‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 165 sur 318 · Saint-Simony t. II, p · texte numérisé non relu

Saint-Simony t. II, p

2. Lettres à M'^ de Grignan, du 15 octobre 1677 et du 26 juin 1680. — La belle et sotte M"° do Scorrailies fut en 1680 l'objet d*un vif et court engoue^ ment de Louis XIV, qui la fit duchesse de Fontanges. — Elle mourut Tannée suivante, ù vingt-deux ans.

nourrissait celle qui devint madame de Torcy. Corneille était lu, médité, admiré chez M. de Pompone. Boileaa y venait lire son Art poétique; ce jour-là, M"* de Sévigné était invitée à dtner, et, quoiqu'elle eût déjà assisté à la même lecture chez Gourville, son plaisir se renouvelait de radmiration de son hôte'.

Sa seconde fille s'appelait Félicité : M"* de Sévigné jouait gaiement sur ce nom, en annonçant à son ami le mariage de Pauline de Grignan. « Comme il y a plaisir à se défaire de cette marchandise, nous vous prions de faire de mademoiselle votre fille la Félicité d'une autre maison : c'est un présent digne de vous et qui recevra un nouveau prix quand vous le ferez vous-même'. » Marchandise est un peu cru, mais le mot est d'une grand'mère en belle humeur, et Félicité de Pompone avait, comme Pauline de Grignan, une excellente raison pour le bien prendre, c'est-à-dire un mari tout trouvé, dont la cour savait le nom depuis deux mois. Le mariage ne se célébra que Tannée suivante, Tannée même où M"* de Sévigné s'éteignait en Provence, et nous cherchons vainement dans sa correspondance brusquement close la riante épUre qui aurait célébré cet événement : les félicitations compassées de M. et deM""' de Grignan nous font pi us vivement regretter cette verve charmante trop tôt défunte.

M. de Pompone donna 100000 écus à sa fille, auxquels le roi ajouta 100000 livres. 11 dut s'épuiser pour faire cette dot, qui répondait à la situation de Torcy, mais il était accoutumé à se sacrifier aux siens. C'est la même abnégation qui, malgré son âge, malgré son goût pour la retraite, le fit rester aux affaires jusqu'à la dernière heure : il mourut à quatre-vingt et un fins, sans fortune, après avoir été si longtemps ministre : le roi fit à sa veuve une pension de 12000 livres^.

M"« de Pompone justifia la bonne opinion de xM™" de Sé-

1. La même à la mème^ 15 janvier 1674 et 5 mai 1689. — M. de Pompone fait partie des juges d'élite priés aux représentations intimes d*Esther : « Racine parla à M"" de Maintenon de M. de Pompone : elle fit un cri, et le roi aussi, et Sa Majesté lui fit ordonner d'y aller. • (Sévigné, 4 février 1689.)

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