait-il aussi bonne figure sur un champ de bataille que dans un ballet, et sa valeur eût été récompensée d'une plus brillante fortune s'il avait été un peu plus assidu à la cour et un peu moins attaché à la personne du prince de Conli, ce brillant neveu de Condé, qui faisait ombrage au roi.
1. Saint-Simon, II, p. 324; VI, p. 317.— Arfrfii. à Dangeau, 29 juin 1710.
— Talleraant, t. IV: M. Servien; M. d'Avaux, — Journal du voyage de deux jeunes seigneurs hollandais à Paris en 1657 eH658, publ. par Faugère, 1862.
2. il/""* de Sévigné à 3/"* de Grignan^ 5 janvier 1674, 29 septembre 1680.
— ^/"'* de Coulanges à M""* de Grignan, 4 avril 1702.
En 1680, cédant au vœu de la Dauphine, la duchesse deSiiUy dansait dans le ballet du Triomphe de Vamour de Quinault, sous trois costumes différents, en Diane, en Grecque et dans la suite de Flore, et trois fois elle excitait la verve galamment poétique de Benserade, qui, tout en la louant de son humeur tranquille, n'avait garde de lui conseiller le séjour des grands bois de Sullysur-Loire. Peut-être y aurait-elle retrouve la santé qui la fuyait à Paris, et, dans tons les cas, elle y aurait échappé aux médecins qui l'assassineront de leurs ronn''dcs avant qu'elle fût arrivée à la vieillesse (1702).
Le nom de ce petit-fils de Servien reste lié à deux événements de la jeunesse de Voltaire, au premier exil qui frappa Fauteur présumé d'audacieux couplets sur le duc d'Orléans et la duchesse de Berry, et au sanglant affront qu'il reçut du chevalier de Rohan ^ C'est dans le château de Sully-sur-Loire, devenu le rendez-vous des beaux esprits de la cour et de la ville, que Voltaire trouve un riant abri, raille les rigueurs du Régent, chasse un peu, versifie beaucoup, et, pour acquitter sa dette de reconnaissance, loue en vers badins les délices du lieu, les mérites du châtelain, en attendant les louanges épiques qui doivent célébrer le ministre et l'ami de Henri IV ; c'est à l'hôtel de Sully, à Paris, que le chevalier de Rohan l'attire, à deux pas de là qu'il a dressé son guet-apens. On vient dire à Voltaire pendant le diner qu'on le mande à la porte ; il sort et va donner dans le piège. Il échappe à grand'peine aux misérables qui l'accablent de coups de bâton, rentre à l'hôtel, adjure M. de Sully de témoigner avec lui chez le commissaire de l'outrage qu'il vient de recevoir et qui l'atteint lui-même dans la personne de son hôte. M. de Sully craint de se compromettre avec les Rohan et refuse. De ce jour leurs relations furent brisées ; mais ce fut l'ami de Henri IV qui paya le plus chèrement le tort de son descendant : Sully fut évincé de la Hmriade et remplacé par du Plessis-Mornay.
La physionomie de ce patron circonspect de Voltaire manque un peu de relief, de décision. Sa vie, ses goûts, ses qualités ou ses défauts sont d'un homme qui s'arrête toujours à michemin : à la guerre une demi-fortune, une demi-disgrâce à la cour; plus ami des gens d'esprit que vraiment spirituel, se ressentant de leur commerce « comme un flacon où il y a eu de l'eau de Luce s'en ressent », enclin aux plaisirs faciles, et cependant capable d'une noble et tendie passion. La fille de la célèbre iM""* Guyon, veuve d'un fils de Fouquet, de M. de Vaux, touche le cœur de ce voluptueux , mais elle n'a ni naissance ni bien; il ne l'épouse qu'à demi, je veux dire secrètement. Cependant sa tante, la duchesse de Lude, s'alarme de son inclination, redoute une mésalliance déjà consommée; l'origine do M"'» de Vaux la froisse, quoiqu'elle-même tienne à la robe par
1. Ce chevalier de Kohaii ost un fn're cadet du princo de Léon.
iU LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D'ÉTAT.
sa mère, fille du chancelier Séguier. Son âge, son embonpoint, lui font craindre un mariage stérile et la fin de la descendance de Sully ; elle menace son neveu de le déshériter s'il suit son cœur, lui promet au contraire tous ses biens pour prix d'une grande alliance. Lasse enfin d'être toujours payée de vaines défaites, elle veut connaître la vraie raison de ce célibat prolongé. M. de Sully, pressé par sa femme» qui désire jouir franchement de son état et de son titre, arrive non sans peine, après des ménagements infinis, à lui révéler toute la vérité. Le coup fut rude ; mais M"" de Lude était pieuse, elle le reçut comme une épreuve envoyée d'en haut et ne déshérita pas le coupable. Voici le portrait de l'épouse si difficilement avouée :
Elle avait beaucoup d'esprit, beaucoup de monde, de la lecture et de Tornement, une beauté romaine, de beaux traits, un beau leint el la conversation très-aimable, avec beaucoup d'amis de tous les genres el assez choisis en hommes et en femmes. Sa réputation fut toujours sans reproche ; elle n*eut jamais d'autre attachement que celui qui fut couronné par la persévérance, et depuis même que le mariage secret leur avait tout permis, les bienséances et les dehors furent si exactement observés, qu'il ne se put rien apercevoir entre eux.
Une fois déclarée, elle prit tout le maintien d'une grande dame, mais avec tant d'esprit et de tact, qu'elle se le fil pardonner de toute la cour et de M"® de Lude ; celle-ci, vaincue par ses respects, ses ménagements, sa patience, finit mémo par s'accoutumer à sa nouvelle nièce et par lui témoigner une sorte d'amitié. Quant à M. de Sully, il était dit qu'il ne ferait jamais les choses qu'à moitié : le malin témoignage du président Hénault nous apprend qu'au moment même où il déclarait sa femme, il avait cessé de l'aimer, el qu'en lui donnant son nom, il lui avait déjà repris son cœur ^
Lyonne, si justement célèbre comme diplomate et comme niinislre des affaires étrangères, appartenait à une ancienne
1. Saint-Simon, l. Xf, p. 393. — Mémoires du président Ilênault jCh.ix.
famille du parlement de Grenoble, qui se piquait de descendre de gens d*épée. Son père, conseiller à ce parlement, avait, SOUS le coup d'un veuvage prématuré, quitté la robe pour rÉglisc, qu'il devait honorer par la sainteté et Thumilité de sa vie. Sa mère était la sœur de Servien ; ce fut l'origine de sa fortune. Servien le patronna, l'introduisit dans la carrière et n'eut point à s'en repentir ; lorsqu'il fut frappé de disgrâce, son neveu, devenu le confident de Mazarin, lui vint à son tour en aide et lui paya libéralement sa protection. Doué d'un génie vif, perçant, fécond en vues et en ressources, et en même temps d'un esprit poli, orné, délicat, à ravir un Saint-Evremont, Lyonne joignit malheureusement à ces talents et à ces grâces un goût ardent pour les plaisirs, et il voulut mener de front les plaisirs et les affaires *. Ses voluptueux loisirs usèrent sa vie autant que ses veilles laborieuses ; de cruels soucis domestiques achevèrent de la consumer.
Il avait épousé une bourgeoise de Paris, M^^^ Payen. Jolie, spirituelle, d'humeur assez altière, sauf avec les galants, pour lesquels elle ne fut que trop humaine. M"* de Lyonne étonna par la dépravation de ses mœurs un monde difficile à scandaliser. Les femmes les plus corrompues essayent du moins de cacher leurs désordres à leurs enfants ; celle-ci associait aux siens sa propre fille, partageait avec elle l'un de ses amants. Un jour cette infamie éclata, et le mari, à bout de patience, la fit reléguer à Angers par lettre de cachet 2. Il mourut trois mois après, âgé seulement de soixante ans (1671). Sa femme lui survécut jusqu'en 1704; elle avait osé reparaître à la cour, avait repris sa vie débordée et mangé le reste de son bien, ce qui avait achevé de la déshonorer : les remords ne lui vinrent qu'avec la vieillesse; elle connut enfin sa honte, et passa ses dernières années dans la retraite et la pénitence.
L'alné des fils de Lyonne avait été pourvu de sa survivance; mais si petit était son mérite, qu'on donna les affaires étran-
1. Mémoires de Vabbé de Cho'uvj, livre II. — Œuvres de Saint-Ev remonta publiées par des Maiseaux (1710), t. Il : Lettres à M. le comte de Lionne cl Observations sur Salluste et sur Tacite.
2. « Il y a longtemps que je l'avais chassée ilu nombre des mères», écrit M'"*' de Sévigné à M"'c de Grignan, en apprenant la conduite de M™* de Lyonne (2 août 1671).
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gères à M. de Ponipone, et qu'on le fit simplement maitre do la garde-robe : c'était encore trop pour lui. 11 cessa peu à peu de remplir ses fonctions et passa son temps aux Tuileries, à causer des bruits du jour : il avait là son banc et sa compagnie habituelle, la plus obscure du monde. Le fils de rhomme qui avait jadis tenu dans ses mains tous les fils de la politique étrangère, de celui que Saint-Simon nomme le plus grand ministre du règne de Louis XIV, s'était ravalé à l'état de nouvelliste !
Les Lyonne ne se soutiennent pas, comme les autres familles de ministres, par l'éclat des alliances. Ce mattre de la garde-robe est marié à l'une de ses parentes, Lyonne comme lui, riche comme lui, mais qui ne tient à aucune grande maison. L'enfant unique né de ce mariage, un beau, brave et l)on officier, épouse la servante d'un cabaret de Phalsbourg. C'est l'amour qui fait ce mariage ; l'amour passe, l'ambition s'éveille; il essaye de le faire casser, et n'y pouvant réussir, il laisse là sa femme. Il meurt jeune encore, dans le temps où M. le Duc, qui le protégeait, était à l'apogée de sa puissance. Cette servante de cabaret, épousée par inclination et répudiée par orgueil, obtient de Saint-Simon un éloge qu'il ne prodigue pas aux filles de son monde : « Elle s'est trouvée une femme de vertu et de mérite. » Sa vie se passa tout entière dans une pieuse retraite et força l'estime des honnêtes gens.
Il n'était pas né d'enfants de ce mariage; et comme tous les fils cadets du ministre étaient entrés dans l'Église, c'en était fait du nom de Lyonne.
Sa fille unique avait épousé le marquis de Cœuvres, fils du duc d'Estrées, ambassadeur à Rome et petit-fils du maréchal d'Estrées, frère de la maîtresse de Henri IV. M. de Laon, frère de l'ambassadeur à Rome, trouvait la pourpre bien lente à venir; ce fut pour la hâter, prétendit-on en vers et en prose, qu'il donna son neveu à la fille du ministre des affaires étrangères et de la femme que l'on sait. Le mariage s'accomplit en 1670; en 1671, le pape le faisait cardinal in petto, et la même; année éclatait l'aventure qui égalait l'infamie de la marquise de Cœuvres à celle de sa mère. M. de Cœuvres mourut jeune, dcropération de la pierre; son lils fut tué par la débauche, à (|uarante ans : il ne laissait pas d'enfants de son mariage
avec la fille du duc de Nevers, et la race de Lyoniie s'éteignit aussi bien que son nom ^
« Et voilà ce que deviennent les familles de ministres ! » écrit Saint-Simon avec un sentiment qui n'est pas du tout celui de la pitié. C'est le même sentiment qui lui faisait dire, après avoir raconté la tin des fils de Servien : « Ainsi périssent en bref, et souvent avec honte, les familles de ces ministres si puissants et si riches, qui semblent dans leur fortune les établir pour l'éternité. »
Saint-Simon, abusé par ses désirs, crie trop vite à l'anéantissement de ces puissantes familles bourgeoises, et lui-même se dément en vingt endroits de ses Mémoires, Si quelques-unes s'épuisent et disparaissent en peu de temps, combien d'autres demeurent et poussent de florissants rameaux I Parfois même la disgrâce la plus profonde n'arrive pas à les abîmer.
De qui descendent ces deux frères que Saint-Simon nous montre au début de la régence se hâtant, avec des mérites divers et une égale ambition, vers une éclatante fortune?
L'aîné avait de la douceur, de la figure, toutes sortes de langages, de la grâce à tout, un entregent, une facilité, une liberté à se retourner, un air naturel à tout, de la gaieté, de la légèreté, aimable avec les dames et en bagatelles, prenant Tunisson avec hommes et femmes, et le découvrant d'abord. Le cadet plus froid, plus sec, plus sérieux, beaucoup moins agréable, se permettant plus, se contraignant moins, et paraissant moins aussi, peut-être plus d'esprit et de vues, mais moins justes, peut-élre encore plus capable d'affaires et de détails domestiques, ({u'il prit plus particulièrement, tandis que l'aîné se jeta plus au dehors, haineux en dessous et implacable ; l'alné glissant aisément et pardonnant par tempérament ; tous deux solides en tout, marchant d'un pas égal à la grandeur, au commandement, à la pleine domination, aux richesses, à surmonter tout obstacle, en un mot, à régner sur le plus de créatures qu'ils s'appliquèrent sans relâche à se dévouer, et à dominer despotiquement sur gens, choses et pays que leurs emplois leur soumirent, et à gouverner généraux, seigneurs, magistrats, ministres dont ils pouvaient avoir besoin, toutes parties en quoi ils réussirent et excellèrent jusqu'à arriver à leurs fins par les puissances ((ui les craignaient et qui même les haïssaient '^.
I. Saint-Simon, t. lit, p. 53; t. IV, p. 4il; t. XUI, p. 45. — Addition à Dangeau, 21 mars 1701.
t. Saint-Simon, t. VIII, p. 125(I.
Le comte et le chevalier de Belle-Isle étaient les petits-fils (lu fameux prisonnier de Pignerol. Leur père, le troisième lils de Fouquet S n'avait pu laver la tache originelle et relever sa fortune, mais il avait du moins rouvert la voie à ses descendants en s'alliant à une grande maison. Il avait de Tesprit, du savoir, était homme de bonne compagnie, quoique d'humeur un peu sauvage. Il plut à M"' de Lévy, un peu trop peut-être, ou du moins un peu trop vite: il fallut les marier; mais les parents de M"* de Lévy ne voulurent ni la doter ni désormais la voir. Ses parents moururent, et leur postérité n'hérita pas de leur mncune. M°** de Belle-lsie « avait plus d'esprit qu'elle n'en paraissait, et encore plus de sens avec beaucoup de douceur et de modestie. Elle et son mari vécurent toujours intimement. » Les Lévy non-seulement pardonnèrent à ces aimables époux, mais se prirent pour eux d'une vive et solide amitié, s'appliquèrent à tirer leurs iils de l'obscurité à laquelle ils semblaient voués. Le marquis et la marquise de Lévy rompirent les premières glaces en faveur de leurs cousins germains. La pieuse et spirituelle marquise de Lévy avait l'àme ardente, généreuse, prompte à s'engouer surtout pour les gensmalheureux-. « Elle se serait mise au feu pour les Belle-Isle. » Ils finirent par toucher le cœur de M"* de Maintenon, que Fouquet avait jadis soutenue d'une pension de 1200 livres, et arrachèrent au roi un régiment pour l'aîné de leurs protégés. Le comte de Belle-Isle, sa valeur, son mérite, et sa cousine aidant, obtint en 1709 la permission d'acheter la charge de mestre de camp général des dragons. « C'était un furieux pas, et sous le feu roi, pour d'où il était parti », écrit Saint-Simon, en 1742, au moment le plus éclatant de la carrière de Belle-Isle. « Quel prodige, et comment le voir aujourd'hui gouverneur absolu d'une grande place et d'une province frontière 3, chevalier de l'Ordre, les entrées chez le roi, et tout à coup maréchal de France, duc
1. H était né du second niariage de Fouquet avec une fille de Pierre de Castillc, intendant des finances.
2. La marquise de Lévy était fille de M. de Clievrcusc, gendre de Colbert. « Avec beaucoup d'esprit et beaucoup de piété solide, elle avait le défaut de rentetenicut, et le sien était toujours jioussé sans bornes. Avec cela une vivacité de salpêtre. »