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"1. LiUlre du 2-i mai WH.
II. Pauline de Griguan n'eut eu se luariaiit que !2() 000 écus de dot. (bangeau, t2 décembre 1695.)
LES COLRKHT ET LES LE TELLÏEU. 325
(lu C4hat botté faisant les honneurs des grandes terres du mar- (|uis de Carabas au roi, dont le marquis courtise la fille :
Il y a un mois que je me promène dans les États de M""* de Louvois : en vérité ce sont des États, au pied de la lettre ; et c*en sont de plaisants en comparaison de ceux de Mantoue, de Parme et de Modène. Dès qu'il fait beau, nous sommes à Ancy-le- Franc *; dès qu'il fait vilain, nous retournons à Tonnerre ; nous tenons partout cour plénière, et [lartout. Dieu merci, nous sommes adorés. Nous allons, quand le beau temps nous y invite, faire des voyages de long cours, pour connaître la grandeur de nos États ; et quand la curiosité nous porte à demander le nom de ce premier village : < A qui est-il ?» on nous répond : « C*est à Madame. — A qui est celui qui est le plus éloigné ?
— C'est à Madame. — Mais làbas, là-bas, un autre que je vois? — r/est à Madame. — El ces forêts ? — Elles sont à Madame. — Voilà une plaine d'une grande longueur. — Elle est à Madame. — Mais j'aperçois un beau château. — C'est Nice! *, qui est à Madame ; une terre considérable, qui appartenait aux anciens comtes de ce nom.
— Quel est cet autre château sur un haut ? — C'est Pacy ^, qui est a Madame, et lui est venu par la maison de Mandelot, dont était sa bisaïeule. » En un mot, Madame, tout est à Madame en ce pays ; je n'ai jamais vu tant de possessions ni un tel arrondissement. Au surplus, Madame ne se peut dispenser de recevoir des présents de tous les côtés; car que n'apporte- 1- on point à Madame, pour lui marquer la sensible joie qu'on a d'être sous sa domination ? Tous les peuples des villages courent au-devant d'elle avec la flûte et le tambour : qui lui présente des gâteaux, qui des châtaignes, qui des noisettes, pendant que les cochons, les veaux, les moutons, les coqs d'Inde, les perdrix, tous les oiseaux de l'air et tous les poissons des rivières l'attendent au château. Voilà, Madame, une petite description de la grandeur de Madame; car on ne l'appelle pas autrement dans ce pays ; et dans les villages, et parlent où nous passons, co sont dos cris do «Vive Madame!» qu'il ne faut pas oublior.
Cette lettre était datée do Tonnerre, l'un des châteaux tombés des mains appauvries de la noblesse aux mains opulentes des Louvois. Coulanges la commençait en s'accusant de son long silence, sous cette forme enjouée et finement engageante .
Cela est honteux, cela est horrible, cela est infâme, que depuis que je suis dans votre voisinage , je ne vous aie pas donné le moindre signe de vie; cependant Tonnerre et Grignan,Grignan et Tonnerre, Ancy-îe-Franc
I. Chcf-liou (le canton, à 18 kilomètres S. E. de Tonnerre. "1. Cinton <lc Laigne, arrondissement de Châlillon-snr-Seine. •l. Pacv-siir-Armancon, canton d'Anov-le-Franc.
nVi LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D'ÉTAT.
el Grignan, Grignan et Ancy-le-Franc, tous ces châteaux peuvent fort bien avoir quelque commerce ensemble sans se mésallier, et ne pas regarder aux portes à qui passera le premier*.
Comment M""* de Sévigné répondit-elle aux insinuations de Coulanges? En glissant sur le point délicat, mais en faisant un vif éloge de la souveraine de tant d'États, de sa noblesse, de ses biens, de ses vertus, et en criant aussi, à sa façon: a Vive Madame ! » Quant à Coulanges, on le gâte, on le comble de douces et tendres paroles ; on chante en chœur avec Pauline les derniers couplets qu'il a envoyés de Tonnerre ; pouvait-on lui dire plus joliment merci et bon courage, et mieux concilier la dignité des Grignan avec l'intérêt de leur fille?
Votre lettre, mon cher cousin, ne pouvait être trop longtemps attendue ; elle nous a tous charmés, nous l'avons lue et relue, nous avons chanté et rechanté vos chansons; et quand M. de Grignan arriva hier de Marseille, où il avait encore quelques affaires, ce fut la première chose que nous lui lûmes que la lettre et les chansons de
(loulanges Jamais un commencement de discours n'a captivé plus
agréablement les auditeurs : le château d'Ancy-le-Franc, celui de Grignan, Tonnerre, Grignan, Grignan et Tonnerre, cette égalité, celte ))alance doit plaire également aux vivants et aux morts. Après cela, vous nous peignez, comme dans un miroir, la beauté, la grandeur, la magnificence, l'étendue de toutes ces possessions, et puis, vous vous ocriez : « Comment est-il possible que les seigneurs de tels royaumes aient pu se résoudre à s'en défaire ? » Hélas ! vous le dites dans vos chansons, c'est que depuis très-longtemps l'hôpital était attaché à cette maison seigneuriale de Tonnerre ; en voilà la seule et véritable raison : raison où il n'y a pas un mot à répondre, raison qui ferme la bouche, raison enfin qui fait sortir le loup du bois, et qui fait que tout est à M'"® de Louvois, et qu'on est encore trop heureux d'avoir trouvé un ministre assez riche pour acheter ces espèces de souverainetés, que vous mettez avec raison bien au-dessus de Parme et de Alodène. Pour moi, je comprends le bonheur de ces peuples tout accablés de leur pauvreté et de celle de leurs seigneurs, de se trouver sous la domination d'une femme de grande qualité, petile-fille de Gilles (de Souvré)etdes Mandelots, toute pleine de mérite, de vertus, et de trésors pour répandre à propos dans tous leurs besoins. Quelle douceur! quelle protection ! et quelle disposition pour crier de tout leur cœur : c Vive
Madame ! >» Ma fille me prie de vous faire mille amitiés, et de vous
assurer qu'elle est ravie de vous retrouver avec toute votre belle humeur et votre veine poétique. Elle vous conjure, comme moi, de remercier M"*® de Louvois de l'honneur de son souvenir. Pauline m'a